Accueil Non classé Même décor, mêmes rôles : en Champagne, le duel des rendements recommence

Même décor, mêmes rôles : en Champagne, le duel des rendements recommence

Une impression de déjà-vu ou de déjà-entendu. Chaque été, la Champagne rejoue le même scénario. Celui du rendement à fixer pour les vendanges à venir. Une pièce bien rodée, avec ses dialogues tendus, ses coulisses agitées, et une scène partagée entre prudence des maisons et attentes pressantes des vignerons. Les tensions montent d’un cran.

Du côté des grandes maisons, le mot d’ordre est clair : modération. Nombre d’entre elles défendent un rendement autour de 7000 kg/8000 /ha, s’appuyant sur une baisse des ventes depuis deux ans, une hausse des coûts (verre, stockage, financement), et surtout un niveau de stock record, qui devrait atteindre 4,8 années de ventes au 31 juillet 2025. Un seuil jugé dangereux, bien au-delà du ratio d’équilibre de 3,8 années. De plus, les successions et les (mauvais) souvenirs des différentes crises de 1992-1994 à celle de 2008, déclenchées avec un stock pourtant moins élevé, hantent encore les esprits.

À l’opposé, les vignerons – notamment les Indépendants de Champagne – réclament un rendement nettement supérieur, souvent au-delà des 10 000 kg/ha. Pour eux, les raisins sont là, les besoins économiques aussi. Surtout quand on sait que certains acheteurs souhaitent baisser le prix du kilo de raisin de 20 % à 25 % (il est autour de 8-9 euros en moyenne). Résultat : la tension monte sur le terrain, chez les vignerons où l’on redoute un arbitrage qui sacrifierait les revenus au nom d’une stratégie défensive.

La décision, attendue début juillet, reviendra au Comité Champagne. Elle devra composer avec une équation complexe : anticiper les ventes, gérer les excédents, préserver la valorisation du raisin et maintenir la cohésion de la filière. Une mission de funambule. Pendant ce temps, la pièce se rejoue. Avec les mêmes rôles, mais des acteurs de moins en moins patients.