
À l’heure des transitions économiques et géopolitiques, la filière des vins et spiritueux traverse une zone de turbulences. Les chiffres présentés par la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS), à l’occasion de Wine Paris, confirment un net ralentissement des exportations françaises en 2025. Dans ce contexte, la Champagne résiste mieux que d’autres segments, même si la valeur recule.
Exportations françaises : un plus bas historique en volume
En 2025, les exportations françaises de vins et spiritueux ont reculé de 3 % en volume, à 168 millions de caisses, soit leur niveau le plus bas depuis au moins vingt-cinq ans. En valeur, la baisse atteint 8 %, pour s’établir à 14,3 milliards d’euros.
Longtemps deuxième secteur exportateur français, les vins et spiritueux rétrogradent à la troisième place, derrière l’aérospatiale et les cosmétiques, sur fond de tensions commerciales accrues.
Les États-Unis et la Chine, deux marchés stratégiques, concentrent les principales difficultés. Aux États-Unis, les ventes chutent de 21 % en valeur en 2025, à 3 milliards d’euros, avec des volumes repassant sous la barre des 30 millions de caisses. Les hausses de droits de douane et les menaces d’un relèvement jusqu’à 200 % ont pesé lourdement sur la demande, notamment au second semestre. En Chine, les ventes reculent de 20 %, à 767 millions d’euros, principalement en raison des droits antidumping visant les eaux-de-vie de vin.
Le cognac en première ligne
Les exportations de cognac enregistrent l’un des reculs les plus marqués : –15 % en volume et –24 % en valeur. Les tensions géopolitiques entre la France et la Chine ont fortement affecté ce spiritueux emblématique, particulièrement dépendant du marché chinois.
Pour la FEVS, la reconstruction de ces positions commerciales s’annonce longue et incertaine, et 2026 pourrait rester sous pression sans amélioration significative de l’accès aux marchés.
La Champagne : des volumes en hausse, une valeur sous pression
Dans cet environnement dégradé, la Champagne affiche un profil contrasté. Les exportations progressent légèrement en volume, mais reculent de 4,5 % en valeur.
Le champagne représente à lui seul 35 % de la valeur totale des exportations de vins français (environ 3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires à l’export) confirmant son rôle central dans la balance commerciale du secteur. La baisse en valeur s’explique principalement par la forte appréciation de l’euro face au dollar, qui a renchéri les prix sur certains marchés clés.
Pour 2026, la prudence domine. Un rebond est espéré, sans perspective d’amélioration spectaculaire si l’environnement économique et commercial reste inchangé.
Une Champagne unie face aux transitions
Au-delà des chiffres conjoncturels, le Comité Champagne a profité de Wine Paris pour rappeler sa feuille de route stratégique dans un contexte d’incertitudes géopolitiques, climatiques et économiques.
La filière articule son action autour de trois axes structurants : être toujours disponible, toujours désirable et toujours exemplaire. Depuis plusieurs années, elle s’appuie sur des outils de régulation éprouvés et sur une capacité collective d’anticipation. La sécurisation du matériel végétal, notamment avec la serre bioclimatique Qanopée, l’introduction de variétés résistantes dans le cahier des charges et la gestion coordonnée des volumes constituent autant de leviers destinés à garantir la disponibilité des vins à long terme.
Sur le plan environnemental, la Champagne revendique une trajectoire engagée depuis plus de vingt ans. Le cinquième bilan carbone de la filière fait état d’une baisse de 25 % des émissions de gaz à effet de serre. Avec le Plan Carbone 3 (2025-2035), l’objectif reste inchangé : maintenir la trajectoire vers le net zéro en 2050.
Symbole universel de célébration
Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons et coprésident du Comité Champagne, insiste sur la solidité du modèle champenois : « Quand on prend de la hauteur, on mesure l’ensemble des forces dont dispose la Champagne : un modèle d’organisation unique, des outils de régulation éprouvés, une appellation reconnue dans le monde entier et surtout des hommes et des femmes profondément engagés. Notre responsabilité est de préserver et de renforcer ces atouts. L’histoire nous l’a montré : lorsque la Champagne s’engage d’une seule voix, elle est capable de surmonter tous les défis. »
La question de la désirabilité occupe également une place centrale. Face à l’évolution des usages et à la montée en puissance des autres effervescents, la filière travaille à l’élaboration du plan stratégique « Champagne 2040 », destiné à mieux comprendre les attentes des consommateurs et à projeter collectivement l’avenir de l’appellation.
David Chatillon, président de l’Union des Maisons de Champagne et coprésident du Comité Champagne, assume cette approche offensive : « Nous abordons la question de la désirabilité avec détermination. La Champagne dispose d’un atout majeur : la force de toutes ses voix, celles des vignerons comme des maisons. Nous avons l’ambition d’unir nos énergies pour que chacun contribue à enrichir l’image du Champagne partout dans le monde ; en un mot : réaffirmer le Champagne comme symbole universel de la célébration. »
Un grand rendez-vous fédérateur est d’ores et déjà annoncé pour 2027 afin de renforcer l’attractivité et de réaffirmer le leadership mondial de la Champagne.




