« Le remarquable et le durable, le beau et le bien vont toujours ensemble, nous invite à ne pas interrompre nos efforts et à garder espoir dans l’avenir. »

Je sais le titre est un peu long ! Mais c’est une citation de Bernard Arnault.  (Le deuxième homme le plus riche de planète selon Forbes)

Qui lit  Les Echos -Investir sous un soleil de plomb, les pieds dans la piscine avec comme seule compagnie une bouée Licorne ? C’est moi !  Ainsi avant d’attaquer le summum de ma littérature estivale (Elle, Grazzia et Voici),  je découvre donc un article mis en ligne hier par Les Echos-Investir. A  la section « actualités » (située entre les cours de la bourses et les recommandations)  se trouve un texte signé Bernard Arnault,  président du groupe LVMH dont l’angle principale est le duo (et le défi)  de la croissance et de la durabilité.  Comme une feuille de route du groupe face aux défis environnementaux du groupe de luxe.  Là évidemment, on pousse son verre de mojito, et on se concentre.  A ceux que cela intéresse plus que d’autres, il y a une petite partie sur les vignobles des maisons appartenant à LVMH.

« Protéger l’environnement n’est aujourd’hui plus une option. C’est une nécessité. Quand bien même n’y aurait-il pas les avertissements de la communauté scientifique que nous le constaterions, dans les parties du groupe LVMH qui sont les plus agricoles et les plus sensibles aux variations des écosystèmes : les vendanges sont de plus en plus précoces, les matières de nos parfums changent, les cuirs évoluent. Notre groupe constitue, à cet égard, comme un réseau de capteurs écoutant les changements du monde.

Pour autant, l’affolement est mauvais conseiller. D’abord parce que crier au désastre n’apporte rien. Ensuite parce que les décisions les plus mauvaises seraient celles qui seraient prises de manière désordonnée, précipitée, sous les pressions hétéroclites de tel ou tel courant d’opinion. J’ajoute immédiatement que je ne crois pas à la justesse des thèses de décroissance, issues du vieux rapport Meadows de 1972, et qui consistent à se précipiter dans le mal en croyant s’en garder : on imagine sans peine quels troubles sociologiques induirait la mise en oeuvre de cette idée de décroissance.

C’est donc méthodiquement et dans un esprit de progrès que nous devons nous engager dans la résolution de ces difficultés, en prenant garde à toujours penser par nous-mêmes et ne nous laisser aller à aucun mimétisme facile, comme on le voit malheureusement trop souvent, dans un secteur du luxe parfois enclin à préférer l’idée du jour aux intérêts à long terme de l’humanité.

Un produit exceptionnel dure dans le temps

C’est dans cet esprit que LVMH a décidé de tracer sa propre voie, une voie guidée par deux principes : un principe de durabilité et un principe de respect de la nature. Il n’y a aucune maison du groupe LVMH qui ne soit pas soucieuse de durabilité. La méthode la plus sûre pour réduire l’empreinte carbone consistant à rallonger la durée de vie des produits, tout ce qui sort de nos maisons, à l’exception, peut-être, des cosmétiques, est conçu pour avoir une durée de vie longue, parfois très longue. Toutes nos maisons sont animées par cet idéal de rareté et de longévité.

Louis Vuitton le montre de par le monde avec ses expositions de pièces anciennes – on se souvient de « Volez, Voguez, Voyagez -Louis Vuitton » – en y rassemblant des malles de plus d’un siècle : un produit exceptionnel dure dans le temps, et, réciproquement, si l’on veut qu’un produit dure dans le temps, il faut qu’il soit exceptionnel. L’essentiel des cuirs qu’utilisent les maisons de LVMH sont issus de tanneries certifiées aux meilleurs standards environnementaux (LWG).

Pour cette raison, les maisons de luxe ont beaucoup à apporter au reste de l’économie, car elles ont réussi le tour de force de toujours renouveler leur créativité sans pour autant tomber dans l’éphémère. C’est là une des voies les plus certaines et des plus immédiates pour réduire l’empreinte environnementale des activités de production : élaborer des produits qui traversent le temps, c’est ne pas multiplier des objets qui se périment et se jettent.

Un engagement aussi fort vis-à-vis de la nature que de la culture

Pourquoi nos produits durent-ils ? Précisément parce qu’ils procèdent de la nature. Toutes nos maisons ont en commun de sublimer la nature par le savoir-faire et la main de l’homme. Et c’est cette belle alliance que nous nous efforçons de perpétuer dans l’ensemble de nos activités. Dans nos parfums, dans nos vins et nos spiritueux, dans nos maisons de mode et de maroquinerie, nous cultivons l’accord entre des matières exceptionnelles, des terroirs exceptionnels et des savoir-faire exceptionnels, tâchant de protéger non pas un seul des termes de cette équation mais l’ensemble de ces écosystèmes rares qui fondent le succès de notre groupe.

Cela implique, de notre part, un engagement aussi fort vis-à-vis de la nature que de la culture, c’est-à-dire un investissement aussi important dans la protection des ressources naturelles que dans la perpétuation des techniques artisanales.

Le château d’Yquem achève sa transition vers une viticulture totalement organique.

Ainsi, lorsque nos maisons de vins et de spiritueux réduisent très drastiquement leur recours aux intrants dans l’exploitation de leurs vignobles, ou même, pour le château d’Yquem, sont en voie d’être intégralement organiques, elles le font autant pour préserver les qualités des sols et des végétaux que pour perfectionner leur propre savoir-faire viticole. L’un ne va pas sans l’autre.

Toute cette amélioration synergique de la nature et des savoir-faire ne serait pas possible si le groupe LVMH ne maîtrisait pas ses moyens de production, c’est-à-dire ne les possédait pas, pour la plupart, en propre.

En effet, j’ai toujours pensé qu’avoir la pleine propriété de ses outils de travail était la condition nécessaire pour atteindre les plus hauts niveaux de qualité. Et cela vaut en matière environnementale comme en d’autres domaines. C’est en agissant directement et rapidement sur les sites de production, en y mettant en oeuvre sans délai les méthodes les plus innovantes et en mettant les bâtiments aux normes les plus exigeantes que l’on s’assure que les mots sont suivis d’effets. Je ne crois pas aux grandes professions de foi publiques lorsqu’elles ne s’assortissent pas d’une maîtrise effective des outils et, ajouterai-je, d’une production localisée en France. Certes, je concède que tous les savoir-faire ne sont pas disponibles en France, mais, tout de même, produire dans notre pays, dans le cadre de la législation environnementale exigeante qui est la nôtre, et avec le soin que nos salariés savent apporter à leur travail, constitue la meilleure garantie de limitation des impacts. C’est, en tout cas, la cohérence que nos clients, nos collaborateurs et l’opinion sont en droit d’attendre de nous.

La cohérence, c’est justement ce qui nous permettra de trouver, sur ces questions environnementales, le chemin de haute qualité et de leadership mondial qui doit être le nôtre. Ce devoir de cohérence nous impose de suivre des indicateurs stables et chiffrés. C’est ce qui nous a conduits à fixer un prix interne au carbone, au sein du groupe, en 2015, et, ce faisant, fixer, dans notre programme environnemental LIFE, des objectifs de réduction des émissions qui ont été, par une mobilisation générale de l’ensemble du groupe LVMH, très rapidement dépassés. C’est ce qui nous a conduits à décorréler l’évolution des ventes et celle des émissions : lorsque nos ventes croissent de 10 %, nos émissions baissent quasiment d’autant. C’est la preuve même qu’une croissance durable et mondialisée est possible. De la même manière, nous ne prenons de décisions environnementales qu’étayées par des analyses économiques et scientifiques valides.

Guerlain tire sa plateforme de transparence environnementale Bee Respect de son action pour la sauvegarde de l’abeille noire d’Ouessant.

Ainsi, c’est le fait d’être utilisées pour des produits à très forte valeur ajoutée qui aujourd’hui préserve certaines espèces animales, donnant aux communautés locales un modèle économique et environnemental viable. De même, la suppression, très médiatisée, de certaines matières naturelles, en apparence dictée par de bons sentiments, mène directement à leur remplacement par des matières synthétiques plus polluantes et moins durables. C’est, je le crois, à bas bruit que se mène la politique environnementale la plus vertueuse et la plus sincère : lorsque Louis Vuitton revoit sa logistique pour la rendre plus économe, lorsque Guerlain inaugure Bee Respect, la première plateforme digitale permettant de suivre la traçabilité de ses produits sur l’ensemble de leur cycle de vie, ou lorsque Veuve Clicquot explore de nouveaux modes d’emballage issus de rafles de raisin. Ce sont là des exemples tangibles des efforts environnementaux réalisés, mais aussi des témoignages de l’énergie entrepreneuriale que ces sujets libèrent au sein de notre groupe.

Une direction de l’environnement depuis vingt-cinq ans

Car depuis plus de vingt-cinq ans, date à laquelle le groupe LVMH s’est doté d’une direction de l’environnement, ces questions font l’objet d’initiatives nombreuses de la part de l’ensemble des équipes. Ce sont des projets environnementaux qui ont, parmi d’autres, contribué à souder notre programme interne mondial d’entrepreneuriat DARE, où se cristallisent toutes les volontés de transformation du groupe. L’environnement est, pour les collaborateurs du groupe, un moteur de mobilisation pour le transformer et le faire progresser. Ayant toujours exprimé le souhait que chaque collaborateur se saisisse des opportunités que le groupe lui fournit pour accomplir ce dont il rêve, je me réjouis de voir à quel point la préservation de l’environnement constitue un très efficace ferment d’énergie et d’innovation. Car c’est là le revers heureux de l’hypothèse sombre dans laquelle les prévisions climatiques nous jettent : plus le changement climatique est perceptible, plus les innovations pour y remédier sont nombreuses, et plus des solutions ont de chances de voir le jour.

Il ne sert à rien de le nier, la contrainte environnementale est une nouvelle contrainte pour les activités économiques, dont l’étau se serre chaque année davantage. Mais de cette contrainte peuvent naître de la beauté et de l’intelligence. De cette contrainte aussi, à des niveaux qui dépassent de très loin l’échelle du groupe LVMH, peuvent apparaître une foule de nouvelles professions qui seront celles de l’environnement et de la gestion des pénuries, des irrégularités, des impacts, des écosystèmes. Parce que, comme en art, la contrainte a un rôle fécond, les restrictions qu’au premier abord nous impose la préservation de l’environnement sont en définitive de puissants leviers pour que nous parvenions à des beautés d’ordre supérieur à celles que nous produisions jadis : d’ordre supérieur car, en plus de la beauté formelle, de la noblesse des matières, de l’exploit de la main dont elles procèdent déjà, elles seront, pour nous tous, clients, artisans, dirigeants, les signes visibles de notre action pour protéger notre nature.

L’élection, à la dernière assemblée générale du groupe, de Yann Arthus-Bertrand à la fonction de censeur du conseil d’administration s’inscrit dans cette longue prise de conscience : son regard, dans lequel le remarquable et le durable, le beau et le bien vont toujours ensemble, nous invite à ne pas interrompre nos efforts et à garder espoir dans l’avenir. »

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