Accueil Abonnés Abelé 1757 : siège social, repositionnement et vins, la renaissance d’une maison

Abelé 1757 : siège social, repositionnement et vins, la renaissance d’une maison

Marie Gicquel, directrice générale d’Abelé 1757

Étonnante révolution pour le Champagne Abelé 1757. Une période de révolution et pourrions nous dire d’évolution, de trois ans à peine (y compris la période de Covid). Passant ainsi d’une marque légèrement « poussiéreuse » voire un soupçon désuète gérée par le groupe espagnol Freixenet (lire ici) à une maison possédant tous les codes actuels, en l’occurrence, un réceptif haut de gamme, un repositionnement marketing et des vins remis au goût du jour. Et le plus insolite, considéré comme une première en Champagne, c’est une maison appartient désormais au groupe coopératif Terroirs & Vignerons. Un sacré accélérateur de croissance comme Nicolas Feuillatte en rêvait depuis des années.

Et la destinée de cette nouvelle étoile du Champagne est entre les mains de la dynamique Marie Gicquel, la directrice générale. Entrée il y a une dizaine d’années chez Nicolas Feuillatte comme directrice financière, cette dernière a également appris à gérer les services clients et la logistique, des expériences qui lui permettent d’affronter le défi du renouvellement d’Abelé 1757.  » C’est un grand défi, et un grand chantier. Bien sûr, les travaux sont un point, mais également le repositionnement avec un prix dorénavant affiché à 39 euros pour les bruts sans année chez les cavistes« .

« Redonner l’envie »

Son objectif est de se placer sur le segment des jolies maisons type Pol Roger, Billecart-Salmon… » Pour se développer, on a la chance d’avoir des ambassadeurs comme Urbain et Amory Abelé qui sont de très bons commerciaux« . Avec comme ambition 2022 de monter à 180/190 000 bouteilles, Marie Gicquel reconnaît néanmoins une baisse de volume : « certes, avant la marque Henri Abelé était aux alentours de 250 000/ 300 000 bouteilles, mais son positionnement n’avait rien à voir, à l’époque, on était largement à dix euros de moins. Notre projet est de redonner de l’envie autour de cette marque. Une marque qui possède un potentiel exceptionnel avec un capital incroyable avec l’histoire des premières familles champenoises ». Une histoire mêlant des noms comme ceux du nordiste et fondateur de la marque Théodore VanderVeken, d’Antoine de Muller (ancien chef de caves de Veuve-Clicquot à l’initiative de la table de remuage oblique) on y retrouve même des Ruinart, sans oublier évidemment François et Henri Abelé. Henri Abelé, qui grâce à sa conduite héroïque durant la Première guerre mondiale, a eu le droit d’utiliser et de déposer le Sourire de Reims (le fameux ange au sourire de la Cathédrale de Reims, emblème de la marque).

 » Nous souhaitons que la Maison Abelé soit plus haut de gamme que ce qu’elle a connu ces dernières années. Et notre chance, c’est que son capital vin était de très grande qualité. D’ailleurs, quand on parle de repositionnement, il nous faut bien sûr trouver les bons distributeurs, mais aussi être apprécié sur les marchés sur lesquels nous sommes déjà présents comme la France et l’Espagne. Et tous nos changements ont été perçus et appréciés sur ces marchés. Aujourd’hui, on a le sourire« . Actuellement d’autres marchés export sont prospectés à l’instar de l’Australie, l’Allemagne, la Suisse, Singapour, Hong-Kong, « On aimerait être aux USA, nous avons d’ailleurs des pistes pour le premier semestre« .

Bien sûr, on ne peut pas parler de la Maison Abelé 1757 sans évoquer Nicolas Feuillatte :  » Nous nous servons de la puissance et des services de prestations (tirage et dégorgement géré sur le site Abelé) du groupe pour l’organisation, mais il faut être vigilant pour garder notre différence : nous sommes de l’autre côté de la Montagne de Reims, nous sommes dans une maison de champagne rémoise que cela soit sur le statut à l’Union des maisons de champagne ou sur l’aspect négociant avec des approvisionnements dédiés et séparés. Nous gardons de l’ADN de notre marque « .


« J’ai rafraîchi le style »

 

Etienne Eteneau (chef de caves d’Abelé 1757)

La prise en main œnologique a été prise rapidement après le rachat de la maison. En mettant sa patte et en retravaillant les vins de Franck Nicaise (ancien chef de caves de la Maison Henri Abelé), Etienne Eteneau, le jeune chef de caves d’Abelé 1757 (ex-œnologue, responsable « vignes et vins » chez Nicolas Feuillatte) a revisité les vins que cela soit avec les liqueurs de dégorgement ou sur les vins de réserve :  » j‘ai rafraîchi le style avec un revirement assez fort sur les dosages » explique-t-il, en ajoutant,  » c’est vrai que les vins destinés au marché de Freixenet montraient plus de sucrosité« . La feuille de route d’Etienne Eteneau est donc clairement définie :  » nous mettons en avant le chardonnay, la finesse de la bulle et la longueur en bouche« . La gamme a été raccourcie avec désormais six cuvées dont deux de prestige, celles du Sourire de Reims en blanc et en rosé millésimés. La cuvée Soirée Parisienne et quelques millésimes ont été supprimés. À noter, comme le précise Etienne Eteneau que « L’ensemble de la production est tirée. Il n’y a plus de transvasage pour les grands contenants, nous nous arrêtons à présent au Mathusalem« .

Avec 25 hectares d’approvisionnement, la maison travaille avec 30 familles de vignerons (70 % d’entre eux sont en VDC) depuis des années qui sont répartis à 50 % (bientôt 60 %) sur les terroirs du chardonnay (Côte des blancs, Sézannais, Vitryats), 35 % sur ceux du pinot noir (Verzy, Verzenay, Les Riceys) et 15 % sur les meuniers (Montagne de Reims, Vallée de la Marne).