
La vendange 2026 continue de bousculer les repères champenois. Lors de la conférence de presse organisée mercredi 9 septembre, le Comité Champagne a annoncé avoir obtenu une dérogation temporaire permettant à certains champagnes de dépasser le plafond habituel de 13 % vol. Ils pourront exceptionnellement aller jusqu’à 15 % vol.
Cette possibilité concerne des vins issus de raisins arrivés cette année à des degrés naturels particulièrement élevés. Elle devrait rester limitée à quelques opérateurs et ne signifie évidemment pas que les champagnes 2026 titreront généralement 15°.
Jusqu’à 15° pour quelques vins
La vendange 2026 a conduit la Champagne à adapter exceptionnellement ses règles. Lors de la conférence de presse du Comité Champagne, il a été annoncé qu’une dérogation temporaire avait été obtenue auprès de l’INAO, permettant à certains vins de dépasser le seuil de 13 % vol., dans la limite de 15 % vol.
Cette mesure répond aux maturités particulièrement élevées observées cette année et ne devrait concerner qu’un nombre limité d’opérateurs.
Les modalités précises d’application de cette dérogation restent toutefois à préciser.
« Une vendange complètement hors normes »
Cette décision traduit le caractère exceptionnel de l’année. Sébastien Debuisson, directeur des services techniques du Comité Champagne, parle d’une « vendange complètement hors normes ». Début août, les vignes ont, selon lui, « en une semaine pris trois semaines de maturité ».
Après des gels de printemps d’une intensité historique, une floraison très précoce et cinq épisodes de canicule, les premières cueillettes ont commencé dès le 6 août. Le ban des vendanges a été tenu le 12 août et la récolte s’est généralisée à partir du 17 août.
Avec près de quatorze jours d’avance sur 2025, déjà précoce, 2026 devient la vendange la plus précoce jamais observée en Champagne.
Autour de 7 000 kg/ha
La chaleur et la sécheresse ont également pesé sur les volumes. Le rendement agronomique moyen se situe autour de 7 000 kg/ha, contre 9 900 kg/ha en 2025. Les grappes, moins volumineuses, ont donné une petite récolte.
Ce niveau reste inférieur au rendement commercialisable de 8 800 kg/ha décidé en juillet. La réserve individuelle permettra cependant de compenser une partie du déficit.
David Chatillon, président de l’Union des Maisons de Champagne et coprésident du Comité Champagne, rappelle que lorsque la récolte manque, les quantités nécessaires peuvent être sorties de la réserve afin d’atteindre le volume commercialisable décidé.
Des raisins mûrs et sains
Si les volumes sont faibles, l’état sanitaire constitue l’autre fait marquant de cette vendange. Malgré la chaleur et la sécheresse, la vigne a bien résisté. Elle est restée verte et fonctionnelle, tandis que les phénomènes d’échaudage ou de brûlure redoutés ont été évités.
Les premiers moûts présentent des caractéristiques rarement observées en Champagne. Malgré une maturité élevée, le Comité Champagne souligne leur fraîcheur, leur concentration, leur fruit et leur finesse.
David Chatillon résume : « La matière est très belle, saine et mûre. Nous disposons de tous les ingrédients pour élaborer du Champagne, et même de grands Champagnes. »
Les chefs de caves disposent aussi de trois récoltes récentes aux profils très différents pour leurs futurs assemblages : 2024, année humide et fraîche ; 2025, année chaude ; et 2026, année très chaude aux caractéristiques inédites.
1921, 1947 et 1959 en référence
Il reste encore trop tôt pour qualifier définitivement les vins. Le Comité Champagne estime néanmoins que la récolte possède les attributs nécessaires pour donner naissance à de « grands, voire de très grands vins ». Certains équilibres rappellent trois millésimes historiques du XXe siècle : 1921, 1947 et 1959.
Mais au-delà du potentiel qualitatif de 2026, cette vendange pose une autre question : jusqu’où la Champagne devra-t-elle adapter ses pratiques et ses règles à l’évolution du climat ?
« Sûrement que cette vendange exceptionnelle sera la norme dans une dizaine d’années, une quinzaine d’années », estime Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons et coprésident du Comité Champagne. Une situation qui, selon lui, « doit faire réfléchir à la Champagne de demain ».
La possibilité d’aller jusqu’à 15° restera très éloignée de la réalité de la majorité des vins de 2026. Mais cette situation inédite montre à quel point cette vendange a déplacé les repères champenois.
En savoir plus sur La Champagne de Sophie Claeys
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