
Les bouteilles voyagent, mais elles ne racontent pas toutes la même histoire. Derrière les volumes exportés, la Champagne ne se lit pas uniquement en millions de cols.Elle se dessine aussi à travers les styles consommés — brut, rosé, cuvées spéciales — et par ceux qui les distribuent : grandes marques, maisons, coopératives ou vignerons.
D’un marché à l’autre, les équilibres changent. Certains privilégient le volume, d’autres la valeur. Certains restent dominés par quelques acteurs, quand d’autres laissent encore de la place à une diversité de signatures.
Trois lectures s’imposent : les volumes, les profils de champagne, et la répartition des opérateurs.
Des volumes concentrés, mais des dynamiques contrastées
Les exportations reposent toujours sur quelques piliers.
Les États-Unis restent en tête avec 26,5 millions de bouteilles (-3,4 %) pour 689 M€ (-15,9 %).
Le Royaume-Uni suit avec 22,7 millions (+1,9 %) mais 488 M€ (-5,9 %).
Le Japon confirme son retour avec 13,3 millions (+6,8 %) et 425,6 M€ (+10,4 %).
Derrière, les situations sont plus contrastées.
L’Allemagne se stabilise à 9,6 millions (+1,2 %) pour 229,3 M€ (+0,2 %).
L’Italie recule à 7,8 millions (-7,0 %) et 209,8 M€ (-10,9 %).
La Belgique progresse légèrement à 7,8 millions (+2,6 %) et 155,6 M€ (+1,9 %).
L’Australie repart à 7,55 millions (+3,5 %) et 151,5 M€ (+2,8 %).
Plus loin, plusieurs marchés affichent des rebonds nets :
La Suisse atteint 5,1 millions (+5,2 %) et 134,6 M€ (+8,4 %).
L’Espagne remonte à 4,0 millions (+7,3 %) et 115,2 M€ (+9,7 %).
Le Canada progresse à 2,9 millions (+7,6 %) pour 81,8 M€ (+2,8 %).
À l’inverse, certains marchés décrochent plus nettement, comme les Pays-Bas (-14,7 % en volume, -11,2 % en valeur) ou encore les Émirats arabes unis (-29,6 % / -34,8 %).
Un goût mondial très homogène, avec quelques écarts
Sur tous les marchés, le constat est clair : le brut domine largement.
Il représente 77 % des volumes aux États-Unis, 84,4 % au Royaume-Uni, 78,6 % en Allemagne, et plus de 93 % en Belgique.
Le rosé s’installe durablement, autour de 10 à 14 % selon les pays, sans progression spectaculaire mais avec une vraie stabilité.
Les cuvées spéciales restent plus variables.
Elles pèsent encore peu en Europe, mais montent sur des marchés plus sensibles à la valeur.
En Asie, des goûts plus ouverts et plus valorisés
L’Asie se distingue par une approche plus diversifiée du champagne.
Le brut y reste majoritaire, mais avec un poids moins écrasant — 62,2 % au Japon, contre souvent plus de 80 % sur les marchés occidentaux.
Surtout, certaines catégories y prennent une place bien plus importante.
Au Japon, les cuvées spéciales atteignent 11,8 % des volumes, et le demi-sec 11,5 %.
Les catégories comme l’extra-brut (3,4 %) ou le brut nature (3,4 %) y sont également mieux représentées.
À Hong Kong, le brut reste dominant (80,8 %), mais les cuvées spéciales montent à 7,4 % et l’extra-brut à 5,7 %.
À Singapour, le brut atteint 82,4 %, avec une présence notable des cuvées spéciales (6,4 %) et de l’extra-brut (4,9 %).
Ces marchés apparaissent ainsi plus ouverts à la diversité des styles, avec une sensibilité plus marquée aux cuvées plus valorisées.
La bouteille standard, format dominant
La bouteille de 75 cl reste ultra majoritaire.
Elle représente :
- 93,9 % des volumes aux États-Unis
- 95,4 % au Royaume-Uni
- 96,1 % au Japon
Les magnums restent limités, souvent entre 1 et 5 %.
Les demi-bouteilles tournent autour de 2 à 3 %.
Les grands formats restent marginaux.
Une filière très large… mais souvent concentrée
Le nombre d’opérateurs reste élevé :
- 726 aux États-Unis
- 653 au Royaume-Uni
- 646 au Japon
- jusqu’à 824 en Italie
Mais la concentration est forte.
Les marques internationales représentent :
- 61,3 % des volumes aux États-Unis
- 71,4 % au Japon
- 78,7 % en Espagne
Les cinq premiers expéditeurs peuvent capter jusqu’à 65 % des volumes, notamment sur les grands marchés.
L’Europe du Nord, un autre équilibre
Certains marchés présentent une structure différente, notamment en Europe du Nord.
Les maisons hors grandes marques y occupent une place significative :
- 53,8 % des volumes en Suède
- 43,9 % aux Pays-Bas
- 39,1 % au Danemark
Les vignerons y conservent une présence réelle :
- 19,4 % au Danemark
- 8,2 % aux Pays-Bas
- 6,8 % en Suède
Ces marchés apparaissent moins concentrés et plus ouverts.
Une Champagne globale, des marchés qui se différencient
Le champagne exporté reste globalement homogène dans ses styles et ses formats. Mais les marchés, eux, se différencient de plus en plus. Certains restent dominés par quelques acteurs et sous pression en valeur.
D’autres, plus discrets, montrent une meilleure résistance, voire une progression. L’évolution ne se joue plus seulement sur les volumes. Elle se lit désormais dans leur répartition.
(Sources Comité Champagne)




