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Le dossier des vignes semi-larges (VSL) divise en Champagne (vote au mois de juillet)

© Comité Champagne

C’est au mois de juillet prochain que l’ODG Champagne (Organisme de Défense et de Gestion des appellations Champagne et Coteaux Champenois), devra rendre son accord ou pas sur les plantations de vignes semi-larges (VSL) en Champagne. Ce dossier remonte à… longtemps.  Social, économique, environnemental, ce dossier VSL ne laisse personne indifférent avec son fort impact sur la notion de personnalité de la Champagne.

Il faut remonter aux années 80  quand les premières parcelles expérimentales conduites en lyres ont été plantées. En 1995, pour compléter le dispositif, deux parcelles ont été installées en vignes semi-larges (VSL) sur des domaines expérimentaux. Après 10 années de suivis agronomiques et œnologiques, l’expérimentation « Lyres » est  stoppée.  La qualité organoleptique était au rendez-vous, mais les résultats étaient défavorables en termes de viabilité économique des exploitations.  En octobre 2006, une convention est signée entre l’INAO, le SGV et le Comité Champagne. Cette convention prévoyait une durée d’expérimentation sur les VSL de 25 ans (jusqu’en 2030) et une possible prise de décision à l’issue de la 15e année, soit en 2020. Mais à l’époque, savait-on que l’année 2020 ne serait peut-être pas le meilleur moment pour prendre une telle décision.

Bien sûr,  l’objectif à l’époque était d’accompagner la transition agroécologique du vignoble et de contribuer à son adaptation au changement climatique (sur les 30 dernières années, les vendanges sont plus précoces de 18 jours), tout en préservant la qualité et la typicité des vins ainsi que la durabilité économique des exploitations. Si les vignes semi-larges ne représentent pas un levier majeur d’adaptation au changement climatique, mais plutôt un élément parmi d’autres de la « boite à outils », elles constituent en revanche une vraie opportunité pour réduire très significativement l’empreinte écologique de la filière Champagne. Le passage aux VSL permet une réduction globale et significative des impacts environnementaux de la production viticole avec la réduction des émissions globales de gaz à effet de serre de 20 %. Aujourd’hui, c’est le dossier qui crispe.

« Que nos parcelles s’expriment au mieux pour produire les meilleurs vins possible »

Jean-Baptiste Lecaillon chef de caves de la Maison Roederer et  co-président de la commission technique du Comité Champagne est dans la logique inverse : « je remonte en densité sur nos vignes ». Pourtant le chef de caves de la Maison Roederer connaît très bien le sujet avec le vignoble américain du groupe, soit 280 ha plantés en vignes semi-larges, « mais en Champagne, chez Roederer nous  travaillons sur les Grands crus avec des sélections massales et en bio donc mes rendements sont déjà plus petits. Toutefois, cela ne m’empêche pas de faire des essais ». D’ailleurs, Jean-Baptiste Lecaillon laisse le libre arbitre à chacun, « je pense que chaque vigneron doit faire ce qu’il veut. L’objectif est que nos parcelles s’expriment au mieux pour produire les meilleurs vins possible ».  Autres pensées, autre groupe, celles de Vincent Malherbe, directeur du vignoble de Moët & Chandon : « On ne peut pas ne rien changer, il faut avancer, continuer à innover, c’est le rôle de la Champagne ». Ne pas rester scléroser dans un schéma classique ! Et ce n’est pas du goût de tout le monde. Comme le rappelle Xavier Muller, président de la Coopérative Mailly Champagne, qui avance des fortes disparités entre le Négoce et le Vignoble sur ce dossier : « cela aura des conséquences économiques sur les petites exploitations, particulièrement celles qui ne se trouvent pas dans les Premiers et Grands Crus. Pour l’instant, on ne nous parle que de meilleures rentabilités, mais si nos coûts de production baissent, ce sera très compliqué de maintenir nos prix ».

Une compression sensible des coûts de production

Pour Maxime Toubard, président du Syndicat général des vignerons gérant l’ODG, il faut attendre le vote du mois de juillet pour se prononcer, «  Si le vote est en faveur des VSL on commencera à y travailler, si c’est non, on clôt le dossier. C’est un vrai débat ! ». On veut bien le croire, car d’après les premières conclusions du Comité Champagne, la production des VSL est inférieure en volume à celle des vignes traditionnelles témoins (-20 % en termes de rendement), conséquence à la fois d’une densité de plantation inférieure et d’un taux plus élevé d’enherbement du sol. Toutefois, les VSL permettraient une compression sensible des coûts de production et des moyens techniques existent pour obtenir des rendements conformes à la durabilité économique des exploitations. L’autorisation éventuelle des VSL dans sur le vignoble champenois se traduirait par une période probablement longue (voire illimitée) de cohabitation des différents modes de conduite, pouvant a contrario générer des surcoûts liés à la nécessaire mixité du matériel (tracteurs et équipements). Cette évolution pourrait rendre nécessaire, ou favoriser, l’émergence de nouvelles formes d’organisation et de mutualisation du travail. Enfin, la coexistence des vignes traditionnelles et des vignes semi-larges serait susceptible d’améliorer le confort au travail en diversifiant les postures et d’augmenter la variété des paysages, sans forcément remettre en cause l’identité du vignoble champenois, qui rappelons-le est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Pour l’instant, il faut informer, notamment lors de réunions sur le terrain. Ainsi onze réunions programmées au mois de mai se dérouleront sur toute l’AOC Champagne.