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L’ancien président d’Armand de Brignac, Sébastien Besson, signe la renaissance du Champagne de Lossy

C’est une renaissance et surtout un pari audacieux en ces temps incertains pour la Champagne : faire renaître une marque disparue depuis près d’un siècle. À Rilly-la-Montagne, Sébastien Besson s’est lancé dans ce défi de taille en ressuscitant Champagne de Lossy, maison fondée en 1862 par le baron Henri Alexandre de Lossy, baron de Ville de Maugremont, homme d’affaires franco-britannique installé à Londres et passionné par les grands vins. Après avoir sombré dans l’oubli au XXᵉ siècle, la marque se prépare aujourd’hui à un retour sur le devant de la scène avec un positionnement résolument ultra-premium.

Cette renaissance s’inscrit dans la continuité du parcours de Sébastien Besson. Ainsi, il a dirigé et popularisé (par le rappeur Jay-Z) la marque d’Armand de Brignac “Ace of Spades”, en travaillant avec la Maison Cattier dès 2006. Le Champagne de Lossy marque ainsi une nouvelle aventure de prestige menée par ce tandem expérimenté.

Un projet de 20 millions d’euros et un château en toile de fond

Derrière cette relance, un investissement de grande ampleur : environ 20 millions d’euros ont déjà été engagés. L’opération comprend notamment l’acquisition du château d’origine à Rilly-la-Montagne, la restauration de ses caves historiques sur quatre niveaux creusés dans la roche, la reprise de la production, le stockage des premières cuvées. Elle comprend également une campagne de communication au luxe assumé, illustrée par une Rolls-Royce Droptail conçue sur mesure.

L’aventure de Champagne de Lossy remonte à la fin du XIXᵉ siècle. À l’époque, le baron de Lossy fait bâtir un manoir à Rilly-la-Montagne dans le but d’y produire un champagne digne des plus prestigieuses tables internationales. La marque connaît un essor rapide grâce à Jonathan Holden, industriel britannique qui en prend les rênes à partir de 1885. En 1892, elle rayonne déjà en Angleterre, aux États-Unis, au Brésil, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Mais, la Grande Dépression précipitera sa chute : le dernier millésime date de 1929.

Les bâtiments changent ensuite de mains. Dans les années 1970, le grand-père d’Alexandre Cattier, aujourd’hui à la tête de la maison éponyme, acquiert des bâtiments attenants. La marque elle-même passe entre plusieurs propriétaires, dont la famille italienne Serena (Serena Wines), qui avait transformé le château en hôtel de luxe.

C’est lors de la mise en vente du domaine par cette dernière que Sébastien Besson découvre les lieux. « J’ai visité les caves à la lampe torche. Elles n’avaient pas été utilisées depuis des décennies, et l’agent immobilier refusait même d’y descendre. J’ai su que quelque chose dormait ici », confie-t-il. Il l’a réveillé !

Une société discrète, un investisseur international

La structure désormais installée au château est une société à capitaux privés, dont le principal investisseur serait Hadi Nezir, homme d’affaires turc de 56 ans, président du conglomérat UB Holding et résident à Dubaï. Sébastien Besson, lui, a quitté New York pour emménager à Rilly-la-Montagne et piloter cette relance. Un pari engagé dans une période complexe pour le secteur : les exportations de champagne ont chuté de 9,2 % en un an, les États-Unis – premier marché – subissent encore une taxe de 10 %, -même LVMH réduit ses effectifs chez Moët Hennessy (lire ici). Pourtant, Besson reste confiant : « Ce sont surtout les produits standardisés qui souffrent.  La demande pour des marques singulières, exclusives, avec une vraie histoire, reste très dynamique. »

Des cuvées précises, confidentielles et ambitieuses

En partenariat avec la Maison Cattier, les premières cuvées misent sur la rareté et l’exigence. Le brut T22, issu du millésime 2021, associe 29 % de chardonnay, 36 % de pinot noir et 35 % de meunier, avec un dosage de 4 g/L. Le rosé T22, plus généreux, contient 47 % de pinot noir, 29 % de meunier et 24 % de chardonnay, dosé à 8 g/L. Les volumes resteront très limités, en cohérence avec une stratégie de montée en gamme assumée. Les premières bouteilles, un brut et un rosé issus du millésime 2021, seront proposées autour de 300 euros. Elles seront disponibles dans des points de vente triés sur le volet à Cannes, à Saint-Tropez et à Monaco, avant une ouverture à d’autres marchés haut de gamme en Europe occidentale, aux États-Unis et en Asie.

Avec ce retour de Champagne de Lossy sur la scène champenoise, c’est à la fois une marque et tout un pan de l’histoire du champagne que Sébastien Besson entend remettre en lumière.