Lucide, mais optimiste, sans lire l’avenir dans une boule de …cristal, Frédéric Rouzaud, président du groupe Roederer, évoque la situation champenoise actuelle et les perpectives d’avenir de la Champagne après la crise sanitaire.

Quel est votre sentiment face à la situation après cette crise sanitaire qui risque d’entraîner des conséquences économiques graves pour la Champagne ? 

Je ne suis pas inquiet, car la Champagne va s’en sortir, elle en a vu d’autres. Depuis des années, elle pratique une gestion tout à fait proche des réalités. Et une fois de plus, les deux familles, celle de la Vigne et celle du Négoce vont finir par s’entendre. On est marié, c’est donc pour le meilleur comme pour le pire !

Quelles sont les qualités du et de la Champagne qui font que les Champenois vont s’en sortir ? 

Depuis dix ans nous sommes rentrés dans une prise de conscience de l’immense singularité de cette région. Les gens  commencent à se rendre compte de ce qu’ils ont dans les mains.  Avec ce terroir crayeux, ce climat si particulier qui dans le réchauffement climatique, se comporte bien, on sait que la qualité du champagne a pris un beau virage depuis quelques années. Il y a des maisons familiales, des marques fortes, même si on ne “chasse” pas en meute, ça “chasse” quand même. Cela donne une force, chaque maison raconte une histoire, mais les maisons partagent ensemble des valeurs de la qualité, de partage, de convivialité. Je pense que la Champagne a de l’or dans les mains. Et en plus, l’appellation ne cesse d’être en mouvement et de se réinventer tout le temps. Elle a à la pointe de l’innovation, elle sait se remettre en question, elle sait créer. Ce sont des messages qui portent. La Champagne est multifacette. C’est ces différentes qualités qui font son mythe et son génie.

En tant que président d’une maison de champagne, comment vous projetez-vous dans l’avenir ? 

Il faut regarder la réalité en face, la Champagne va terminer à -20%/-30% à la fin de l’année 2020 par rapport à l’année dernière (293,5 millions de bouteilles). Mais il nous faut plutôt raisonner en chiffre d’affaires (5 milliards d’euros en 2019), ainsi on peut dire que globalement la Champagne est plutôt en forme. À cela, il faut ajouter que les perspectives étaient plutôt bonnes si on se limite à regarder la situation des ventes en France, car force est de constater que plus on s’éloigne de la Champagne, plus on distribue ailleurs, mieux ça va. La maison Roederer (75% à l’export)  peut présenter autant de réussites ou de façon de consommation dans le monde que de pays on nous sommes présents, c’est-à-dire cent. Il y a un potentiel de développement et de consommateurs. La bulle va bien, la consommation de vin mousseux se porte très bien et à l’intérieur de ce segment, la Champagne possède toujours la carte du haut de gamme, de la qualité, du terroir…à partir du moment où ce n’est pas une usine à bulles !

Que faut-il donc faire pour avancer et continuer ? 

Il faut être connecté aujourd’hui. Pour toucher les jeunes consommateurs, il faut également communiquer. Et ce n’est pas parce qu’ils ne consomment pas maintenant qu’il ne faut pas communiquer, et en prenant en compte une communication du 21e siècle. Une communication branchée, esthétique et intelligente. Bien sûr, il faut élaborer des vins faciles, décomplexés, conviviaux. On peut réinventer les vins de champagne. Avec la nouvelle génération de vignerons, les maisons qui créent de nouvelles cuvées, on voit bien que l’on ne fait plus le même vin qu’il y a 20 ans. Je peux faire des comparaisons notre Brut Premier, la cuvée a évolué dans son goût, sa précision, sa légèreté au fil des années. Je vois dans les ventes aux enchères, des collectionneurs du monde entier sont passionnés par les grands millésimes. On le sait, le champagne est l’un des vins blancs au monde qui vieillit le mieux. Tout ce qui est catégorie « millésime » a donc un potentiel énorme d’intéresser ces grands collectionneurs, et désormais ils achètent aussi de grands champagnes.  C’est nouveau ! Le champagne a toujours été un vin de grande qualité et les gens le découvrent de plus en plus.

Au sein de Roederer, comment avez-vous vécu ces deux mois de confinement ?

Oui on a souffert. Je n’ai jamais autant travaillé ! D’abord c’est vrai que cela a été un choc violent qu’on avait pas vu venir, mais pendant ce temps de confinement est né un certain nombre d’idées comme souvent dans les crises. Je pense que nous allons ressortir avec des pensées nouvelles, et cela nous donne beaucoup d’optimiste et d’espoir. C’est très réjouissant et très vivant !

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