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La Maison Gosset retrouve la famille du soldat américain qui avait gravé son nom dans ses caves en 1944

Susan Carlson, Richard Jurczak et Timothy Jurczak

l avait tout juste 20 ans. Il s’appelait Frank Stanley Jurczak. En décembre 1944, quelques mois après la libération d’Épernay, ce jeune soldat américain passe par la Champagne. Et laisse une trace de son passage.

Quelques mots gravés dans la craie : « F. JURCZAK, CONN., USA, DEC 16, 1944 ».

À l’époque, ces caves d’Épernay n’appartiennent pas encore au Champagne Gosset. La Maison ne s’installera sur ce domaine historique que bien plus tard, en 2009. Mais l’inscription, elle, traverse les décennies. Et avec elle une question : qui était ce Jurczak ?

Le « caveau de l’Américain »

En 2021, Champagne Gosset entreprend un travail sur l’histoire du domaine. Des historiens sont sollicités pour recenser, déchiffrer et dater les centaines de graffiti présents sur les murs de ses 1,7 kilomètre de caves.

On y trouve des traces de la guerre de 1870, des noms de Poilus, des matricules, des dessins, mais aussi des marques liées au travail en cave.

Et puis il y a ce « Jurczak ». Un nom qui intrigue suffisamment pour que les salariés de la maison surnomment l’endroit le « caveau de l’Américain ». Les premières recherches ne donnent pourtant rien.

La bonne rencontre

Le déclic arrive en octobre 2023. Un groupe d’Américains de La Nouvelle-Orléans visite les caves. Parmi eux, Brian Ace s’intéresse à l’inscription et décide de poursuivre les recherches à son retour aux États-Unis.

Avec Nathalie Dufour, responsable Hospitalité de la Maison, il se rapproche du National WWII Museum de La Nouvelle-Orléans. Quelques mois plus tard, Brian Ace retrouve Richard, le fils de Frank Jurczak.

L’homme derrière le graffiti a désormais une histoire.

Frank Stanley Jurczak est né le 16 décembre 1924 à New Britain, dans le Connecticut, dans une famille d’origine polonaise. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert comme sergent au sein du 129th Ordnance Bomb Disposal Squad de l’armée américaine. Son unité est chargée du déminage et de la neutralisation des explosifs.

Le détail est assez troublant : lorsqu’il grave son nom dans la craie le 16 décembre 1944, Frank Jurczak vient précisément de fêter ses 20 ans.

Une vie après la guerre

Frank Jurczak ne s’arrête évidemment pas à cette inscription laissée en Champagne. Démobilisé en janvier 1946, il poursuit des études d’ingénierie mécanique au Worcester Polytechnic Institute avant de faire carrière chez Pratt & Whitney, dans les technologies liées aux moteurs à réaction.

Il meurt en 1982, laissant son épouse et leurs trois enfants.

Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres de là, son nom reste gravé dans la craie à Épernay.

Ses enfants dans les caves, 82 ans plus tard

Ce lundi 5 octobre 2026, Richard Jurczak et sa sœur Susan Carlson sont venus à leur tour à Épernay, accompagnés de leurs proches. Ils ont découvert l’inscription laissée par leur père 82 ans auparavant.

Une plaque retraçant l’histoire de Frank Jurczak a été apposée dans les caves à l’occasion de leur visite. Une pensée particulière a également été portée à leur frère Frank Junior, disparu prématurément.

L’histoire tient finalement à quelques lettres et une date gravées dans la craie par un garçon de 20 ans. Gosset n’était pas encore là. Mais en remontant l’histoire des caves dont elle est aujourd’hui dépositaire, la Maison a permis de retrouver l’homme derrière le nom.

Et « Jurczak », 82 ans plus tard, est redevenu Frank.