C’est un dossier ouvert il y a vingt-trois ans qui pourrait bien se refermer. Réuni ce mercredi 21 octobre à Épernay, le conseil d’administration du Syndicat général des vignerons de la Champagne (SGV) s’est prononcé en faveur de l’arrêt de la révision générale de l’aire d’appellation Champagne. Une décision importante pour l’avenir du vignoble champenois.
Lancée en 2003, à une époque où les expéditions de champagne progressaient et où la filière envisageait l’avenir avec confiance, cette révision devait notamment permettre de sécuriser la délimitation de l’appellation. Mais depuis, le contexte a profondément changé. Et pour le SGV, les critères retenus il y a plus de vingt ans ne correspondent plus nécessairement aux réalités d’aujourd’hui.
Le changement climatique, un argument
C’est l’un des principaux arguments avancés par le syndicat. La délimitation parcellaire repose sur plusieurs critères : exposition, orientation, ensoleillement, nature des sols et des sous-sols ou encore disponibilité en eau.
Or, en vingt ans, les conditions climatiques ont considérablement évolué. Selon les travaux menés en Champagne, la température moyenne a augmenté d’environ un degré entre les périodes 1996-2005 et 2016-2025. Les sols se sont également réchauffés, l’ensoleillement a progressé et la répartition des précipitations s’est modifiée.
L’indice de Huglin, qui mesure la chaleur reçue par la vigne pendant sa période de croissance, a lui aussi nettement augmenté. Au point de faire basculer la Champagne dans une autre zone climatique.
Des changements qui se retrouvent déjà dans les dates de vendanges, les degrés potentiels et l’acidité des raisins.
Pour le SGV, difficile, dans ces conditions, de redessiner une aire d’appellation appelée à rester en place plusieurs décennies en s’appuyant sur des critères définis dans un environnement climatique désormais dépassé.
Une Champagne qui a aussi changé économiquement
Le climat n’est pas le seul élément qui a pesé dans la décision. Le marché du champagne n’est plus celui de 2003.
La consommation de vin recule sur plusieurs grands marchés et les expéditions de champagne connaissent davantage de fluctuations. Parallèlement, la Champagne est devenue beaucoup plus dépendante de l’international.
En 2003, les exportations représentaient 41 % des expéditions. En 2025, cette proportion atteignait 58 %, pour près des deux tiers du chiffre d’affaires de la filière.
Une évolution qui constitue une force, mais qui rend aussi le champagne plus sensible aux tensions économiques, commerciales et géopolitiques.
« Réfléchir au champagne que nous voulons produire demain »
Pour Maxime Toubart, président du SGV, il ne s’agit pas de remettre en cause le travail accompli depuis 2003, mais de s’interroger sur la pertinence de poursuivre un chantier engagé dans un tout autre contexte.
« Nous avons considéré qu’il n’était pas pertinent d’achever aujourd’hui une révision conçue il y a vingt-trois ans, dans un contexte qui a évolué sur tous les plans. »
Et d’ajouter :
« Avant de redessiner l’aire d’appellation, nous devons réfléchir au champagne que nous voulons produire demain, à son identité, à ses équilibres et aux terroirs qui lui permettront de rester fidèle à lui-même. C’est ainsi que nous resterons maîtres de notre destin. »
Le syndicat insiste sur un point : cette position ne remet en cause ni la décision prise en 2003 ni le travail réalisé depuis par l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) et ses experts.
Reste désormais à connaître les suites qui seront données à cette prise de position. Car si le conseil d’administration du SGV s’est prononcé en faveur de l’arrêt du chantier, cela ne signifie pas que la procédure de révision de l’aire d’appellation Champagne est officiellement abandonnée.
Mais après vingt-trois ans de travaux, la décision des représentants des vignerons marque incontestablement un tournant dans ce dossier.
En savoir plus sur La Champagne de Sophie Claeys
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