
Ce qui est particulièrement intéressant en Champagne, c’est cette propension voire ce désir d’aller toujours aller plus loin dans les domaines de l’œnologie. En dégustant les vins clairs 2022 avec Séverine Frerson, cheffe de caves de Perrier-Jouët, on peut découvrir que ces exemples d’expérimentations sont nombreux. En préambule, il faut évidemment mettre en avant cette vendange historique, qui selon Séverine Frerson « est une année facile pour les bruts sans année. C’est gourmand, on y trouve de la tension et de la complexité. Les vins ne présentent pas de défaut, c’est floral, fruité et frais. Nous devons nous montrer très contents avec cette année 2022, surtout après 2021, s’en satisfaire et le dire ». C’est dit !
Avec la dégustation de chardonnays de Cramant issus des parcelles historiques de la maison, Les Bourrons Leroy et Les Bourrons du Midi, on découvre ainsi les tests effectués sur ces vins après les vendanges, « pour ces parcelles, nous avions fait une demande anticipée de cueillette pour ces chardonnays quatre jours avant l’ouverture. Il fallait les rentrer, car cela correspondait parfaitement à ce que nous recherchions ». Traditionnellement, la maison travaille avec l’inox, mais toujours en quête de mieux, Sévérine Frerson explique, « nous les avons vinifiés également sous bois avec des barriques de deux vins et des barriques de trois vins ». Ainsi trois vins clairs sont présentés : « nous découvrons trois vins à la personnalité différente pour mieux mettre en avant un soyeux, une bouche plus délicate dans nos assemblages. Nous allons poursuivre nos essais pour les adapter au style maison ».
Autres vins et autres tests avec le programme expérimental de viticulture régénératrice. Un programme qui a débuté en 2020 et qui se terminera en 2025. « On a travaillé sur des parcelles témoins à Avize et à Verzenay avec de tout petits volumes, des bonbonnes de 5 hectolitres. Celle d’Avize se situe entre Avize et Cramant, elle a été divisée par trois, la première est en viticulture VDC HVE (comme tout le vignoble en propre de la maison), la deuxième est en couvert fleuri, et la troisième travaillé en biomasse (légumineuses et trèfle) qui font un paillis au sol que l’on couche en mai. On les a séparés dès la cueillette pour les identifier et en gardant un même cadencement au pressurage ». Le résultat : trois vins différents, le meilleur : celui issu du couvert fleuri qui amène une délicatesse au nez et une souplesse en bouche supplémentaire, « on sent que cela apporte de la finesse et de l’élégance au vin » ajoute Séverine Frerson. Même expérience avec les trois vins de Verzenay, sauf c’est celui résultant de la parcelle biomasse qui sort du lot. Il reste encore deux ans à Séverine Frerson pour faire son choix, comme elle le précise : « On en tirera les conclusions finales au bout de cinq ans, car que cela soit d’un point de vue vignoble ou d’un point de vue œno, il faut qu’il y ait un bénéfice. Et si c’est bien, on étendra l’expérience sur notre vignoble ».




