
Au Champagne Cattier, à Chigny-les-Roses, Alexandre Cattier poursuit son travail sur les terroirs de la Montagne de Reims. Au programme : un Meunier 2018 qui succède au millésime 2016, une nouvelle approche du Clos du Moulin et le retour des Coteaux Champenois rouges. Des nouveautés qui en disent long sur les orientations de cette maison familiale.
Chez Cattier, on aime les traditions. Mais pas au point de s’interdire de les bousculer. Alexandre Cattier en donne une nouvelle illustration avec plusieurs cuvées qui traduisent son envie de faire évoluer la gamme, tout en restant fidèle aux terroirs familiaux.
Et cette fois, le meunier occupe une place de choix.
Le meunier, un cépage longtemps sous-estimé
« Quand je suis revenu sur l’exploitation, à 25 ans, les deux tiers du vignoble étaient plantés en meunier », se souvient Alexandre Cattier.
Depuis, il a progressivement rééquilibré l’encépagement. Le meunier représente aujourd’hui environ la moitié des surfaces, aux côtés du chardonnay et du pinot noir. Une proportion que le dirigeant souhaite conserver.
Car sur les coteaux de Chigny-les-Roses, Rilly-la-Montagne et Ludes, le cépage trouve un terrain particulièrement favorable.
Son père lui avait d’ailleurs souvent rappelé combien les meuniers de ce secteur étaient appréciés par les négociants champenois.
De quoi faire naître une idée : pourquoi ne pas consacrer une cuvée à ce cépage, longtemps considéré comme moins prestigieux que le chardonnay ou le pinot noir ? « Au départ, je pensais à un assemblage de meuniers assez classique. Puis j’ai voulu aller plus loin, avec un terroir, un millésime et un cépage. » Entre l’idée et la commercialisation de la première bouteille, près de quinze ans se sont écoulés. Le projet voit finalement le jour avec le millésime 2016. Aujourd’hui, la maison présente sa deuxième édition, issue de la vendange 2018. Et quelle année pour le meunier !
Après un millésime 2017 compliqué, 2018 a offert des conditions presque idéales. Un été chaud et ensoleillé, des raisins sains et une maturité parfaitement maîtrisée. « Nous avions des meuniers généreux, amples, avec une certaine finesse. Mais sans excès de maturité. Tous les paramètres étaient réunis. »
Pour cette cuvée Premier Cru, les raisins proviennent exclusivement de Chigny-les-Roses, Rilly-la-Montagne et Ludes. La sélection s’est poursuivie au pressoir, avec une attention particulière portée aux jus les plus fins.
Après plus de sept ans de vieillissement en cave, le Meunier 2018 révèle une belle gourmandise, sans perdre sa fraîcheur. Les fruits rouges dominent, accompagnés de notes d’agrumes et d’une finale plus complexe. Le dosage, limité à 4 grammes par litre, laisse toute sa place à l’expression du cépage. La suite est déjà prévue. Un Meunier 2019 a été élaboré, tout comme un 2021. En revanche, la maison a fait l’impasse sur 2020.
Le millésime 2016, une autre expression du temps
Autre vin présenté, le Brut Millésime 2016 Premier Cru offre un contraste intéressant. L’assemblage reste classique chez Cattier : un tiers de chardonnay, un tiers de pinot noir et un tiers de meunier. Mais le profil du vin diffère sensiblement des millésimes plus généreux. Dix ans après la vendange, il conserve une étonnante jeunesse. De la fraîcheur, de la droiture et une certaine verticalité. Un champagne qui demande un peu de temps dans le verre pour livrer toute sa personnalité.
Son dosage de 6 grammes par litre illustre également une tendance de fond chez Cattier. « Il y a vingt-cinq ans, nous étions à 10 grammes. Nous sommes ensuite descendus à 8 grammes et, aujourd’hui, nous glissons progressivement vers 6 grammes. » Ce choix résulte notamment de dégustations à l’aveugle. Il accompagne aussi l’évolution des maturités en Champagne. Avec des raisins plus mûrs, le sucre n’a plus nécessairement le même rôle dans l’équilibre des vins.
Le Clos du Moulin tourne une nouvelle page
C’est l’une des signatures historiques de Champagne Cattier. Acquis en 1950 par Nelly et Jean Cattier, le Clos du Moulin s’étend sur 2,20 hectares, à proximité de Chigny-les-Roses. Situé sur une butte autrefois occupée par un moulin, il figure parmi les premiers clos de Champagne.
Les premières bouteilles ont été commercialisées dans la seconde moitié des années 1950. Depuis, la cuvée s’est imposée dans la gamme de la maison. Mais Alexandre Cattier a décidé d’en faire évoluer l’assemblage. Jusqu’à présent, le Clos du Moulin associait trois millésimes : une année de base et deux années de réserve. Une tradition familiale que le dirigeant a fini par remettre en question. « On me demandait souvent pourquoi trois millésimes. Et je n’avais pas vraiment de réponse. C’était une recette héritée de mon grand-père. »
Désormais, le Clos du Moulin repose sur une année de base et une réserve perpétuelle constituée depuis les premières vinifications du clos. Cette réserve s’est enrichie au fil des décennies, grâce à une partie des vins conservés après chaque récolte sélectionnée. Pour la nouvelle édition, la maison a choisi 2018 comme année de base.
L’assemblage comprend 57 % de vins de 2018 et 43 % de réserve perpétuelle. Le chardonnay domine à 73 %, complété par 27 % de pinot noir. Le vin a passé plus de six années sur lies et affiche un dosage de 6 grammes par litre.
À la dégustation, il conserve une belle fraîcheur et une grande précision. Les fruits blancs, les agrumes et les épices se succèdent, soutenus par une bouche droite et élégante. La maison poursuit également cette évolution avec le Clos du Moulin rosé. Ce changement marque une nouvelle étape dans l’histoire d’une cuvée qui reste profondément attachée à son terroir.
Les Coteaux Champenois font leur retour
C’est une autre nouveauté, et sans doute l’une des plus intéressantes. Le Champagne Cattier renoue avec les vins tranquilles en présentant un Coteaux Champenois rouge 2022, élaboré à partir de pinot noir de Verzenay.
Pour cette première édition, Alexandre Cattier a travaillé avec un livreur de raisins. Le vin a ensuite été élevé sous bois pendant deux ans. Une expérience qui n’est pas totalement nouvelle dans l’histoire familiale. « Nous faisions déjà des Coteaux Champenois dans les années 1970. Il y a eu également quelques essais dans les années 1990 et au début des années 2000. Mais je ne trouvais pas cela suffisamment intéressant pour continuer. »
Pourquoi y revenir aujourd’hui ? La réponse tient notamment à l’évolution du climat. « Avec le changement climatique, nous obtenons aujourd’hui de belles maturités. Autrefois, certaines années étaient compliquées. Maintenant, les conditions sont beaucoup plus favorables. » Le millésime 2022 a donc servi de test.
Le résultat présente un fruit bien présent, accompagné de notes boisées liées à l’élevage. Un vin rouge que la maison conseille de déguster autour de 15 à 16 °C. L’essai semble suffisamment concluant pour envisager la suite.
Alexandre Cattier prévoit ainsi de développer cette production à plus grande échelle à partir de la vendange 2026. Il y voit aussi un intérêt pour l’accueil des visiteurs. « Quand on organise un repas chez Cattier, cela permet de faire une pause dans les bulles avec un coteau. C’est une autre façon de découvrir nos vins. »
Alexandre Cattier garde le goût de l’expérimentation
Le dirigeant réfléchit déjà à d’autres pistes.
Parmi elles, le chardonnay rose, un cépage qu’il aimerait tester lors de futures replantations.
Rien n’est encore engagé, mais l’idée serait de lui consacrer une petite surface afin de réaliser une vinification séparée.
« Aujourd’hui, nos trois cépages fonctionnent très bien. Mais j’aime expérimenter. »
Une démarche qui résume assez bien l’esprit de la maison : conserver ce qui fonctionne, sans s’interdire de nouvelles expériences.
Des marchés qui tiennent bon
Sur le plan commercial, Alexandre Cattier affiche une certaine prudence, sans céder au pessimisme.« Le marché français va être dur, mais il n’est pas à l’arrêt. Et les marchés à l’export se portent correctement. » Aujourd’hui, la France représente un peu plus de la moitié des ventes de la maison. Le reste se répartit entre différents marchés étrangers.
Le Royaume-Uni, les États-Unis et le Japon figurent parmi les principales destinations, devant plusieurs pays européens, notamment le Portugal, l’Italie, la Belgique et la Suisse. Malgré un environnement économique incertain, l’activité résiste.
Une situation qui permet à Champagne Cattier de poursuivre ses projets. Avec le Meunier 2018, la nouvelle formule du Clos du Moulin et le retour des Coteaux Champenois, Alexandre Cattier continue de faire évoluer la maison familiale. Sans révolution, mais avec cette volonté de donner davantage de place à la personnalité de ses terroirs.
Les nouveautés et leurs prix :
Brut Millésime 2016 Premier Cru : 59 €
Meunier Millésime 2018 Premier Cru : 120 €
Clos du Moulin Brut Premier Cru : 157 €
Clos du Moulin rosé Premier Cru : 173 € (à confirmer)
Coteaux Champenois Pinot Noir 2022 : 50 €
En savoir plus sur La Champagne de Sophie Claeys
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