
Alors que les dégustations des vins clairs issus de la vendange 2025 se poursuivent en Champagne, Séverine Frerson, cheffe de caves de la Maison Perrier-Jouët, observe déjà avec attention les premiers signaux de la campagne 2026. Entre retour sur une récolte marquée par des maturités extrêmement rapides, analyse des profils des vins et réflexion autour de la viticulture régénératrice, l’échange illustre les nouveaux défis auxquels la Champagne doit désormais s’adapter.
Des vins clairs 2025 jugés très homogènes
Au cœur des échanges : les vins clairs issus de la vendange 2025. Malgré une campagne parfois tendue dans le vignoble, Séverine Frerson se montre satisfaite du niveau global observé cette année en Champagne. « Tout le monde a fait de beaux millésimes », résume-t-elle après plusieurs dégustations réalisées avec les chefs de caves champenois.
Les profils apparaissent particulièrement nets et précis, avec des équilibres jugés intéressants autour de 10,5 à 11 degrés sur les chardonnays comme sur les pinots noirs. Les premiers jus présentent de la fraîcheur, de la précision et une belle tenue analytique.
Si elle reconnaît avoir personnellement préféré le style plus tendu de 2024 pour l’identité de Perrier-Jouët, elle considère néanmoins que 2025 offre des vins très propres et homogènes à l’échelle de la Champagne.
Elle note toutefois une évolution plus délicate sur les parcelles récoltées tardivement. Après le 5 septembre, certains profils auraient commencé à montrer davantage de lourdeur et des caractères plus surmûris.
Une campagne marquée par des maturités inédites
La vendange 2025 restera surtout marquée par une accélération spectaculaire des maturités. Au mois d’août, l’évolution du vignoble s’est faite quasiment au jour le jour.
Chez Perrier-Jouët, les premiers coups de sécateur ont été donnés dès le 21 août sur plusieurs secteurs de pinot noir comme Ambonnay, Bouzy ou Aÿ, avant l’entrée des chardonnays quelques jours plus tard.
Séverine Frerson explique avoir observé jusqu’à 2,6 degrés gagnés en seulement une semaine sur certaines parcelles. Une évolution qu’elle dit n’avoir encore jamais connue à cette vitesse.
Face à cette situation, les suivis de maturité ont dû être adaptés en permanence. Pour la cheffe de caves, ces épisodes confirment la nécessité d’une réactivité toujours plus forte dans l’organisation des futures récoltes.

Les couverts végétaux et la biomasse au cœur des essais
Les dégustations de vins clairs servent également à mesurer les effets des expérimentations conduites autour de la viticulture régénératrice.
Chez Perrier-Jouët, cette approche repose notamment sur les couverts végétaux fleuris et le travail autour de la biomasse afin de nourrir naturellement les sols et renforcer leur équilibre biologique.
Selon Séverine Frerson, les différences apparaissent désormais clairement dans les vins, notamment sur les chardonnays. Les parcelles travaillées avec des couverts fleuris offriraient des profils plus élégants, plus frais et plus équilibrés.
Elle souligne également que les approches en biomasse et les couverts végétaux n’apportent pas exactement les mêmes résultats, ni dans les sols, ni dans les profils des vins. Les essais se poursuivent donc afin d’affiner les observations selon les terroirs et les objectifs recherchés.
La Maison continue par ailleurs les séparations par parcelles pour analyser plus précisément l’impact de ces pratiques sur les assemblages et sur le style Perrier-Jouët.
Aujourd’hui, plus de 50 % du vignoble Perrier-Jouët serait déjà conduit selon ces principes, avec un objectif affiché de conversion totale d’ici 2030.
Une campagne 2026 déjà observée de près
Les regards se tournent désormais vers la prochaine campagne viticole. Selon Séverine Frerson, le vignoble présente actuellement environ une semaine d’avance végétative par rapport à l’année dernière.
Elle évoque également des épisodes de gel comparables à ceux de 2003, voire parfois plus sévères dans certaines parcelles où même les contrebourgeons auraient été touchés. Depuis cet échange, la Champagne connaît également un épisode de fortes chaleurs rappelant, là aussi, l’année 2003.
À l’inverse, les secteurs épargnés afficheraient un potentiel agronomique particulièrement élevé. Certaines vignes présentent déjà des charges importantes qui pourraient conduire, si les conditions restent favorables, à des rendements conséquents.
Dans ce contexte, une nouvelle vendange d’août reste, selon elle, une hypothèse très crédible. Elle appelle également la filière à anticiper très tôt toute la logistique liée à ces récoltes précoces : recrutement des vendangeurs, hébergements, transports ou organisation des centres de pressurage.
Préserver durablement le vignoble champenois
Au-delà de l’aspect technique, Séverine Frerson insiste sur la nécessité d’adapter durablement le vignoble champenois face aux épisodes climatiques extrêmes qui se multiplient.
Pour elle, les expérimentations menées aujourd’hui doivent permettre de préserver les sols, d’accompagner les évolutions climatiques et de répondre aussi aux attentes des futures générations de consommateurs.
« Les vins qu’on élabore aujourd’hui seront jugés par les consommateurs de demain », rappelle-t-elle.




