
Alors que les maisons de champagne publient au fur et à mesure leurs résultats de l’année 2022 présentant ainsi des chiffres d’affaires en hausse, David Chatillon, le président de l’Union des maisons de champagne (UMC) donne sa vision de cette année 2022 qualifiée par certains « année folle »
– Il y a deux ans en pleine crise de covid auriez-vous simplement pensé à ce rebond extraordinaire du champagne ?
Les expéditions ont rebondi très fortement à partir de mai-juin 2021. Jusqu’à cette date, on n’imaginait pas retrouver le niveau de 2019 avant 2023 ou 2024.
– Que pouvez-vous apporter comme explications à cet engouement qui a fait souvent dire que l’année 2022 est une « année folle » ?
2022 marquera la mémoire des Champenois (j’ai parlé d’une année providentielle) dans tous les domaines : agronomique avec cette magnifique récolte, économique avec ces expéditions records et interprofessionnel avec l’adoption de la nouvelle feuille de route du Comité Champagne pour les dix prochaines années.
S’agissant des expéditions, l’engouement des consommateurs s’explique par la place unique que le champagne occupe dans leur cœur et dans leur esprit. Le champagne est le reflet de l’humeur des consommateurs et il est aussi en soi une occasion de bonne humeur. Après les restrictions liées à la pandémie, ils ont voulu vivre pleinement l’instant et mettre un peu d’exceptionnel dans leur vie quotidienne.
Cette place unique n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat d’une histoire vieille de trois cents ans qui continue d’être enrichie par des efforts continus dans la qualité intrinsèque des vins et dans leur qualité perçue. Nos efforts environnementaux y participent. Cette place unique, elle nous engage parce qu’il nous appartient aujourd’hui de poursuivre nos efforts dans tous les domaines pour préparer la prospérité de demain.
– Depuis plusieurs années, la progression sur les marchés internationaux continue d’évoluer, là aussi quels en sont les ressorts, et peut-on alors penser que le marché français est un marché dit « mature » ?
Les exportations ont tiré la croissance des expéditions en volume et plus encore en valeur. Elles représentent désormais 58 % du total des ventes et les deux tiers du chiffre d’affaires, soit respectivement 13 et 15 points de plus qu’il y a dix ans. Là encore, c’est le fruit des efforts que j’évoquais à l’instant, auxquels s’ajoutent les investissements marketing et commerciaux réalisés sur les marchés par nos marques locomotives. Grâce à ces efforts, notre appellation a retrouvé son rang de vin d’exception. J’ai eu la chance de me rendre l’an dernier dans les trois premiers marchés d’exportation ; à chaque fois, il m’a été dit que le champagne était le grand vin le plus accessible du monde.
La France demeure le premier marché… de très loin et les Français sont les meilleurs ambassadeurs du champagne. Il est donc très important de conserver ce lien avec le marché domestique même s’il n’offre pas de réelles perspectives de croissance en volume.
– Certains circuits de vente ont mis en cause le bon vouloir de certaines maisons à livrer en France voire à l’étranger pour vous, est-ce une réalité ? Faut-il réexpliquer la notion d’appellation d’origine contrôlée ?
Cela n’est pas du registre du « bon vouloir » des Maisons, mais il est exact que des tensions ont pu être constatées selon les Marques, les cuvées ou les marchés. C’est la conséquence d’un double phénomène d’une demande mondiale forte et d’une offre limitée. Le champagne est un vin d’exception issu de règles de production complexes et d’un territoire délimité. La production est donc limitée par nature. Son process d’élaboration est également très long : il ne peut donc être répondu sur le champ à un accroissement brutal de la demande. Vous avez raison : il faut réexpliquer la notion d’appellation d’excellence.
– Sans regarder dans une boule de cristal, comment voyez-vous l’année 2023 ?
Les années se suivent et se ressemblent en ce qu’elles n’offrent que très peu de lisibilité. La performance de 2023 dépendra largement de circonstances qui nous échappent : l’évolution de la situation géopolitique, de la situation économique, de l’inflation… Mais nous affichons un optimisme raisonnable pour au moins deux raisons : la première, c’est que les bouteilles qui ont été expédiées en 2022 ont été consommées et la seconde, plus importante encore, c’est que les fondamentaux de l’appellation sont bons. Encore une fois, cela nous engage parce qu’il nous appartient collectivement, par de bonnes décisions, de poursuivre nos efforts dans la quête de l’excellence, ce qui est la condition impérative de la prospérité de demain. Les maisons en sont convaincues et y sont prêtes !




