« Une cuvée de rosé millésimée doit être une oeuvre d’art qui fait briller les yeux des dames mais qui a fait trembler le chef de caves » cite Hervé Deschamps en paraphrasant Pierre Ernst (directeur commercial et marketing de Perrier-Jouët 1970-1990). Du rose, du rose et du rose ! La vie en rose pour se lover dans un monde délicat, joyeux, élégant, voilà l’idée en ces périodes plutôt grises.  Et pour apprécier cette idée il faut l’accompagner de champagnes rosés, puis comme nous devons nous soustraire de cette tendance à la mélancolie ambiante autant choisir des rosés millésimés ! Et à déguster ces sublimes flacons autant inviter des amis pour partager l’expérience. Une expérience presque intimiste puisque nous sommes en confinement. Elle se déroule donc chez moi à Reims avec Dominique Demarville et Hervé Deschamps.

 

Par leur savoir-faire au sein de grandes maisons, ces deux chefs de caves sont des vinificateurs de rosés. À leur actif, on peut compter de nombreux millésimes rosés, mais également des cuvées de prestige  (Grande Dame, Belle Époque…). Les deux hommes étant actuellement libres de toutes attaches professionnelles, ils peuvent déguster et commenter *. À cela j’ajouterai qu’outre leurs compétences reconnues de par le monde, ce sont de bons acolytes qui sont appréciés partout en Champagne.  Bouteilles de choix et crachoirs, feuilles et crayons, rires et amitiés et distanciation… Presque la félicité !

« Il le vaut bien ! »

Le champagne rosé millésimé est… exceptionnel ! Pour plusieurs raisons. Déjà comme l’explique Hervé Deschamps,  « c’est un exercice délicat où le chef de caves doit préserver la signature du style de sa maison tout en donnant une part d’originalité note de fleur ( rose, violette et de fruits rouges). Deux points importants sont à respecter pour obtenir une cuvée exceptionnelle. Le premier est de garder la finesse et l’élégance avec une sélection de vins rouges peu tanniques et apportant la teinte sans trace de tannins ( sélection de crus et de terroirs très importante), le  second point est le plus difficile :  préserver est la teinte qui doit résister à un long vieillissement sans partir sur des notes orange cuivrées » Ensuite si l’on évoque les chiffres, c’est « peanut » ! À peine 376 000 bouteilles pour 2019 (soit 2 % de la part totale du champagne rosé) avec des marchés dont le trio de tête dont les plus gros marchés en pourcentage son la Suède, le Qatar et la Lettonie.  (chiffres et pays ci-dessous pour les curieux).  Ceci expliquant cela, peu de Champenois en produisent.  Et sur ce fondamental principe humain « ce qui est rare est cher », le champagne rosé millésimé est le pinacle de la valeur ajoutée en Champagne. Il le vaut bien !

« Une capacité de vieillissement exceptionnelle »

Je ne vais pas vous donner une sempiternelle leçon sur la différence entre le rosé de saignée et celui d’assemblage, mais outre les qualités intrinsèques du vin, des cépages choisis, des dosages déterminés, des crus récoltés, le vieillissement du champagne rosé est l’un de ses grands atouts. Là aussi, je ne vais pas m’appesantir sur une évidence, oui, le champagne peut vieillir ! Dominique Demarville en est également convaincu : »nous   l’avons exploré au travers de la dégustation des champagnes rosés millésimés. Ces vins ont une capacité de vieillissement exceptionnelle. Avec le temps, la couleur va devenir de plus en plus saumonée, cuivrée et les arômes de plus en plus confits, épicés, avec des notes de tabac, de truffes. Il faut prendre le temps de déguster ces grands champagnes et bien sûr, les associés avec des mets de qualité. Nous parlons bien de vins car nous nous approchons au niveau aromatique des vins de Bourgogne, avec ces beaux pinots noirs, denses et profonds. La courte macération ou l’adjonction de vins rouges lors de l’assemblage vont apporter des composés qui rendront possible ces longs vieillissements. En plus, les rosés millésimés naissent les belles années, de quoi espérer de beaux potentiels de garde ».

Gourmand, soyeux voire sensuel

Avec le rosé, il prend alors de l’ampleur avec des sapidités et arômes remarquables qui nous amènent presque dans un monde gourmand. Celui des fruits rouges bien sûr, mais également celui des odeurs de confitures s’échappant de la cuisine de grand-mère, des fruits exotiques bien mûrs, des parfums de fleurs, celui de l’épicer, du tanin, de la richesse.  Sans oublier, les couleurs comme un kaléidoscope de roses, des cuivrés, saumonés, des pêches, des orangés, des girly, des pelures d’oignon, parfois même des carmins. Je complèterai la description avec la texture, elle peut être soyeuse, satinée ou veloutée, voire sensuelle. Ainsi pour Dominique Demarville :  « Tout est une question de lumière et de goût. Bien sûr le rosé est différent par sa couleur. Chaque maison, coopérative ou vigneron pourra d’ailleurs exprimer des rosés de couleurs très différentes. Cela peut aller d’un rosé très clair, presque pâle à un rosé très profond, proche de la couleur rouge en passant par des roses francs, ou encore saumonés voire cuivrés. La liberté d’expression de la couleur rosé permet à chaque consommateur de trouver ce qu’il aime. Et bien sûr le goût est différent puisque la macération ou l’ajoût de vin rouge vont apporter des notes de fruits rouges et légèrement fumées. Les chefs de caves et vignerons pourront alors exprimer un goût différent des champagnes blancs, tout en respectant le style propre à chacun. C’est un exercice passionnant, différent des autres champagnes, car les dimensions rosées et aromatiques ajoutent de la complexité ». Et de souvenir, « d’un fabuleux Veuve Clicquot millésimé rosé 1928 dégusté en 2018. Malgré ses 90 ans, il se portait à merveille tant au niveau de sa couleur que de ses arômes de pain d’épices, de cerises confites et de tabac blond ».

Lors de cette dégustation des champagnes rosés millésimés, nous avons exploré un univers très varié.  C’est la richesse de la Champagne : une diversité dans la qualité. En tout 26 bouteilles ont été dégustées. Donc cinq étant des « curiosités » à l’instar de solera, de millésimes non revendiqués.

*Bien sûr, ils n’ont pas commenté leur propre cuvée !

 

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Les millésimes non revendiqués 

 


20 marchés les plus importants en pourcentage

 


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1 COMMENT

  1. Magnifique dégustation
    Je me souviens d’un VCP 1979 rosé en magnum qui avait arraché des larmes de bonheur à une belle tablée de vignerons bordelais.

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