
Durant et à quelques mètres de l’assemblée générale du Syndicat général des vignerons de la Champagne au Millésium à Epernay, l’intersyndicat de la CGT Champagne, rassemblé en protestation, n’a pas manqué pas de rappeler les récents événements sombres qu’ils ont surnommés les « vendanges de la honte » (lire ici).
Ces vendanges de 2023 ont été marquées par des conditions extrêmes qui ont vu quatre vendangeurs perdre la vie à cause de la canicule, tandis que des centaines d’autres étaient évacués de logements jugés insalubres. José Blanco, secrétaire général de l’intersyndicat CGT Champagne, déplore l’exploitation continue des travailleurs sans-papiers, dont beaucoup n’ont toujours pas été régularisés malgré les engagements des autorités.
Dans le journal l’union, les témoignages des saisonniers sont accablants. Mamadou Doumbia, un des vendangeurs, raconte une réalité quotidienne faite de précarité : « Nous dormions à même le sol, et l’eau froide couplée à des installations électriques défaillantes nous exposait à des risques constants. » En septembre, une opération d’urgence a relogé ces travailleurs, mais leur situation reste précaire, la plupart attendant toujours leur régularisation promise. Le cas de Nesle-le-Repons est particulièrement révélateur, où près d’une cinquantaine de saisonniers ont porté plainte contre Anavim, leur employeur parisien, pour traite d’êtres humains, une affaire maintenant entre les mains de la justice à Châlons-en-Champagne.
Toujours dans l’union, en réponse, le Comité Champagne exprime son indignation et annonce son intention de se constituer partie civile. Un plan d’action, prévu pour juin, inclura la création d’un syndicat pour les prestataires afin d’améliorer la surveillance et les conditions de travail dans les vignobles.
Hier Il faut noter également, la présence de la délégation commerciale des pays nordiques, actuellement en visite dans la Marne, qui a souligné l’impact potentiel de ces scandales sur l’image internationale de la Champagne. Ces représentants, provenant des monopoles d’État en Finlande, Suède, et Norvège (ndlr : le Comité Champagne vient d’installer un bureau à Stockhlom lire ici) , cherchent à comprendre les détails de l’affaire et à discuter des mesures à prendre pour assurer le respect des droits des travailleurs dans toute la filière.
Cet événement dual à Épernay illustre toutefois les contrastes au sein de la filière champagne. Les prochaines vendanges seront un moment de vérité pour une filière sous les projecteurs.




