C’est ce que l’on surnomme l’une des “pépites” du champagne. Expéditions, exportations, valeur ajoutée, le champagne Deutz est l’un des exemples de maisons qui avancent doucement mais sûrement depuis déjà quelques années. En ces périodes compliquées, son président, Fabrice Rosset, apporte ses observations sur la situation actuelle dont l’avenir semble difficile à anticiper.

Comment analysez-vous le contexte économique de la Champagne ?

Fabrice Rosset : Déjà, il convient d’être prudent dans l’analyse des chiffres 2019. Un exemple avec les expéditions de précaution vers les États-Unis face à la menace de droits appliqués à la mi-janvier  ou les reliquats de stocks liés au Brexit. Les 297,5 millions de bouteilles étaient-ils déjà réalistes au niveau de la vraie consommation ? … Évidemment pas. Depuis, en lien avec la tragédie que le Monde vit depuis plusieurs semaines, les pronostics 2020 relèvent  de l’exercice de la boule de cristal.

Outre le desserrement progressif du confinement,  comment estimer, au regard de critères économiques, sociaux, voire « comportementaux », un potentiel d’affaires, de consommation ?  C’est une gageure !  Les deux (expéditions / consommation) seront indéniablement très fortement à la baisse. Avec corrélativement, d’une part, un impact dévastateur en termes d’élasticité au prix de la part du consommateur et d’autre part, l’effet de ciseaux effroyable que cela peut avoir pour beaucoup de producteurs.

Selon les chiffres d’avril, une projection sur 2020 du -8% sur ces 12 mois tournants, serait idyllique.  Mais la transposition de  -25% en plus sur les 4 premiers mois est plus plausible … et serait d’ailleurs un scénario dont on pourrait se satisfaire. Les supputations iront bon train. L’avenir nous le dira. D’autant, que d’après notre avis, et même si le Champagne a été indéniablement victime de son image de produit festif ces dernières semaines,  il n’y a jamais eu “désamour”. Dans la tragédie que nous vivons aujourd’hui, tout pronostic est hasardeux, tant il y a d’inconnues : la reprise post-confinement, bien sûr ; mais aussi toutes les surprises que nous aurons sur le comportement nouveau que pourront avoir les consommateurs … Je forme des voeux pour que les expéditions 2020 soient au-dessus de 200 millions de bouteilles !

Votre maison a réalisé encore une fois , en 2019,  un record de chiffres d’affaires à plus de 2,5 millions de bouteilles. Le tirage 2020 que vous n’avez pas remis en question, est de 2,8 millions : sur quelle stratégie (valeur ajoutée, marchés…) repose votre succès et votre confiance?

Fabrice Rosset : Hormis la précaution de discours quant aux “forces que personne ne peut contrôler”, j’ai peur que la réponse soit hyper banale et résonne de façon un peu naïve dans la composante trilogique :  « Qualité » d’abord, ensuite « Qualité » et pour finir « Qualité ». Plus sérieusement, je crois que, sur fond de volonté obsessionnelle de « style  / pérennité & qualité de vin », assorti d’un profond respect du client et de nos partenaires qui ont toujours considéré la modicité et la constance de notre démarche vis-à-vis d’eux (politique de “vérité de notre prix” en absolu et relativement à notre univers, s’entend),  nous bénéficions, comme quelques autres maisons solides et sérieuses, d’une vraie “cote de sympathie” qui ne se délite pas, même face aux offres d’opérateurs qui semblent être aux abois. Et bien évidemment, il y a le talent des équipes. Mais, tout cela étant dit, nous sommes vigilants et l’une des caractéristiques de notre maison est sa capacité de réactivité. À Aÿ au « Collège des Directeurs Deutz / Delas », notre circuit d’analyse et décisionnel est extrêmement rapide.

La Champagne veut être à 100% certifiée VDC (viticulture durable en Champagne), d’ici 2030 qu’elle est la politique menée sur l’environnement durable de la maison Deutz ?

Fabrice  Rosset : La prise de conscience en Champagne est réelle et depuis maintenant un certain temps. C’est une bonne chose. Il faut d’ailleurs à mon sens accélérer le mouvement, car nous n’aurons pas le choix … Avis aux récalcitrants et aux traînards… Avant la certification  VDC (2015), Deutz avait toujours mis en avant  la reconnaissance du métier de vigneron en permettant à nos salariés de se former aux pratiques responsables.

Depuis environ 3 ans , nous encourageons fortement nos livreurs  vers la certification VDC. L’écho est excellent sur les différentes actions proposées : accompagnement technique (réunions  chez Deutz et sur le terrain, groupe d’échanges, veille réglementaire diffusée à nos livreurs  …), accompagnement, administratif  par la mise à disposition d’un logiciel de traçabilité mise en place cette année d’une certification collective, réalisation d’audits chez les livreurs et incitations matérielles, techniques, économiques. Par ailleurs, nous avons déjà réalisé deux bilans carbone et avons décidé de l’arrête total des herbicides sur notre vignoble.

Avec une Champagne à plusieurs vitesses,  imaginez-vous un nouveau modèle champenois ?

Fabrice Rosset : Le modèle sera sans doute à réécrire, en espérant pouvoir protéger le maximum de valeur ajoutée et le partage de celle-ci.

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