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Vendanges d’août, promesses de septembre : des chefs et cheffes de caves de la Champagne témoignent

« 2025 est une promesse. À la vigne comme en cave », affirme Laurent d’Harcourt, président du directoire de Pol Roger. Cette phrase résume l’esprit des vendanges 2025 : une récolte exigeante mais d’une qualité remarquable, marquée par des raisins sains, concentrés et d’une maturité rare. Même s’il faut relativiser le rendement.

Ainsi, j’ai réuni plusieurs témoignages de chefs et cheffes de caves. Leur parole raconte de l’intérieur la réalité d’une récolte et les promesses qu’elle porte pour les vins à venir. Cet article croise ainsi les regards des chefs et cheffes de caves des champagnes Pommery, Deutz, Perrier-Jouët, Thiénot, Pol Roger et Franck Bonville.


Champagne Perrier-Jouët

Chez Perrier-Jouët, l’accent est mis sur l’avenir. La Maison poursuit sa transition vers une viticulture régénératrice. « Face au défi climatique, la viticulture régénératrice a démontré toute sa pertinence en 2025. Les parcelles conduites sous ce modèle depuis 5 ans ont offert un équilibre remarquable et des degrés modérés, gage de fraîcheur », explique Séverine Frerson, cheffe de caves.

La vendange a démarré dès le 21 août à Ambonnay, Bouzy et Dizy, puis le 24 août à Avize et Cramant, avant de se poursuivre le 26 août dans la Montagne de Reims nord. Les maturités se sont révélées très rapides dans les secteurs précoces, plus progressives dans la vallée de la Marne ou le Petit Morin. Les raisins, d’un état sanitaire irréprochable, se sont montrés concentrés et équilibrés.

Particularité de l’année : la Maison a vinifié séparément les moûts issus des pratiques régénératrices, pour mieux en mesurer l’apport. « Ces moûts traduisent déjà une promesse : celle d’un avenir plus durable, où l’expérience de l’année 2025 nous confirme une véritable complémentarité gustative », ajoute Séverine Frerson.


Champagne Pommery

Chez Pommery, les vendanges ont débuté le 25 août dans la Côte des Bars et le 26 août dans la Marne. La Maison a préféré attendre des maturités optimales. « Comme à notre habitude, nous avons privilégié des maturités élevées et décidé de décaler le début des vendanges », explique Clément Pierlot.

Les chardonnays dépassent 11 % vol., avec des pointes proches de 12 % vol. pour les marcs Louise. « Ils apportent cette tension et cette fraîcheur qui sont notre colonne vertébrale », précise le chef de caves. Les pinots noirs se distinguent par leur densité, tandis que les meuniers atteignent une maturité inédite.

« Chaque vendange est une page nouvelle dans l’histoire de Champagne Pommery & Greno, mais 2025 nous inspire particulièrement par son équilibre et sa pureté », ajoute Clément Pierlot. Une année aussi propice aux expérimentations : « L’année est notamment particulièrement favorable à l’élaboration de vins rouges d’exception ».


Champagne Franck Bonville

« Chaque vendange est atypique. Après notre 30ᵉ vendange, il y a toujours un élément caractéristique », confie Olivier Bonville. En 2025, c’est le rendement agronomique qui l’a marqué. Pour le chardonnay de la Côte des Blancs, après une floraison prometteuse, il espérait un rendement autour de 10 500 kg/ha. Parallèlement, l’interprofession avait fixé le rendement à 9 000 kg/ha.

« Nous pensions alors pouvoir faire du qualitatif en cuverie et remplacer nos tailles de 2024 par les cuvées de l’excellent millésime 2025 qui s’annonce », explique-t-il. Mais la réalité s’est vite imposée : « Après quatre jours de cueillette, nous avons compris que l’appellation serait difficile à atteindre. Le rendement agronomique ne satisfera pas le rendement économique demandé par l’interprofession… surprise de taille. On ne l’avait pas vu venir. ! »

Champagne Deutz

Chez Deutz, la vendange a pris des allures de sprint. Elle a commencé dès le 21 août à Ambonnay, Bouzy et Dizy, puis le 24 août à Avize et Cramant, avant de remonter vers la Montagne de Reims Nord. « Une maturation fulgurante, une véraison éclair et des degrés qui progressaient à la vitesse de l’éclair (+2.6° la semaine du 11/08, du jamais vu !) », raconte Caroline Latrive, cheffe de caves.

Les raisins étaient d’une santé éclatante. « Les grappes, magnifiques et d’un état sanitaire irréprochable, révèlent des fruits sains et parfaitement mûrs. Cet équilibre rare met en lumière une concentration d’arômes et de textures peu commune, où chaque terroir exprime avec intensité sa singularité », souligne-t-elle.

Pinots noirs élégants à Aÿ et Mareuil-sur-Aÿ, chardonnays concentrés en Côte des Blancs, meuniers vifs et généreux. « Au fil de la récolte, c’est toute la mosaïque champenoise qui s’affirme, concentrée et lisible », conclut Caroline Latrive.


Champagne Thiénot

Chez Thiénot, la cueillette touche à sa fin. « La cueillette s’est terminé dimanche 7 septembre pour nous et nous allons rentrer des moûts jusqu’en milieu de semaine prochaine. L’heure des premiers bilans ! » explique Nicolas Uriel, chef de caves.

Pour lui, deux mots résument la vendange 2025 : sérénité et impatience. « Malgré le coup de stress du mois d’août avec ces degrés qui ont grimpé en flèche partout et malgré beaucoup de déceptions concernant les volumes, la vendange 2025 a été globalement à l’image de la campagne viticole : sereine… le retour de conditions plus clémentes fin août a permis d’organiser calmement le début de la cueillette et d’attendre les niveaux de maturité souhaités pour éviter (je l’espère) les pièges des maturations précoces et ultra-rapides dans lesquels nous sommes tombés en 2011, 2015 et 2020. Ensuite, l’excellente tenue des raisins a permis de piloter la récolte uniquement sur des critères techniques de maturité. Ce qui est très confortable et rassurant. »

Mais au-delà de cette sérénité, c’est aussi l’impatience qui domine. « Tant au niveau de l’aspect des raisins qu’au niveau analytique, sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour élaborer de grands vins. La dégustation des premières cuves en fin de FA semble le confirmer. Même si l’expérience me pousse à la prudence, je suis très impatient de découvrir ce que cette maturité et ces équilibres inédits donneront à la dégustation, cet hiver… et plus loin ! »


Champagne Pol Roger

Pol Roger a ouvert les vendanges dès le 22 août. La réception des raisins s’est étalée sur deux semaines, dans des conditions idéales. « Leur réception, échelonnée sur un peu plus de deux semaines, s’est déroulée dans une ambiance à la fois rythmée et sereine », rappelle Damien Cambres, chef de caves.

Les degrés moyens atteignent 10,8 % vol. tous cépages confondus, avec 11,3 % pour le chardonnay. L’acidité moyenne est de 6,5 g/L H₂SO₄. « L’acidité mesurée ne reflète pas, à elle seule, la fraîcheur future des vins, ni leur potentiel de vieillissement », précise-t-il.

La qualité des jus à leur arrivée en cuverie a confirmé les attentes. « Rarement avons-nous connu une telle cohérence climatique tout au long de l’année (…) les raisins sont d’une qualité et d’un état sanitaire remarquables, avec un équilibre naturel entre concentration aromatique et fraîcheur », constate Damien Cambres.


Une promesse partagée

De Pommery à Deutz, de Perrier-Jouët à Thiénot, de Bonville à Pol Roger, les constats convergent : 2025 a livré des raisins d’une maturité exceptionnelle, concentrés et sains, avec un équilibre rare entre richesse et fraîcheur. « Nous avons la conviction que cette récolte donnera naissance à des champagnes lumineux, élégants, aptes à traverser le temps et dotés d’une fraîcheur remarquable », espère Clément Pierlot pour Pommery.

On leur souhaite à tous. En Champagne, l’année 2025 restera dans les mémoires, elle s’écrit désormais derrière les portes des cuveries.