A l’occasion du centenaire de la “loi sèche”, un colloque sur la prohibition à Reims

L’Institut Georges Chappaz de la vigne et du vin en Champagne organise du 5 au 9 novembre 2019 un colloque international sur la prohibition, cent ans après le début de cette période marquante aux Etats-Unis. Selon Théodore Georgopoulos, président du conseil de l’Institut Georges Chappaz : ” Appliquée par le 18e Amendement de la Constitution américaine, la prohibition est une expérience unique des temps modernes dans la régulation de la consommation d’alcool. Il donne un aperçu de la relation entre le droit et la moralité et met en doute la capacité du droit à remplacer le libre arbitre dans les habitudes de consommation. En ce sens, la décision de mettre l’Amérique à sec s’interroge sur l’efficacité des règlements juridiques en général “.

A noter que cet amendement a été accompagné du Volstead Act.  Le Volstead Act servant à préciser qu’une boisson titrant plus de 0,5% du volume total des alcools est considérée comme de l’alcool et qu’il est illégal de posséder un équipement pour le fabriquer.

Juste pour l’histoire

La “loi sèche” n’a pas été réservée qu’aux seuls États-Unis ainsi beaucoup de pays du Nord (Finlande, Suède, Norvège…) ont  également suivi ce mouvement  mais aux USA,  elle a duré beaucoup plus longtemps (près de treize ans !) .  Dans le pays de l’Oncle Sam, quatrième marché avant la guerre, régnait depuis les années 1910 la prohibition. Le mouvement s’était développé sous la vigoureuse impulsion de l’Anti-saloon League, financée par J.D. Rockefeller, fondateur de la Standard Oil, membre zélé d’une église baptiste. Dès 1917, la prohibition avait été édictée dans certains Etats qualifiés d’Etats secs. En 1919, elle est étendue à l’ensemble du pays par le Volstead Act et elle fait l’objet du 18e amendement de la Constitution. En 1921, les mesures restrictives sont encore renforcées par le Willis Campbell Bill. Pendant quatorze ans ces lois vont être constamment violées et avoir les effets les plus néfastes sur la santé et la moralité. Bertrand de Mun  (patron de Veuve-Clicquot) écrit dans l’Illustration économique et financière du 26 avril 1924 que la grande République américaine est devenue la terre bénie de la contrebande et de la fraude, qui donnent naissance au banditisme d’Al Capone et consorts.

Lorsque le paquebot américain Leviathan traverse l’Atlantique, on sert de l’eau minérale mais le champagne est sous la table. Tous ceux à qui leur fortune le leur permet peuvent obtenir des bootleggers de l’alcool frelaté, et de l’ersatz de champagne. Voici un exemple entre mille que cite  le couturier Paul Poiret : Je me trouvais à New York et voulus offrir à dîner, dans un hôtel, à quelques amis… Un de mes convives du lendemain m’offrit de me procurer trois bouteilles de Pol Roger 1906 au prix de 300 francs l’une. Après tout, c’était une fantaisie. Pourquoi pas ! Il me les apporta le lendemain soir mais à la fin du repas, quand je vis le maître d’hôtel verser dans les verres une bibine rousse et lourde, je m’écriais : « Ne buvez pas cela, c’est du poison » ; on m’apporta les bouteilles dont toutes les étiquettes, cravate et col, avaient été truquées. C’était un faux Pol Roger que j’avais payé 300 francs la bouteille. J’y trempais mes lèvres, il était imbuvable, mais les Américains l’avalaient en se déclarant très satisfaits.3  À noter qu’à l’époque, en France, la bouteille de champagne se paie au restaurant dans les 50 francs (un litre de vin rouge à 11 degrés en France est  à 1, 66 francs) .

La prohibition a pris fin 13 ans plus tard, quand elle a finalement été abrogée le 5 décembre 1933, concrétisant ainsi des milliers de souhaits de Noël et faisant du 18ème amendement le seul amendement constitutionnel jamais abrogé. Même Franklin D. Roosevelt a été soulagé de voir la fin de la prohibition, disant: «Ce dont l’Amérique a besoin maintenant, c’est d’un verre».

Au programme du colloque

Au-delà du colloque, l’Institut et ses partenaires programment une série d’évènements, tous en lien avec la période de la Prohibition, pour que le territoire de Reims dans son ensemble soit marqué, pendant une semaine, par cette manifestation. Conférences, ciné-débat, concert, soirées spéciales au Clos  à Reims sont au programme. Les chercheurs s’exprimeront sur le sujet de la prohibition et de ses conséquences, encore visibles aujourd’hui, et sur la question plus globale qui oppose régulièrement l’interdiction et la consommation responsable d’alcool. Droit et science politique, économie, histoire, éthique, etc. sont les principales disciplines retenues par le conseil scientifique pour construire ce colloque et inviter des chercheurs internationaux. Des sujets plus inattendus, mais toujours liés à la Prohibition, feront l’objet de communications spécifiques.

Le programme ICI

Sources UMC

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