Le coteau champenois, la Champagne tranquille

Les Coteaux Champenois, des vins tranquilles aux pays des bulles.
Les Coteaux Champenois, des vins tranquilles aux pays des bulles.

« C’ est très délicat à élaborer. C’est même un peu plus difficile que le champagne » m’a dit un jour un vigneron champenois.  De fait, ce n’est pas simple. Suivant la méthode de pressurage, le coteau champenois est blanc, rosé ou rouge. Le blanc est issu des trois cépages classiques (pinot noir, meunier et chardonnay). Pour le « blanc de blancs », seul le chardonnay est utilisé. Le rosé est obtenu à partir de raisin noir (pinot noir et meunier). Le moût reste une nuit au moins sur le pressoir. Le rouge requiert une macération de près d’une semaine. L’élaboration du coteau champenois étant délicate, il est nécessaire de bien suivre les fermentations primaires en cuves car il est bien établi que l’intensité de la coloration tout comme la consistance des tannins et des arômes dépendent étroitement de la conduite de cette macération.Le vin doit séjourner ensuite en cuve où il sera soutiré plusieurs fois pour être débarrassé de ses impuretés. Il faut parfois attendre deux ou trois ans et même davantage pour mettre la bouteille sur le marché. Le vin doit séjourner ensuite en cuve où il sera soutiré plusieurs fois pour être débarrassé de ses impuretés. Il faut parfois attendre deux ou trois ans et même davantage pour mettre la bouteille sur le marché.

En 1974, l’année de la création de cette appellation, les expéditions de coteaux champenois représentaient plus d’un million de bouteilles.   Elles ont progressivement augmenté pour atteindre 4 millions de cols en 1978.  Puis n’ont presque pas cessé de se réduire pour tomber  à 230 000  bouteilles en 2000. Depuis cette date, les douanes française n’établissent plus de statistiques séparées pour l’AOC Coteaux Champenois. Toutefois la consécration des coteaux champenois auprès d’une clientèle d’amateurs n’est plus à faire puisqu’ils figurent désormais sur la carte des meilleurs restaurants, caves ou oenothèques spécialisés Même si certaines maisons ont délaissé ces vins tranquilles pour le monde des bulles, d’autres vignerons et négociants manipulants continuent de maintenir cette tradition. Que ce soit pour les coteaux blancs, rosés ou rouges. Parmi les plus connus et sans être exhaustif, on peut évoquer ceux produits par Jean-Baptiste Geoffroy, Francis Egly, Bollinger (lire par ailleurs).

Pourtant, on peut se poser la question de savoir quel est son rôle dans une carte de restaurant ou chez un caviste face à une foultitude de régions ou de pays aux appellations différentes Il faut être conscient que même si le coteau champenois possède l’appellation, il reste dans l’ombre de celle du champagne. Et son climat n’est pas vraiment propice à la production de vin rouge (encore qu’avec le réchauffement climatique…). Le coteau champenois reste toutefois un beau vin de compromis sur une table. Il est aussi à associer à de belles salaisons où l’acidité va jouer son rôle. Lorsqu’on ne veut pas déguster de vin blanc, ni de vin rouge trop puissant, il est idéal. Les coteaux champenois blancs sont secs, fruités et légers ; les rouges sont souples, riches mais sans lourdeur, avec des arômes de fruits rouges

 

Petite histoire du Coteau Champenois

Du moyen âge au début du XIXè siècle, la Champagne a été couverte de vignes donnant pour la plupart des vins rouges. Le frère Pierre, successeur de Dom Pérignon, écrivait que « dans les siècles passés on était dans l’usage de ne faire dans ce pays-ci que des vins soi-disant rouges, c’est-à-dire oeil de perdrix » . Jusqu’au milieu du XVIè siècle, ils étaient d’assez mauvaise qualité. Des efforts ont alors été faits pour les améliorer tout en renforçant la couleur pour les rendre à même de concurrencer les vins de Beaune.  Au sacre d’Henri III, en 1575, ils ont pris le pas sur les vins de Bourgogne et au milieu du XVIIème siècle, ils sont enfin reconnus comme « vins de Champagne » alors que jusque là ils restaient dans le giron des « vins de l’Ile de France ». Saint-Simon nous a appris qu’ils étaient les vins de la table de Louis XIV et de celle de Philippe V, roi d’Espagne. Alors qu’au début du XIXème siècle les vins rouges constituaient au moins les neuf dixièmes de la production viticole de la Champagne, ils décroissent petit à petit pour plusieurs raisons concomitantes. Par manque de rigueur dans leur élaboration, trop d’entre eux sont mauvais et leur réputation baisse. Le vignoble souffre des grands froids de l’époque et surtout on consacre les meilleures parcelles aux raisins destinés au vin de Champagne effervescent dont le succès augmente rapidement.

En 1974, les vins rouges des crus de Champagne obtiennent l’appellation d’origine contrôlée «  coteaux champenois ».  Ce  sont des vins tranquilles, produits dans la Champagne viticole délimitée. Une mention de terroir accompagne dans certains cas l’appellation (surtout pour les rouges) : Bouzy, Vertus, Cumières, etc. La mise en bouteilles d’origine sur les lieux de production est obligatoire depuis 1978. Les coteaux champenois ne portent pas tous  de millésime étant issus, comme le champagne, de l’assemblage de plusieurs vendanges. Ainsi que l’exige le décret d’AOC, le sol, les cépages et les méthodes de conduite du vignoble de l’appellation « Coteaux Champenois » sont identiques à ceux de l’appellation Champagne.

 

La Côte aux enfants, la Romanée de la Champagne

On dit que la petite ville d’Aÿ a été la première capitale de la viticulture en Champagne, bien avant Reims et Epernay.  Vins favoris d’Henri IV, les Pinots Noirs de la commune d’Aÿ étaient les plus prisés à la cour de France. De quoi mettre en avant cette  cuvée la Côte aux enfants vin qu’on surnomme (un peu pompeusement) la « Romanée Conti de la Champagne » (Bollinger) portant le nom de cette colline dénommée ainsi parce que seuls les enfants pouvaient y accéder. La Côte aux Enfants est issue d’une parcelle abrupte, aux abords d’Aÿ. C’est Jacques Bollinger qui l’a patiemment reconstituée, au début du XXe siècle, alors que plus de cinquante propriétaires se la partageaient.La maison Bollinger est désormais propriétaire des quatre hectares d’un seul tenant de ce lieu-dit. Depuis 2009, la vigne y est travaillée selon les principes de l’agriculture biologique. Cette Côte aux enfants est l’un des produits chéris de la maison Bollinger. Il s’agit là d’une petite production de 4 500 bouteilles. Seulement réalisée lors de belles années. La rareté à un prix, autour de cent euros pour le dernier millésime commercialisé.

The “Coteau Champenois” is a still wine produced in the Champagne region’s vineyard. In 1974, the year the appellation was created, the expeditions of the “Coteau Champenois” represented more than 1 million bottles. They progressively increased until they reached 4 millions in 1978. However, expeditions then decreased to fall to 230.000 bottles in 2000. Ever since, French customs stopped publishing separate statistics for the appellation contrôlée wine “Coteaux Champenois”. Nevertheless, this wine is very appreciated by many connoisseurs since it now has a special place on the menu of the best restaurants, cellars or specialized enoteche. Even though some brands gave these still wines up for bubbly ones, other winegrowers, winemakers and merchants keep on maintaining this tradition. Whether it be Coteaux “blancs” (white), “rosés” or “rouge” (red). Among the most popular and without being an exhaustive list, one can think of those created by Jean-Baptiste Geoffroy, Francis Egly, or Bollinger (see “Moreover”). As Bruno Vesselle, a “Coteaux champenois” winegrower, puts it: “It is very delicate to elaborate. Actually, it’s even a little harder than champagne”. It is not so simple indeed. The “Coteau champenois” can be “blanc”, “rosé” or “rouge”, depending on how it is pressed. The “blanc” results from three classic grape varieties (Pinot Noir, Pinot Meunier and chardonnay). The “blanc de blancs” comes from chardonnay only. “Rosé” is made with black grapes (Pinot Noir and Pinot Meunier). The must stays at least one night on the press. The “rouge” needs to soak for almost a week. Because the making of “Coteaux Champenois” is not easy, it is necessary to let the wine spend the first days of fermentations in the vats. Indeed, it is well known that the color intensity as well as the consistence of tannins and flavors closely depend on how the soaking is done.
The wine then needs to stay in a vat where it will be racked to get rid of the lees. Sometimes, one has to wait two or three years, or even more, to be able to sell a wine on the market.

Yet, one can wonder what its role is on a restaurant menu, or at a cellarman’s, since there are multitudes of wines from different regions, countries or appellations. One has to be aware that even though the “Coteau Champenois” has the champagne appellation, the champagne overshadows it. And its climate is not really favorable to the production of red wine. However, the “Coteau Champenois” is a fine compromise wine. It is a good match for salt meat or fish, because of its acidity. When one does not want to drink a white wine, or a red one that would be too powerful, the “Coteau Champenois” is perfect. White “Coteaux Champenois” are dry, fruity and light; red ones are supple, rich but not heavy, with red berries aromas.

History of the “Coteau Champenois”
From the Middle Ages until the beginning of the 19th century, the Champagne region was covered in vineyards that mostly produced red wines. Brother Pierre, successor to Dom Pérignon, wrote that “in previous centuries, in this country, it was customary to only produce so-called red wines, that is to say wines with an œil-de-perdrix hue”; or, according to Julien le Paulmier, “light red wines”. Until the middle of the 16th century, they were not of a good quality. Winegrowers then made efforts to make them better, while reinforcing the color to allow them to pose a threat to Beaune wines.
Whether natural or not, red wines from the Champagne region thus acquired quite a reputation. At Henry III of France’s coronation in 1575, they were more popular than Burgundy wines; and in the middle of the 17th century, they were finally recognized as “wines from the Champagne region”, instead of being considered part of the “wines from the Île-de-France region”. Saint-Simon taught us that they were Louis XIV and Philip V of Spain’s table wines. Although red wines made up at least 9/10th of the wine production of the Champagne region in the beginning of the 19th century, this rate slowly decreased for several concomitant reasons. Indeed, because of a lack of rigor in their elaboration, the wines were bad quality and their reputation declined. The vineyard suffered from the cold weather of the time, and most of all, the best plots were devoted to the grapes used for the bubbly champagne, which knew a growing success.
In 1974, red wines of the Champagne region vineyards got the appellation controlee “Coteaux Champenois”. They were still wines, produced in the Champagne region vineyards. In some cases, and mostly for red wines, a terroir mention came with the appellation: Bouzy, Vertus, Cumières… Since 1978, it is mandatory to bottle the wine on the production site. The “Coteaux Champenois” are not generally vintage wines since they are made from the blending of several harvest production, just like the champagne. As required by the AOC (appellation contrôlée) label, the soil, the grape varieties and the way the vineyard of the “Coteaux Champenois” is taken care of are the same than those of the champagne appellation.

La Côte aux enfants, la Romané de la Champagne
Some people say the small town of Aÿ was the first capital of viticulture in the Champagne region, well before Reims and Épernay. Pinots Noirs from Aÿ were Henry IV’s favorite wines and were the most popular at the French court. This put the “Côte aux Enfants” cuvee forward. The wine is called “Romané Conti de la Champagne” (Bollinger) because of a hill on which only children could go. The “Côte aux Enfants” comes from an abrupt plot, near Aÿ. It was Jacques Bollinger who patiently made it whole again at the beginning of the 20th century, since more than 50 owners used to share it. House Bollinger now owns all of the 4 hectares (10 acres) of this locality. Ever since 2009, the vineyard is being taken care of according the principles of organic farming. This “Côte aux Enfants” is one of the products that constitute house Bollinger’s pride and joy. It is a small production of 4.500 bottles, which is only produced on nice years.

 

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