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Guillaume Deglise, directeur général de la Maison Henriot : « L’objectif est de renforcer le développement de Champagne Henriot sur un créneau haut de gamme»

Nommé depuis le début de l’année, Guillaume Deglise est le directeur général de la Maison Henriot (groupe TEVC). Il évoque les perspectives sur l’évolution et ses ambitions pour la Maison Henriot ainsi que son analyse de la Champagne après une décennie d’absence.

Pourriez-vous nous décrire votre parcours professionnel et vos racines ?

J’ai grandi à Nancy, en Lorraine, une région dont sont originaires plusieurs familles célèbres du négoce champenois. Dans mon cas, c’est en Bourgogne que j’ai fait connaissance avec le vin, pendant mes études, mais je dois tout à la Champagne, où j’ai passé les 15 premières années de ma carrière. D’abord chez Bollinger puis chez Laurent-Perrier, deux maisons familiales pour lesquelles je garde beaucoup de respect et d’affection. En 2013, j’ai été appelé pour prendre la direction de Vinexpo, qui organise des salons professionnels en France et à l’étranger. Ce fut une formidable aventure humaine, dans un métier connexe du vin, qui m’a surtout permis de m’ouvrir à d’autres vignobles et en premier lieu à Bordeaux. Je retiens deux réalisations majeures : le développement de l’international, particulièrement à Hong Kong, et le transfert du salon français de Bordeaux à Paris, une décision indispensable à la pérennité de l’entreprise. En 2018, j’ai souhaité revenir dans le vin. Après un passage par la Bourgogne, j’ai rejoint les Domaines Barons de Rothschild Lafite à Bordeaux où j’ai passé 4 années jusqu’à mon arrivée chez Champagne Henriot.

Avant de prendre vos fonctions, quelle était votre perception de la Maison Henriot ? Y a-t-il une cuvée qui vous a particulièrement marqué ?

Celle d’une très belle Maison, avec des vins de grande finesse, très bien distribués dans le secteur de la gastronomie et chez les cavistes. Une marque plutôt discrète, mais toujours plébiscitée par les amateurs de grands vins pour la régularité de son style. J’ai moi-même toujours été un consommateur régulier de la cuvée Blanc de Blancs, qui est une signature de la Maison.

Quelles ambitions nourrissez-vous pour le développement de la Maison Henriot ?

Être adossé à l’un des principaux acteurs de la filière comme TEVC est une grande opportunité pour Champagne Henriot. Pour autant, le pilotage de la Maison est totalement autonome :  la stratégie d’approvisionnement, les choix œnologiques de notre Cheffe de Caves et la politique commerciale sont séparés du reste du groupe. Henriot conserve sa propre organisation, avec des équipes dédiées, à Reims et dans le vignoble, et son propre réseau de distribution, qui s’appuie sur des partenariats de long terme. Même chose pour ses prestataires et fournisseurs.

Comment anticipez-vous votre intégration dans l’équipe de TEVC et spécifiquement au sein de la Maison Henriot ?

L’objectif est de renforcer le développement de Champagne Henriot sur un créneau haut de gamme et une distribution sélective. La Maison a de nombreux atouts, à commencer par une équipe jeune, talentueuse, qui connaît bien la filière et l’univers du vin. L’idée n’est pas de poursuivre une course aux volumes, mais de conquérir des marchés où la marque est encore timide, en France ou à l’étranger. Nous devons pour cela pérenniser nos approvisionnements et permettre à l’équipe technique de perpétuer le style très identitaire de Champagne Henriot. Enfin, nous devons travailler sur la notoriété de la marque auprès du consommateur et faire davantage connaître nos cuvées aux amateurs de grands champagnes.

Comment voyez-vous l’évolution de la région Champagne après une absence de dix ans ?

Je la trouve déjà plus belle qu’il y a dix ans ! L’inscription des coteaux, maisons et caves au patrimoine de l’UNESCO y a forcément contribué. La préservation de la biodiversité aussi. Elle est également plus attractive grâce aux nombreuses initiatives oenotouristiques et au talent des chefs champenois. L’image du champagne reste unique au Monde, et c’est sans doute pourquoi de nombreux acteurs des vins et spiritueux y ont investi ces dernières années. Mais 10 ans après, je constate aussi la plus forte concurrence d’autres catégories qui sont arrivées sur le créneau porteur de l’apéritif et de la célébration : vins effervescents d’autres régions, vins blancs, cocktails ou bières. L’inflation du prix du raison a poussé le champagne vers des niveaux de prix élevés, ce qui fait entrer des alternatives. Nous devons collectivement y prêter attention dans le contexte actuel plus tendu.