Le buzz du champagne du fond des mers

Le fantasme de la bouteille du fond des mers.

C’est la mer qui prend l’homme selon Renaud. Et pourquoi pas le champagne. La bouteille du fond des mers, voilà semble-t-il, la nouvelle valeur ajoutée du vin. En Champagne, cette expérience de vieillissement existe depuis quelques années. On apprend ainsi dans l’Union-Ardennais que  la dernière en date est celle commercialisée par la maison Leclerc-Briant à Epernay avec sa cuvée Abyss. Immergés en février 2016 au large de l’Ile d’Ouessant, les flacons  y ont reposé durant en un an. Cette cuvée a été spécifiquement élaborée afin que sa vinification se révèle dans les fonds marins.  Le mer et la biodyamie ont un prix : ce millésime 2012 est vendu autour de 130 euros.  Leclerc-Briant est loin d’être le seul.

Ainsi sans être exhaustif, début décembre 2017,  la maison auboise Drapier à Urville  a présenté les résultats de son expérience baptisée à juste titre Immersion. Il s’agit  de deux emballages jumeaux contenant d’une part, une bouteille vieillie sous l’eau, d’autre part, une bouteille vieillie dans les caves de Drappier. Chaque «bouteille immergée» est délicatement emballée de sorte que les coquilles, qui ont poussé sur la bouteille en vieillissant, ne sont pas endommagées.Les consommateurs peuvent choisir entre le pack twin Brut Nature, au prix de 90 €  ou le pack twin Grande Sendrée 2008 au prix de 190 €.

Un rêve de gosseLe trésor champenois caché sous la mer.

En terme de communication pour les maisons ( faut-il ajouter le bilan carbone de ces opérations!), il existe une différence de taille entre mettre une bouteille sous l’eau et découvrir des bouteilles sous l’eau. Le rêve n’est pas le même.

Ces dernières années, des nombreux millésimes ont été retrouvés au fond des mers. Le plus connu dernièrement est celui déniché par des plongeurs dans la mer Baltique en juillet 2010 dans l’épave d’une goélette ayant sombré non loin de l’archipel autonome finlandais d’Aaland. Un trésor de 168 bouteilles en juillet 2010 dont des Veuve-Clicquot datées de 1835. La bouteille de Veuve-Clicquot, ainsi qu’une autre de Juglar – une maison châlonnaise disparue depuis – ont trouvé preneur à 24.000 euros lors d’une vente aux enchères

En 1997, une équipe de plongeurs suédois localise une épave. Il s’agit du Jönkö-ping, qui a été torpillé par les Allemands en novembre 1916, en pleine mer Baltique. À son bord, se trouvent près de 5 000 bouteilles de champagne. En juillet 1998, les premières bouteilles sont repêchées. Une heureuse nouvelle pour la maison Heidsieck et C° Monopole, il s’agit du millésime 1907. Les experts sur place disent alors que ce champagne est « abondant en bulles et étonnamment jeune ». Lors d’une vente aux enchères qui s’est déroulée ultérieurement à Londres, une des bouteilles atteint le prix de 20 000 francs.

Toujours en 1997 et toujours dans le nord de l’Europe, une région qui n’en finit pas d’apporter de bonnes surprises aux Champenois, cinq membres du club de plongée de Skagen partent s’enquérir du sort de l’épave du Volturnus. Parti de Londres le 27 octobre1919, le Volturnus a pour mission d’approvisionner la marine anglaise au Danemark. À 4 heures du matin, il heurte une mine le 11 novembre et coule à l’extrême nord du Danemark par trente mètres de fond. Les plongeurs découvrent neuf bouteilles de champagne. Les étiquettes ont disparu. Seule la mention écrite sur le bouchon a permis d’en déterminer l’élaborateur. Il s’agissait de Binet Fils & Cie-1911.

La mer serait-elle la meilleure cave du monde, préservant arômes et pression ? C’est sûrement ce qu’à penser la maison Roederer puisqu’elle a participé à une expérience sur ce thème. Des bouteilles de brut premier ont été immergées en 2008 à quinze mètres de profondeur dans la baie de Saint-Malo. Elles y sont restées durant un an. La communication sur cette expérience est d’ailleurs restée discrète.