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Un millésime sous tension : « il faut prendre des décisions pour limiter les pertes, vendanger ce qui peut l’être » (Jean-Baptiste Lecaillon, chef de caves de la Maison Roederer)

« De toute façon, les jeux sont faits, c’est la météo qui commande« , commente Jean-Baptiste Lecaillon, pragmatique On le sait La Champagne a traversé une année particulièrement complexe, marquée par une météo capricieuse et des conditions climatiques extrêmes. À la vieille des vendanges 2024 Jean-Baptiste Lecaillon, chef de caves du Champagne Roederer et co-président de la commission technique du Comité Champagne, dresse ainsi un tableau contrasté de la situation, et particulièrement difficile dans le sud de la Champagne.

Cette année, les viticulteurs champenois ont été confrontés à des conditions climatiques extrêmes rarement vues ces dernières décennies. « On n’a jamais vu une telle situation« , confie Jean-Baptiste Lecaillon. La grêle, le gel, le mildiou, l’humidité, les gouttes de froid et la canicule ont frappé tour à tour, dessinant les contours d’un véritable dérèglement climatique.« On est gavé d’eau alors que la sécheresse menaçait encore les nappes phréatiques il y a peu » ironise le chef de caves. Cette surcharge d’humidité illustre bien l’ampleur des défis auxquels fait face la Champagne, tiraillée entre excès de pluie et périodes de sécheresse.

L’Aube : une situation critique

L’Aube, dans le sud de la région, fait face à une situation particulièrement alarmante, comparable à celle observée en Bourgogne. Les épisodes climatiques y ont été « ingérables », souligne Jean-Baptiste Lecaillon. Les rendements y sont dramatiquement bas, avec certains vignobles qui affichent des pertes quasi totales. « On évoque des rendements de 3000 à 4000 kg/ha, voire des parcelles à zéro« , précise-t-il, notant que d’autres s’en sortent de manière aléatoire.

Dans ce contexte, l’intelligence de terrain reste primordiale pour sauver ce qui peut l’être. Heureusement, la Champagne peut compter sur sa réserve qualitative, un système permettant de conserver des volumes de vin des années précédentes pour compenser les récoltes plus faibles. « Elle est faite pour ça« , rappelle Jean-Baptiste Lecaillon, soulignant ainsi l’importance de cet outil face à l’imprévisibilité du climat. Si le sud de la région souffre, le nord semble en meilleure posture. Les vignobles de la Côte des Blancs, notamment sur la façade est, ainsi que ceux de la Montagne de Reims côté nord, présentent un état sanitaire satisfaisant et des rendements plus élevés. « On parle de rendements entre 8000 et 9000 kg/ha, voire plus de 10 000 dans certaines parcelles« , précise-t-il. Ces zones s’en sortent mieux, grâce à une exposition plus favorable et des aléas climatiques moins perturbants.

Des vendanges sous haute tension

Dans ce contexte contrasté, la gestion des vendanges s’annonce délicate. Selon Jean-Baptiste Lecaillon, il faut mettre des stratégies sont à l’œuvre. « D’abord, il faut prendre des décisions pour limiter les pertes, vendanger ce qui peut l’être« , explique-t-il. Cependant, certains vignerons, démoralisés après une année éprouvante, hésiteraient même à se rendre dans leurs vignes. « Pour ceux qui ont du raisin à récolter, un décalage des vendanges selon les cépages complique encore la tâche« . Les meuniers seront vendangés à partir du 11 septembre dans la Marne, suivis des pinots autour du 13-14 septembre, puis des chardonnays, beaucoup plus tard, vers le 18-20 septembre. Ce calendrier rappelle celui de l’année 2012, une référence pour beaucoup dans la région. Cependant, cette répartition en trois phases pose également des défis logistiques, notamment pour les vignerons qui possèdent les trois cépages dans des parcelles différentes. « Cela devient très compliqué« , souligne Lecaillon, ajoutant que pour les grandes maisons disposant d’équipes dédiées à chaque cépage, la situation est plus contrôlable.

L’un des facteurs expliquant ce décalage réside dans la floraison, qui a traîné sur plus de dix jours cette année, générant des disparités de maturation au sein d’une même grappe.L’état sanitaire des raisins reste par ailleurs globalement bon, bien que certaines dégradations aient été observées récemment. Les recommandations pour les cépages sont de viser un degré d’alcool potentiel de 10,5 pour les pinots et chardonnays, et de 10 pour les meuniers. Pourtant, malgré ces difficultés, Lecaillon entrevoit une lueur d’espoir pour le millésime à venir. « On va être sur une maturité de septembre, ce qui crée de beaux équilibres… un peu comme en 2012. » On ne peut que l’espérer !