Accueil Abonnés Le rêve russe s’arrête, le Château d’Avize a été cédé

Le rêve russe s’arrête, le Château d’Avize a été cédé

Chateau d’Avize (photo archives Facebook Château d’Avize)

C’est une histoire longue comme un roman russe. Celle du Château d’Avize. Pour ceux qui s’en souviennent, l’achat de cette demeure il y a douze ans en plein centre d’Avize avait intéressé bon nombre de Champenois, car l’acheteur était Russe. Une première en Champagne. En tous les cas, moi je m’en souviens…  Désormais le nouveau maître des lieux est un Avizois.

En 2010 à Avize , un oligarque russe rachète une propriété qui appartenait à la famille de Cazanove, qui l’avait vendue à Martini (dans les années quatre-vingt, elle est même passée dans les mains de Moët & Chandon). Il s’agit de Boris Titov, magnat du pétrole et président du conseil des directeurs d’Abraou-Durso, l’une des plus anciennes entreprises viticoles de Russie. À l’époque, j’ai pu l’interviewer à Avize :  son objectif transformer ce site en grand complexe œnotouristique à Avize, un lieu luxueux afin de faire venir une clientèle richissime. De plus, les deux hectares de vignoble attenants à la demeure d’Avize devaient servir à commercialiser 20 000 bouteilles. Une élaboration très haut de gamme pour tirer des cuvées élaborées par Hervé Jestin, l’un des papes de la biodynamie en Champagne;

Si dans les galipes, certains voient la chose d’un mauvais œil, d’autres à l’instar du conseil régional de Champagne-Ardenne en passant par l’Union des maisons de Champagne ou le Syndicat général des vignerons sont satisfaits. Boris Titov a même invité un grand nombre de cette élite champenoise en Russie pour faire découvrir sa situation et permettant éventuellement de forger des liens pour mieux travailler sur la reconnaissance de l’appellation Champagne en Russie. Avec le temps force est de constater que cela n’a vraiment pas fonctionné. 

Le rêve champenois du père n’est pas celui du fil

Pourtant en 2014, l’hôtel-spa cinq étoiles et les 40 chambres prévues ne semblent plus être à l’ordre du jour. Même s’il est rénové, le « Château » de la rue Pasteur, à Avize ne semble pas montrer une activité débordante.  Plusieurs raisons à cela. Déjà, Boris Titov a été nommé médiateur chargé de la protection des droits des entrepreneurs par Vladimir Poutine. Cet homme d’affaires présent également dans la chimie et l’agroalimentaire est un proche du pouvoir et un lobbyiste désormais fort occupé. Ensuite, c’est son fils, Pavel Titov, qui le remplace  à la tête du domaine d’Abrau- Durso, dans le Caucase où sont réalisés près de 25 millions de cols de vins effervescents. Et  le rêve champenois du père n’est pas celui du fils. De plus, Pavel Titov qui vivait jusque-là à Londres a déménagé pour Moscou et ne se rend plus dans la Côte des Blancs. Puis, la famille Titov n’a pas pu racheter le fameux verger (6,42 ares) qui était situé sur la parcelle de la propriété, comme une enclave au sein du vignoble, à la Safer qui l’avait préemptée. Il reste toutefois dans les caves près de 60 000 bouteilles issues des vendanges 2011, 2012 et 2013. Des « grands blancs » élaborés par le pape des œnologues champenois de la biodynamie, Hervé Jestin.  L’activité « négoce » vit grâce à des prestations de service et aux deux marques, Victor Dravigny et Foliage.

Gaétan Gillet pendant les vendanges 2020 (Michel Jolyot)

Un nouveau président

Depuis quelques semaines  la société du Chateau d’Avize qui était depuis dirigée par Alexis Skvortsov, nommé par la famille Titov, a été liquidée par Philippe Guy, nommé mandataire pour, en autres, « représenter la société dans tous ses droits et actions ; céder et vendre, soit en totalité, soit en partie, en bloc ou en détail, dans toute forme qu’il choisira et sans être tenu de remplir aucune formalité de justice, tous les biens et droits composant l’actif social ou en dépendant ». Et c’est fait !

C’est un habitant d’Avize, installé depuis douze ans dans le commune, Gaétan Gillet (Domaine des Maladreries) qui est le nouveau président du Château d’Avize.  En Champagne, Gaétan Gillet est connu pour sa ténacité et son énergie. C’est un amoureux de vins et passionné de champagne depuis tout jeune. Au point où en 2012, avec un BTS viticulture-œnologie et quelques stages chez des vignerons en poche, il décide alors âgé de 22 ans de créer  sa marque, une marque à belle valeur ajoutée, le Champagne Most. En 2014, il est l’un des plus jeunes négociants de la Champagne. En 2017, il rachète l’ancien pressoir de G.H. Mumm à Avize. Une ambition qui n’est pas sans rappeler celle de certains grands patrons du cercle des négociants champenois, d’ailleurs je me souviens d’avoir écrit à son propos en 2012 « Pour ce jeune patron, le principe est de viser le moyen terme pour obtenir, d’ici cinq ans, la fameuse carte de négociant et enfin acheter ses raisins ou ses marcs. À raison, car le temps et un dynamisme à toute épreuve sont les alliés de ce nouvel acteur de la Champagne ». Parfois mes écrits me donnent raison !

 

 

 

 

 

 

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