Le sujet n’est pas nouveau, mais il revient avec insistance. À l’occasion des assises organisées le 17 mars 2026 par Médecins du Monde sur la santé et la sécurité des travailleurs, un atelier consacré au travail saisonnier agricole et viticole a remis en lumière plusieurs enjeux structurants pour la filière Champagne. Autour de la table, chercheurs, acteurs associatifs et représentants syndicaux. Parmi eux, l’Intersyndicat CGT du Champagne, qui a livré une analyse détaillée de l’organisation du travail saisonnier, en particulier lors des vendanges.
Une organisation en mutation depuis plusieurs décennies
Selon l’Intersyndicat CGT du Champagne, les évolutions observées aujourd’hui s’inscrivent dans une transformation progressive du modèle. À partir de la fin des années 1980, les règles encadrant l’hébergement des travailleurs ont évolué, conduisant certains exploitants à externaliser cette question. Parallèlement, le recours au travail à la tâche s’est développé, modifiant les modalités de rémunération. Depuis les années 2000, le recours à des sociétés de prestation de main-d’œuvre s’est également renforcé. Une évolution qui, selon l’intersyndicale, a contribué à complexifier les chaînes de responsabilité.
Des alertes récurrentes, ravivées en 2023
L’Intersyndicat CGT du Champagne rappelle que plusieurs alertes ont été formulées ces dernières années, notamment à la suite de situations d’hébergement jugées indignes dès 2018. Les vendanges 2023 ont constitué un point de bascule médiatique. Plusieurs événements graves ont été recensés, dont des décès et des situations ayant donné lieu à des enquêtes judiciaires.
À la suite de ces épisodes, des réunions ont été organisées avec les services de l’État et les acteurs de la filière. Des actions ont été engagées, notamment en matière de sensibilisation et de prévention. L’Intersyndicat estime toutefois que ces mesures restent encore insuffisantes au regard des enjeux.
Conditions de travail : des points de vigilance identifiés
Plusieurs sujets ont été évoqués lors des échanges. Le travail à la tâche, d’abord, qui, selon l’intersyndicale, peut inciter certains salariés à allonger leur durée de travail pour atteindre un niveau de rémunération satisfaisant. Les conditions climatiques, ensuite, avec la question de l’adaptation de l’organisation du travail en période de fortes chaleurs ou de froid.Enfin, l’hébergement des travailleurs saisonniers, considéré comme un facteur directement lié à la santé et à la sécurité. Autant de points qui font aujourd’hui l’objet d’une attention accrue, tant du côté des organisations professionnelles que des pouvoirs publics.
Une réflexion sur les outils de valorisation sociale
Parmi les pistes avancées, l’Intersyndicat CGT du Champagne propose la création d’une certification dite de “Haute Valeur Sociétale” (HVS). Selon ses promoteurs, cette démarche viserait à mieux intégrer les critères sociaux — conditions de travail, hébergement, respect des droits — dans la valorisation de la production, en complément des certifications environnementales déjà en place. Cette proposition s’inscrit dans un contexte plus large, où certaines zones de commercialisation, notamment en Europe du Nord, accordent une attention croissante aux conditions de production.
Un enjeu qui dépasse les vendanges
Si les vendanges concentrent l’attention, les échanges ont également mis en évidence que ces questions concernent l’ensemble des travaux viticoles, tout au long de l’année. Dans un contexte d’évolution des pratiques culturales et d’adaptation au changement climatique, les conditions de travail sont appelées à rester un sujet structurant pour la filière.
Une dynamique à suivre
Au terme de ces assises, plusieurs initiatives de terrain, comme la “caravane des vendanges”, doivent se poursuivre afin de renforcer l’information des travailleurs et la remontée des situations. Pour l’Intersyndicat CGT du Champagne, ces démarches visent à inscrire durablement la question sociale dans les réflexions de la filière.




