
Un an et demi s’est écoulé depuis votre arrivée à la tête de la Maison Moët & Chandon. Pouvez-vous revenir sur ces derniers mois ?
Le bilan est très positif malgré la pandémie qui nous avait tous affectés et une vendange 2021 particulièrement difficile. Je crois que je suis arrivée en Champagne dans une période sombre, mais j’ai très vite retrouvé la lumière par la suite, notamment lors de la découverte de cette région unique, et de ces différents métiers autour de notre savoir-faire. Je suis surtout très fière lorsque je vois l’expertise et la passion de nos collaborateurs. L’engagement des femmes et des hommes pour notre belle maison, cette force du collectif qui nous amène à repousser le champ des possibles me guide tous les jours dans les décisions que nous devons prendre, pour nous, mais plus largement pour la Champagne.
Pour rentrer plus en détail sur ces 18 derniers mois, je voudrais dire que nous nous sommes focalisés sur plusieurs points. Premièrement, nous souhaitions accélérer l’ensemble de nos engagements sur tous les aspects de la biodiversité, cela notamment par un programme d’envergure qui a vu le jour : Natura Nostra. Deuxièmement, nous avons voulu répondre à l’envie transversale de se réunir après cette période durant laquelle nous avons tant été privés. Aujourd’hui, quand beaucoup parlent de story-telling, nous préférons nous concentrer sur le story-living, sur les expériences de marque que peuvent vivre nos consommateurs. C’est pourquoi nous avons ouvert dernièrement un bar Moët & Chandon chez Harrods à Londres. Nous observons déjà que le succès est au rendez-vous puisque 90 % des ventes sur place sont du Champagne.
Nous regardons également attentivement les types de consommations. Nous avons en effet la volonté de mettre en exergue nos Grand Vintage, nos millésimes Moët & Chandon. Pour ces cuvées, il y a une nécessité de compréhension, le consommateur doit non seulement comprendre la personnalité du vin, mais aussi ses caractéristiques. Pour cela, nous confectionnons avec notre chef de cave, Benoît Gouez un discours très poussé pour accompagner nos clients avec toujours plus de compréhension et de partage de ce que sont nos champagnes. Au-delà du savoir-faire, le faire-savoir- j’entends là le partage et la pédagogie autour de nos produits – est également primordial d’autant plus que nous avons la chance d’avoir une gamme assez étendue chez Moët & Chandon et que nos champagnes ont été pensés pour différents moments de la journée. C’est un produit qui ne cesse également de recruter de nouveaux profils. Le Champagne attire, le champagne se renouvelle et nous en sommes tous très fiers ! Enfin lors de mon arrivée à la présidence, j’avais fait la promesse d’organiser un grand moment de célébration. Après 2 ans remplis d’anxiété, il me semblait normal de pouvoir enfin réunir tous nos collaborateurs et nos partenaires autour d’un moment festif. Cela a pu se faire le 1er juillet dernier.
À l’échelle mondiale et au regard de l’actualité de ces derniers mois, comment se porte Moët & Chandon au sein de vos principaux marchés ?
Tout d’abord, ce qu’il faut savoir c’est que nous sommes en allocation sur nos produits partout dans le monde cela s’explique notamment par un fort regain des ventes de Champagne sur ces derniers mois. Nous remarquons par ailleurs une croissance générale, même dans nos principaux marchés. Le marché américain se porte très bien. La Chine de son côté ralentit. Mais nous avons aussi une belle surprise puisque le continent africain nous montre une très belle progression.
Pour dire quelques mots sur la Russie, nous avons totalement arrêté les exports. Les volumes lui étant destinés ont été répartis sur d’autres pays. Dans ce conflit, c’est avant tout le facteur humain qui nous a inquiété. Nous avons tout fait pour accompagner l’ensemble de nos collaborateurs sur place, plus particulièrement au niveau de leur sécurité. Comme vous l’aviez vu aussi, nous avons accueilli plusieurs familles déplacées au sein de nos vendangeoirs (lire ici) avec l’aide de la préfecture et de la direction du service d’accueil intégré, des services de l’État et de certaines associations.
Nous savons tous que nous allons devoir faire des efforts sur nos consommations d’eau et d’énergies ces prochains mois. Quelle est la position de Moët & Chandon face à cela ?
Nous avançons vers une situation difficile où chacun devra participer activement à un effort collectif. Plus que jamais nous devons être réactifs sur ce point-là. C’est pourquoi nous nous préparons activement dans nos unités de production, mais également au sein des bureaux. Chaque économie d’énergie pouvant être faite contribuera à traverser cette période plus sereinement. Il faut nécessairement préparer les consciences non seulement en France, mais aussi dans nos bureaux à l’étranger. Par ailleurs depuis 2014, la Maison Moët a réduit de 37 % sa consommation d’eau par bouteille produite. Une réduction que nous souhaitons voir augmenter dans les prochaines années.
La préservation de la biodiversité est en train de devenir un enjeu essentiel pour votre maison. Quels sont vos engagements et votre programme Natura Nostra ?
Le changement climatique est une réalité incontestable. Notre rôle en tant que leader de la Champagne est de faire tout notre possible pour lutter contre ces changements climatiques et ainsi limiter les impacts sur les territoires champenois.
Ce travail a été commencé il y a maintenant 22 ans avec la viticulture durable. Nous sommes fiers de constater qu’aujourd’hui, 50 % de nos livreurs nous ont suivis dans cette démarche. Notre ambition est de voir 100 % de nos partenaires obtenir la certification viticulture durable en Champagne (VDC) et Haute Valeur Environnementale (HVE) à horizon 2028.
Toutefois nous devons rester actifs sur ce sujet et garder ce quart d’heure d’avance qui caractérise notre Maison. C’est pourquoi nous faisons notre maximum pour être à la pointe de l’agroécologie. Nous ne concevons plus l’agriculture comme quelque chose qui doit être dominée. De nos jours et pour l’assurance de notre futur, nous devons penser « agriculture avec la nature ». Cette démarche permettra entre autres de réhabiliter certaines espèces végétales et animales dans leurs espaces naturels. C’est ici que s’inscrit le programme Natura Nostra. Nous contribuons et contribuerons à ramener la biodiversité en Champagne. Pour cela, à horizon 2027, nous créerons 100 kilomètres de corridors écologiques. Cet engagement a été initié en novembre 2021 à Fort Chabrol, lieu emblématique de la Maison en faveur de la recherche. Lors de cette journée collaborative, 1743 arbres et arbustes ont pu être plantés sur le site.
Dans cette lignée, nous avons également mis en place de nombreuses actions pour limiter notre impact sur l’environnement. Notamment avec l’éco-paturage dans nos vignes, aujourd’hui plus de 85 hectares font l’objet de cette démarche. Nous avons également investi dans un parc de tracteurs enjambeurs électriques. D’ici 2030, nous ambitionnons d’avoir 30 engins de ce type permettant une économie de 23 tonnes de CO2 par an et par tracteur. Aussi, nous produisons notre propre miel grâce à l’initiative de nos collaborateurs passionnés par l’apiculture. Nous sommes fiers d’avoir pu récolter 850 kilos de miel grâce à nos 70 ruches réparties sur l’ensemble de nos domaines.
Quelles sont vont premières impressions pour cette vendange 2022 en Champagne ?
Pour définir cette vendange, trois mots me viennent à l’esprit : saine, sereine et savoureuse. Nous avons une bonne qualité de raisin. Les taux de sucre et d’acidité sont bons même si le niveau d’azote est un peu bas, nous sommes très sereins. Concernant les quantités, c’est plus difficile, car cela est très hétérogène sur l’ensemble de nos parcelles.
Je ne vais pas vous apprendre que chaque année, la question du prix du kilo de raisin est d’actualité en Champagne, que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Nous sommes très prudents au sein de la maison concernant cette question. Nous nous attachons à avoir un prix du kilo juste. C’est pourquoi nous analysons cela non pas uniquement en comparaison avec l’année écoulée, mais sur les trois dernières années.
Concernant vos approvisionnements, avez-vous des difficultés particulières en ce moment ?
Au sujet de l’approvisionnement, nos équipes ont effectué un travail remarquable pour assurer une bonne continuité de la production. Toutefois nous restons en alerte pour aborder le futur avec sérénité.
Concernant les projets à venir de la maison et des grands moments qui animeront la fin d’année 2022 ?
Dans quelques jours notre maison ouvrira en exclusivité plusieurs sites de notre patrimoine lors des Journées Particulières qui se tiendront le week-end du 15 et 16 octobre. Nous serons ravis d’accueillir tous les visiteurs souhaitant découvrir notre savoir-faire. Au mois de novembre prochain, nous organiserons une nouvelle journée de mobilisation en faveur de la biodiversité en Champagne, celle-ci constituant un nouveau chapitre de notre programme Natura Nostra. Une nouvelle occasion de fédérer nos collaborateurs autour de nos engagements. De nombreux projets animeront aussi la maison sur cette fin d’année 2022. Le programme de célébration Moët Effervescence reviendra pour une seconde édition un peu partout dans le monde, et bien entendu à Paris ! Enfin, sachez que nous envisageons très prochainement de développer notre bar à champagne Moët & Chandon dans de nombreux pays européens. Malheureusement, je ne peux vous en dire plus pour le moment, mais nous avons à cœur de créer, de célébrer et de faire rayonner le savoir-faire de notre grande maison, mais aussi de la Champagne !




