La Commission européenne a annoncé l’entrée en application provisoire de l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur — Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay — à compter du 1ᵉʳ mai 2026. Le texte prévoit une suppression progressive des droits de douane sur huit ans, avec un horizon fixé à 2034 pour une disparition complète.
Pour la filière Champagne, cet accord ouvre une perspective d’allègement tarifaire sur des marchés encore secondaires mais identifiés de longue date comme des relais de croissance potentiels.
Une baisse progressive des droits de douane
Aujourd’hui, les niveaux de taxation restent élevés, notamment en Argentine où ils atteignent 35 %. À partir du 1er mai 2026, un calendrier de réduction s’enclenche, avec une trajectoire similaire dans l’ensemble des pays concernés. Les droits passeront progressivement de 35 % à 0 % en Argentine, de 18 % à 0 % au Brésil et au Paraguay, et de 20 % à 0 % en Uruguay d’ici 2034.
Ces droits sont calculés sur la valeur C.I.F., c’est-à-dire qu’ils intègrent à la fois le coût des marchandises et les frais d’assurance et de transport. Leur diminution aura donc un effet direct sur le prix final des bouteilles importées.
Des marchés encore limités pour le champagne
En 2025, les pays du Mercosur restent des débouchés modestes pour le champagne. Le Brésil constitue le principal marché de la zone avec 719 000 bouteilles expédiées pour un chiffre d’affaires de 15,9 millions d’euros. L’Argentine suit à distance avec 58 000 bouteilles et 2,2 millions d’euros, tandis que l’Uruguay atteint 36 000 bouteilles pour 1,47 million d’euros. Le Paraguay reste marginal avec 30 000 bouteilles et un peu plus de 800 000 euros.
À l’échelle mondiale, seul le Brésil apparaît dans le haut du classement, au 28ᵉ rang en valeur, loin derrière les principaux marchés historiques.
Des dynamiques contrastées
Les évolutions récentes montrent des trajectoires différenciées. L’Uruguay se distingue par une progression marquée en 2025, avec une hausse de 62,7 % des volumes et de 29,8 % du chiffre d’affaires. À l’inverse, l’Argentine et le Paraguay enregistrent des replis significatifs, tant en volume qu’en valeur.
Dans ce contexte, la baisse progressive des droits de douane pourrait améliorer la compétitivité du champagne, notamment face aux vins effervescents locaux ou importés à des conditions tarifaires plus favorables.
Un levier de long terme
L’impact de l’accord UE–Mercosur ne sera pas immédiat. Mais, en réduisant progressivement les barrières tarifaires, il pourrait rebattre les conditions d’accès au marché pour le champagne, aujourd’hui pénalisé par des niveaux de taxation élevés, notamment en Argentine.
Pour la filière, l’enjeu dépasse la seule question des volumes. Sur ces marchés encore étroits, la baisse des droits de douane pourrait d’abord jouer sur le positionnement prix, dans un environnement concurrentiel dominé par des effervescents plus accessibles. Reste à savoir si cette évolution permettra de tirer la valeur vers le haut ou si elle favorisera au contraire une pression accrue sur les segments d’entrée et de milieu de gamme.
À plus long terme, cet accord s’inscrit aussi dans une logique de diversification géographique. Alors que certains marchés historiques montrent des signes de ralentissement, l’Amérique du Sud pourrait constituer un relais de croissance, à condition d’organiser durablement la distribution et de soutenir la visibilité des marques.




