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« Il n’y a pas de planète B » : Ludovic du Plessis détaille sa feuille de route entre Champagne Telmont et Rémy Cointreau

Ludovic du Plessis

Fraîchement nommé à la tête de la division prestige du groupe Rémy Cointreau (lire ici), Ludovic du Plessis conserve en parallèle la direction du Champagne Telmont. Une double casquette qui élargit son champ d’action, dans la continuité du travail engagé ces dernières années.

Car Telmont est une maison qui a beaucoup fait parler d’elle dans la région, avec un positionnement affirmé autour du projet « Au nom de la Terre ». Conversion vers la viticulture biologique et régénérative, évolution des pratiques, réflexion sur le packaging : la démarche s’inscrit dans un mouvement plus large qui traverse aujourd’hui la Champagne.

Dans cet entretien, Ludovic du Plessis revient sur les premières étapes de cette transformation, le travail mené avec les vignerons partenaires et les défis qui restent à relever.

Depuis votre arrivée à la tête de Champagne Telmont, la maison s’est engagée dans une démarche environnementale particulièrement affirmée avec le projet « Au nom de la Terre ». Quel bilan tirez-vous aujourd’hui des premières années de cette transformation ?

De la cohérence entre nos paroles et nos actes, des décisions de bon sens, plus d’impact positif pour la nature. Et surtout des vins encore meilleurs. Le fait d’être certifiée ROC sur nos vignes bio est une reconnaissance des choix que nous avons faits en matière de viticulture biologique et régénérative. Des choix qui se traduisent directement dans nos vignes et nos vins. Les raisins sont plus sains, plus équilibrés : la balance parfaite entre structure et complexité aromatique. À la dégustation, on a des vins plus solaires, plus vibrants et plus vivants, avec davantage d’énergie et de précision. Ils expriment le terroir sans artifice, avec une forme de pureté et de sincérité que l’on ne peut obtenir qu’en laissant la nature reprendre sa place. Notre conviction est simple et ne changera pas : le vin est bon si la Terre est belle. Notre bilan, c’est aussi beaucoup d’humilité, car il reste tant de choses à faire et tout est loin d’être parfait.

Telmont vise une viticulture 100 % biologique et régénérative à l’horizon 2031. Où en êtes-vous aujourd’hui dans cette transition, notamment avec les vignerons partenaires qui contribuent à l’approvisionnement de la maison ?

Aujourd’hui, 95% du domaine Telmont et environ 70 % des vignes de nos partenaires vignerons sont déjà certifiées biologiques ou en conversion. C’est un niveau très élevé pour la Champagne, où le bio reste autour de 6 %. Au-delà des chiffres, ce qui est le plus important, c’est la dynamique. Il y a une demande de plus en plus forte de la part de la nouvelle génération. Chez Telmont, nous avons fait le choix d’embarquer et d’accompagner nos vignerons partenaires : soutien technique, aide financière pendant les années de conversion… Faire le choix du bio, c’est une transformation de fond qui demande du temps, de l’intelligence collective, et beaucoup de modestie.

Vous venez de prendre la présidence de la division prestige de Rémy Cointreau tout en restant à la tête de Telmont. Comment cette nouvelle responsabilité s’inscrit-elle dans votre vision pour la maison champenoise ?

Ce que nous faisons chez Telmont, nous ne le faisons pas que pour nous-mêmes. Nous le faisons pour la Terre et toujours avec cette quête de créer « le vin le meilleur du monde », comme le disait si bien Dom Pierre Pérignon.  Mes nouvelles responsabilités me permettront de transmettre tout ce que nous avons appris chez Telmont. Mais surtout la réciproque est encore plus vraie : Telmont a beaucoup à apprendre des autres maisons. La vision de Cognac Louis XIII de penser le siècle à l’avance est inspirante. Nous ne sommes que « passeur ». Ensemble, ce que je souhaite, c’est que donnions des preuves concrètes de ce qui est pour moi une conviction profonde : le luxe de demain ne pourra exister qu’à la condition de concilier excellence, expérience et conscience.

Après des expériences chez Dom Pérignon, puis à la tête de Louis XIII, vous évoluez depuis plusieurs années dans l’univers des marques de prestige. Comment définiriez-vous aujourd’hui ce qui distingue réellement une marque de luxe dans le secteur des vins et spiritueux ?

Aujourd’hui, le vrai luxe, c’est un luxe qui a du sens, et un luxe qui est fait d’expérience. Je dirai aussi que le luxe, c’est d’être responsable dans notre rapport à la Terre. Une grande maison doit conjuguer qualité irréprochable, vision à long terme, responsabilité.

Le changement climatique modifie déjà les équilibres du vignoble champenois, avec des vendanges plus précoces et des maturités plus élevées. Comment anticipez-vous ces évolutions pour les prochaines décennies ?

Le dérèglement climatique ne va malheureusement pas s’arrêter par magie. Il va continuer à transformer en profondeur l’équilibre du vignoble. Nous souhaitons à la fois agir sur les causes du changement climatique, en réduisant radicalement nos émissions de CO2 pour devenir net positive d’ici 2050 (baisse de 90 % de nos émissions), et travailler avec la nature.  Cela passe notamment par la conversion de nos vignes à l’agriculture biologique et régénérative, qui permet de redonner vie aux sols et de renforcer la résilience de la vigne. Des sols vivants retiennent mieux l’eau, permettent de mieux préserver les équilibres naturels, notamment l’acidité, essentielle en Champagne et permettent aux vignes de mieux encaisser les stress climatiques. Le bio n’est pas un choix idéologique. C’est une des réponses à la fois agronomique et œnologique au défi climatique.

La transition environnementale devient un enjeu majeur dans la région. Pensez-vous que la Champagne avance aujourd’hui suffisamment vite sur ces sujets ?

Il y a une prise de conscience forte. Le CIVC fait un travail considérable pour éveiller les consciences et booster la biodiversité. Il faut arrêter de dire que la Champagne est en retard vs les autres régions, ce n’est pas vrai. Il y a un vrai esprit collectif pour faire bouger les lignes. Chez Telmont, notre taille nous permet d’être agile et d’avancer vite sur des sujets structurants. Nous avons repensé nos manières de faire : la manière dont on cultive la vigne, dont on conçoit les bouteilles toujours plus légères, dont on transporte nos vins, dont on consomme l’énergie, dont on a réussi à bannir 100 % des coffrets cadeaux ou autres sur-packaging. Le meilleur packaging c’est quand il n’y a pas de packaging. La bonne nouvelle, c’est que les solutions existent déjà, et que l’innovation est partout. Le véritable défi est de passer à l’échelle et que tout le monde embarque. C’est le seul chemin possible. Il n’y a pas de plan B… car il n’y a pas de planète B.

On observe depuis plusieurs années une montée en puissance des cuvées premium et des champagnes de terroir. Cette évolution va-t-elle, selon vous, transformer durablement l’image du champagne ?

Très certainement. Le champagne n’est plus seulement un symbole de célébration, de fête, il devient aussi un produit qui fait sens. Les consommateurs veulent comprendre son origine et son impact. Le respect du terroir, la transparence radicale, le bio sont des attentes durables de la nouvelle génération.

Enfin, si vous regardez la Champagne à l’horizon de vingt ans, quels seront selon vous les principaux défis que la région devra relever ?

Le premier défi est évidemment climatique : préserver l’équilibre unique de la Champagne dans un environnement qui change rapidement. Le deuxième est viticole : réussir une transition massive vers des pratiques biologiques et régénératives. Le troisième est culturel : faire de la durabilité quelque chose de désirable, et de réussir à réconcilier plaisir et responsabilité. Il faut se dire qu’on ne fait pas tout ça pour nous, on fait cela pour que nos enfants et nos petits-enfants puissent, une fois devenus adultes, encore boire du champagne d’exception dans 100 ans. C’est exigeant, mais passionnant aussi. Et il faut y aller « One Bottle After Another » !

NB : en parallèle de cet entretien, Champagne Telmont poursuit son engagement en tant que fournisseur officiel à l’international du championnat E1, une compétition de bateaux 100 % électriques. Ce partenariat, renouvelé pour la troisième année consécutive, s’inscrit dans la continuité de la stratégie environnementale portée par la maison, autour de l’innovation et de la réduction de l’empreinte carbone, de la vigne jusqu’aux usages.