Pernod Ricard répond au fond activiste Elliot

Pour Pernod Ricard, « le dialogue avec nos actionnaires demeure une priorité pour le groupe » 

Pernod Ricard, le créateur de convivialité, (champagnes Mumm et Perrier-Jouët) n’est pas prêt à se laisser dicter sa conduite par le fond activiste Elliot  qui vient d’acquérir 2,5% du capital de Pernod Ricard pour 930 millions de dollars cette semaine. Ce fond qualifié de « Vautour » , créée en 1977, est l’un des plus vieux « hedge fund » (fonds d’investissement alternatif).  Son nom est associé à des pratiques contestées voire contestables, celle des fonds  « vautours ». Leur méthode est connue :  Prendre une petite participation dans une entreprise, puis faire du bruit (beaucoup de bruits)  sur la gestion du groupe pour obtenir un changement de stratégie voire plus… Et pour Pernod-Ricard, le bruit commence ! 

Dans un communiqué, la fondation Elliot manoeuvre habilement en félicitant d’abord « le portefeuille exceptionnel de marques internationales de premier plan  » de Pernod-Ricard, puis attaque en remarquant que sa rentabilité financière n’est pas la hauteur, particulièrement pour la vodka, le whisky et le gin  :  « Les plans successifs mis en place par la Société afin d’améliorer la performance opérationnelle ne sont pas parvenus à générer de levier opérationnel, résultant ainsi en une marge opérationnelle de cinq points inférieure à celle de Diagéo, le plus proche concurrent de Pernod ».    De plus, le  fonds reproche que la culture de Pernod-Ricard est « peu ouverte vers l’extérieur » , voire peu compatible avec les ambitions d’une multinationale en soulignant la forte présence de la famille Ricard au conseil d’administration alors qu’elle ne détient aujourd’hui que 15 % du capital et 20 % des droits de vote. Après avoir comparé Pernod Ricard à Diagéo, Elliot évoque également la possibilité d’une fusion avec un autre groupe… 

La réponse s’est pas fait attendre, également via un communiqué qui se veut rassurant :  » Pernod Ricard prend note du communiqué du fond activiste Elliott. Le dialogue avec nos actionnaires demeure une priorité pour le groupe et Pernod Ricard accorde la plus haute importance aux propositions constructives ayant pour objectif commun la création de valeur sur le long terme. Bien qu’il ne soit pas dans la politique du groupe de commenter le contenu des échanges avec des actionnaires donnés, nous tenons à souligner que les membres de la direction de Pernod Ricard ont eu des discussions avec Elliott au cours des dernières semaines. Le conseil d’administration de Pernod Ricard ainsi que son équipe de direction sont pleinement engagés à servir les intérêts du groupe et de ses actionnaires, et continueront à agir pour réaliser cet objectif primordial. » 

« Notre stratégie est la bonne »

Toujours selon le communiqué de presse :  » le conseil d’administration de Pernod Ricard et son équipe de direction ont mis en place un nouveau modèle stratégique centré sur le consommateur destiné à transformer chaque moment de consommation en véritable expérience de convivialité. Dans le cadre de ce modèle stratégique, le groupe s’est concentré sur les fondamentaux qui soutiendront son succès : un portefeuille complet de marques premium, la prémiumisation et le luxe, l’innovation et l’accélération digitale. » Et de mettre en avant : 

  • La croissance interne du chiffre d’affaires et du résultat opérationnel courant est respectivement de 6% et 6,3% en 2017/18, par comparaison à 3,6% et 3,3% l’année précédente, ce qui est déjà supérieur aux prévisions à moyen terme de 4 à 5% de la croissance du chiffre d’affaires communiquées en 2015 aux investisseurs
  • Cette croissance est diversifiée et concerne toutes les régions et catégories. Il est important de noter qu’un tiers de cette croissance vient de l’innovation.  Sans oublier un portefeuille luxe en croissance de 10% sur un an
  • Les initiatives d’excellence opérationnelle (200M € d’économies en P&L + 200M € d’économies en cash) sont en avance sur notre plan, avec 2/3 des économies déjà réalisées et 50% réinvestis
  • lz free cash flow est à un niveau historique avec 1,4 Milliard € (+77% depuis 2014/15) et la dette s’est significativement réduite avec un ratio dette nette / EBITDA de 2,6x
  • L’accélération de la croissance du chiffre d’affaires a été confirmée lors de la communication des résultats de 1er trimestre.

Le communiqué tient également à à justifier sa politique de gouvernance,   » Le groupe a démontré son engagement à actualiser le conseil d’administration (14 administrateurs) en nommant au cours des trois dernières années 3 nouveaux administrateurs dont tout dernièrement Patricia Barbizet.  Le conseil revoit régulièrement sa composition afin de s’assurer des compétences et expériences nécessaires pour conduire la croissance du groupe au profit de tous ses actionnaires et continuera dans ce sens. » Alexandre Ricard, PDG du groupe a déclaré : « nous sommes un groupe avec de fortes valeurs familiales engagé sur la création de valeur sur le long terme. Sur les 3 dernières années, nous avons créé plus de 11 milliards € de valeur et notre action a augmenté de 37,7%, dépassant significativement le CAC40 (+5,6%) ou l’Eurostoxx Food & Beverage (-13,4%). Ceci dit, la création de valeur sur le long terme ne se mesure pas uniquement à l’aune du cours de l’action mais également en prenant en compte l’intérêt de toutes les parties prenantes de Pernod Ricard : nos actionnaires, nos 19 000 collaborateurs, nos consommateurs, nos partenaires et fournisseurs. Notre stratégie est la bonne pour allier la rentabilité court-terme avec une croissance responsable, durable et profitable en ligne avec une feuille de route long-terme et cohérente. »  

Côté soutien,  le groupe Bruxelles Lambert (GBL)  qui détient 7, 40% au capital de Pernod Ricard a témoigné sa confiance dans le management et la stratégie du groupe .

Juste pour l’histoire, l’été dernier, c’est Heinrich Hiesinger, depuis 2011 patron du conglomérat allemand ThyssenKrupp (sidérurgie, sous-marins, ascenseurs…) représentant 160 000 salariés  qui a été la victime de la fondation Elliott. Celle-ci  possédait  3% au capital. Après avoir  dénoncé très bruyamment la politique du conglomérat, elle a provoqué sa démission. 

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