
L’heure des comptes avant les comptes !
À l’approche de la publication du chiffre d’affaires annuel de LVMH, la situation du champagne s’impose comme l’un des enjeux centraux de sa filiale vins et spiritueux. Selon les informations de La Lettre, Moët Hennessy devrait annoncer pour l’exercice 2025 un résultat opérationnel courant compris entre 750 et 850 millions d’euros, en net recul par rapport à 2024, après une première année de baisse déjà marquée (lire ici).
Depuis plusieurs mois, La Lettre multiplie les articles consacrés à Moët Hennessy, mettant en lumière les diverses difficultés de la filiale. Une attention soutenue qui s’inscrit certes dans un contexte de dégradation réelle des performances, mais qui invite aussi à distinguer clairement les faits publiés, les projections et les interprétations.
Si ce chiffrage reste à confirmer officiellement, il s’inscrit dans une dynamique de ralentissement qui touche désormais le champagne, longtemps considéré comme l’un des piliers les plus résilients du portefeuille de Moët Hennessy.
Les rapports trimestriels 2025 publiés par LVMH confirment une dégradation de l’activité vins et spiritueux, avec un recul du chiffre d’affaires et un net déclin du résultat opérationnel courant de la division sur le premier semestre. En revanche, le groupe ne communique à ce stade aucun chiffrage précis du résultat opérationnel annuel de la filiale, ce qui ne permet pas de corroborer formellement l’estimation avancée par La Lettre, dans l’attente de la publication des comptes annuels prévue fin janvier.
Le ralentissement observé ne saurait toutefois être interprété comme un décrochage homogène du champagne. Les situations restent différenciées selon les cuvées, les circuits de distribution et les politiques de prix. La fragilisation actuelle s’explique avant tout par les arbitrages tarifaires opérés ces dernières années et par leurs effets sur les volumes.
La stratégie de valorisation menée lors de la période récente montre en effet ses limites. La hausse du prix de Dom Pérignon, passé de 150 à 260 euros entre 2019 et 2024, a contribué à freiner les volumes dans un contexte de consommation plus arbitrée. La création de valeur n’a pas suffi à compenser la contraction des sorties, y compris sur le champagne, pourtant historiquement plus défensif. Dans le même temps, les marges d’ajustement en amont demeurent limitées. La réduction des hectares, la baisse des achats de raisins ou la renégociation des prix aux producteurs ne peuvent s’opérer qu’à la marge.
Dans ce contexte, la nouvelle direction dispose de leviers réduits à court terme. Les ajustements de prix sont devenus plus complexes, la réduction des coûts ne peut compenser seule le ralentissement des ventes, et l’écoulement des stocks prendra du temps. Plus qu’un accident ponctuel, l’exercice 2025 apparaît ainsi comme un moment charnière pour la stratégie champagne du groupe, confrontée à la nécessité de rééquilibrer valeur, volumes et discipline de marché.




