La Fédération des Vignerons Indépendants de Champagne lance une nouvelle proposition dans le débat sur les rendements. Elle l’appelle Besoin Individuel Commercial, ou BIC. Avec cet outil, elle veut adapter les volumes autorisés à la réalité des ventes des récoltants-manipulants.
Partir des ventes, pas des projections
D’abord, le principe est simple. Le vigneron calcule son rendement à partir des bouteilles réellement vendues l’année précédente. Il prend en compte uniquement des bouteilles finies, habillées, étiquetées et commercialisées.
Ensuite, il ajoute un volume complémentaire équivalent au « volume achetable » autorisé pour les récoltants. Pour 2025, ce taux s’élève à 15 %. Toutefois, le total ne peut jamais dépasser le rendement butoir fixé par le cahier des charges, soit 15 500 kg par hectare.
La Fédération le précise clairement : le BIC ne crée pas un droit automatique. Il ne modifie pas les règles de l’appellation. Il ne contourne pas le cadre collectif. Au contraire, il s’appuie sur l’article D645-7 du Code rural et sur le cahier des charges de l’AOC Champagne. De plus, il repose uniquement sur des données traçables issues des déclarations douanières. En revanche, il exclut strictement la vente de raisin, de vin clair ou de vin sur latte.
Un contexte économique plus tendu
Cependant, la Fédération estime que le modèle collectif montre aujourd’hui ses limites pour certains profils. Toutes les exploitations n’affrontent pas le marché dans les mêmes conditions.
Toujours selon les Vignerons Indépendants, le seuil de rentabilité, longtemps situé autour de 9 500 kg/ha, ne correspond plus toujours à la réalité économique. Or certaines années, les rendements autorisés descendent sous ce niveau. Dans ce cas, l’exploitation absorbe seule le choc.
Par ailleurs, les récoltants-manipulants financent l’ensemble de la chaîne. Ils paient la production. Ils assument le stockage. Ils investissent dans la commercialisation et le marketing. En plus, ils supportent le risque lié aux marchés, notamment à l’export.
Dans le même temps, les trésoreries se tendent. Les charges fixes augmentent. Les coûts logistiques et marketing progressent. Enfin, les marchés restent volatils. Ainsi, lorsque les décisions collectives réduisent les volumes, certains récoltants subissent des effets qu’ils ne maîtrisent pas.
Un outil ciblé et assumé
Le BIC s’adresse aux récoltants qui produisent, vinifient, habillent et vendent leurs propres bouteilles. Surtout, ils doivent commercialiser 100 % de leur production en bouteilles finies. Dès lors, le critère reste clair : maîtriser toute la chaîne et vendre uniquement des bouteilles terminées.
Selon la Fédération, au moins 75 vignerons indépendants pourraient trouver dans ce dispositif une réponse à leurs difficultés. De plus, elle rappelle que plus de 80 % de ses 400 adhérents vivent directement de la vente de leurs bouteilles.
Une expérimentation pour ouvrir le débat
Pour autant, la Fédération ne demande pas une application immédiate et définitive. Elle propose d’expérimenter le BIC pendant cinq ans. Ainsi, la filière pourra mesurer concrètement ses effets avant toute décision pérenne.
Déjà, les Vignerons Indépendants ont engagé des échanges avec les services de l’État. Désormais, ils souhaitent ouvrir le dialogue avec les acteurs structurants de la filière, notamment le SGV et le CIVC.
En lançant le Besoin Individuel Commercial, la Fédération pose une question de fond. Comment adapter un modèle collectif historique aux réalités économiques actuelles ?



