Je continue ma série sur la reprise économique en Champagne avec Frédéric Rouzaud, président du groupe Roederer.
Lancement du Cristal 2013, de Camille (deux coteaux champenois en Rouge et Blanc), remplacement du Brut Premier par le Brut Collection, classée (encore !) The World’s Most Admired Champagne Brands 2021, obtenant le premier Robert Parker Green Emblem, la Maison Roederer n’a pas cessé de faire parler d’elle durant la crise sanitaire.
Il y a un an, vous m’aviez dit « la Champagne en a vu d’autres, elle va s’en sortir », quant est-il en cette mi-année 2021 ?
Je suis très optimiste ! La Région Champagne est à un vrai tournant et en plein mouvement. Les compteurs explosent. Il y a un côté lendemain de guerre ! Cela repart tellement fort que l’on a l’impression que le monde a vidé son stock de champagne. Pour la Maison Roederer, l’année 2020 en termes de chiffres d’expéditions est similaire ou presque à celle de La Champagne (-18 %). En revanche, notre chiffre d’affaires est bon avec la vente de grands vins (millésimes, Cristal…) qui se sont mieux vendus que le Brut Premier. Travaillant beaucoup avec les restaurateurs et participant traditionnellement à de nombreux évènements, la crise sanitaire nous a évidemment touchés. Pourtant ces -18 % représentent une performance incroyable surtout après la baisse du printemps 2020. Et à mon avis, la vision des chiffres d’expéditions est une vision pessimiste de la consommation qu’il y a eu en 2020.
Comment avez-vous ressenti le marché du champagne pendant cette période ?
On a pu constater que les ventes à domicile ont quasiment remplacé le manque de consommation dans la restauration. Sur les cinq premiers mois de l’année, les clients l’ont consommé chez eux. Les consommateurs se sont occupés d’eux-mêmes, ils ont redécouvert le plaisir de bien manger et de bien cuisiner et ils se sont achetés de bonnes bouteilles et le Champagne est un grand plaisir simple à portée de sa maison. Ce qui n’est pas très étonnant, car si on achète une bouteille de Brut Premier à 45 euros au lieu de 100 euros dans un restaurant, on peut en prendre deux pour consommer à domicile. La situation est identique pour le Cristal cela vaut 220 euros en magasin au lieu de 500 au restaurant. C’est vrai qu’en 2020 il y a eu un coup d’arrêt terrible, mais depuis le début de l’année, c’est incroyable ! Après je ne sais pas ce qui va se passer, si cela va continuer… mais cette reprise est une bonne nouvelle !
Justement, que va-t-il se passer maintenant ?
Désormais la difficulté va être de gérer la logistique à l’instar de l’arrivée des containers, les retards sur les productions d’étiquettes et les coffrets, mais on va y arriver. On sent que chacun est satisfait même si l’AOC pourra poser problème. En 2020, on a fait une AOC qui correspond aux sorties et si cela repart et que l’on imagine que nous remontions à 320 millions de bouteilles en 2021, cela risque d’être compliqué en termes de rendements surtout avec les incidents climatiques qui se sont abattus sur le vignoble champenois.
Pourquoi avoir fait évoluer votre brut sans année, Brut Premier en Brut Collection (lire ici) ?
Nous nous devons de réexpliquer et de revisiter le concept du multimillésimé. Cette cuvée (le brut sans année) représente près de 70/80 % des ventes de la Champagne. Le Brut Premier était déjà à un niveau qualitatif assez élevé avec ses vins de réserve, avec le Brut Collection on a encore franchi un stade. C’est un projet qui remonte à une dizaine d’années et grâce à Jean-Baptiste Lecaillon, qui est un très grand chef de caves, nous avons pu le mener à terme. Il sera commercialisé sur les marchés fin août.
Vous avez fait des travaux de rénovation pour la réception de visiteurs sur le site de la rue de Savoye à Reims, allez-vous vous lancer dans l’oenotourisme ?
Nous étions un peu fermés au public, mais nous ouvrons la maison à des gens qui s’intéressent au vin. Il faut que cette possibilité soit offerte, toutefois nous recevons déjà beaucoup que cela soit des cavistes ou sommeliers du monde entier ou encore des clients de partenaires en B to B que nous recevons avec l’organisation d’évènements. En revanche, nous n’avons pas un circuit de visite dédié. Un nouvel espace d’accueil a été réalisé rue de Savoye dans notre outil de travail. On enrichit et revisité ce lieu en réorganisant le grand hall. Tous les travaux ont été effectués durant la crise sanitaire. Il ouvrira en septembre prochain.





