
En 2024, le champagne a traversé une année tumultueuse, marquée par des défis climatiques, économiques et sociaux sans précédent. Lors de l’Assemblée de l’Association viticole champenoise (AVC) tenue le 5 décembre, les discours des deux présidents du Comité Champagne, Maxime Toubart (Syndicat général des vignerons de la Champagne) et David Chatillon (Union des maisons de champagne) ont révélé une détermination commune : transformer ces obstacles en opportunités pour le futur.
Le vignoble champenois a subi une série d’épreuves cette année, « Le gel, la grêle, la pluie… Et encore la pluie. Nos vignes n’ont eu aucun répit », a rappelé Maxime Toubart, président du SGV . Malgré ces épreuves, les vignerons ont fait preuve d’une résilience admirable. David Chatillon, président de l’UMC a salué « les efforts héroïques des vignerons, particulièrement ceux de la Côte des Bars, qui ont surmonté l’aléa climatique et humain de la vendange 2024 » .
Pourtant, la lutte est loin d’être terminée. Surtout avec la Flavescence dorée qui nécessite une prise de conscience collective. « Il est urgent de viser une stratégie d’éradication : vivre avec, c’est risquer de mourir avec », a martelé le représentant des vignerons. Une task force sera mise en place début 2025 pour coordonner les actions, une initiative approuvée par David Chatillon, qui a évoqué « la nécessité d’un effort conjoint pour protéger la qualité et l’identité de notre champagne » .
Des marchés sous tension
La filière fait également face à une diminution des expéditions, estimée à -10 % en volume et à une perte de 600 millions d’euros en valeur (environ 270 millions de bouteilles pour un peu moins de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires). David Chatillon a souligné l’impact des incertitudes géopolitiques et économiques : « L’Europe, qui représente 70 % de nos débouchés, est sous pression. Les marchés américains et japonais, qui complètent ce bloc, n’ont pas pu prendre le relais . »
Cependant, l’analyse va au-delà des chiffres. Une baisse de la fréquence d’achat a été identifiée, en partie attribuable à des prix élevés après la pandémie. « Les consommateurs atteignent un palier d’acceptabilité des prix », a admis David Chatillon, ce qui interrroge Maxime Toubart « Mesdames et Messieurs des Maisons, n’avez-vous pas oublié de soupeser certains fondamentaux du commerce ? Je suis un peu étonné de votre lecture stratégique du commerce. Vous avez-vu les étoiles dans les yeux des acheteurs en 2022, elles nous semblent éteintes en 2024. Il est de votre responsabilité de rallumer ces étoiles en 2025.»
Pour y remédier, les deux dirigeants plaident pour un investissement renforcé dans l’image et la désirabilité du champagne. « Nous devons aller des réserves de croissance dans des marchés peu explorés », a déclaré David Chatillon. Les maisons sont encouragées à explorer de nouveaux horizons et à innover dans leurs approches commerciales.
L’année 2024 a été marquée par des avancées significatives dans les conditions de travail et d’accueil des saisonniers. Le plan « Ensemble pour les vendanges en Champagne » a permis de mettre en place des solutions pratiques, notamment en matière d’hébergement. « Les progrès réalisés montrent que nous sommes sur la bonne voie, mais cela reste un travail de longue haleine », a affirmé David Chatillon . Maxime Toubart a également souligné l’importance de la durabilité sociale : « Agir pour l’avenir est un choix courageux. Ceux qui s’engagent dans la RSE montrent l’exemple à suivre ».
Un modèle de réglementation essentiel
Le modèle champenois repose sur une régulation stricte de la production. « Nous devons produire en fonction de ce que nous pouvons vendre et non l’inverse », a rappelé David Chatillon.. Pour 2024, un rendement commercialisable de 10 000 kg/ha a été fixé, bien que supérieur au modèle calculé. Cette décision a été prise pour protéger les équilibres du vignoble, mais une réduction future pourrait s’imposer si les expéditions ne reprennent pas.
En 2024, le champagne a prouvé son aptitude à surmonter des crises inédites. Les discours prononcés lors de l’Assemblée de l’AVC appellent à la responsabilité individuelle et collective, à l’innovation et à l’unité. « N’ayons pas peur d’être précurseurs, n’ayons pas peur d’être solidaires », a encouragé Maxime Toubart. Quant à David Chatillon, il conclut sur une note d’optimisme, mettant en avant l’unité comme un atout majeur : « La Champagne est trop petite pour être divisée. Unis, nous avons traversé bien des crises. Unis, nous relèverons les défis à venir. »




