Accueil Homme du vin Produire son propre soufre minéral en Champagne, c’est possible !

Produire son propre soufre minéral en Champagne, c’est possible !

Fabien Cazé et Cédric Moussé devant la machine à soufre minéral.

En Champagne, ça cherche et… ça trouve ! Cédric Moussé (Champagne Moussé Fils) fait partie de cette génération de vignerons qui depuis des années se pose des questions et y répond. Sa dernière interrogation, et non des moindres, concerne le soufre. Le viticulteur champenois a découvert une nouvelle méthode pour produire son propre soufre. Et c’est son ami, Fabien Cazé (Champagne Cazé-Thibaut) qui l’utilise. Il s’agit là de la première exploitation bio qui a été certifiée en Champagne avec ce soufre minéral en février dernier.

Au lieu de soufre dénaturé issu de l’industrie du  pétrole, ce soufre minéral est issu d’une mine en Pologne où il est extrait très proprement en le faisant fondre avec de la vapeur d’eau (il fond à 119 degrés). « L’idée avec le soufre minéral était d’aller au bout d’une démarche de production avec uniquement des intrants naturels, avec un profond respect de la planète et du terroir. C’est chose faite aujourd’hui, puisqu’après plusieurs années d’expérimentation, depuis la vendange 2020, 100 % de nos vins sont produits avec de petites quantités de soufre minéral » explique Cédric Moussé. Ce soufre est un produit « maison » puisque comme l’indique le vigneron  « Nous produisons notre propre soufre avec un générateur à SO2 dans lequel nous allons brûler le soufre avec adjonction d’O2 alimentaire. Nous créons alors une solution à 50 g/l très stable et utilisée classiquement. Ce SO2 est au moins 30 % plus efficace et plus stable que celui du pétrole ce qui permet de réduire les doses en conséquence. D’autre part, il est neutre sur le vin et d’autre part, meilleur pour son consommateur ». Un inconvénient cependant, que reconnaît volontiers Cédric Moussé:  » comme il n’est pas modifié par l’industrie pétrolifère il est très acide et volatile. Il faut donc se protéger lors de son utilisation avec des équipements de protection individuelle (EPDI) « .

« Le monde du Champagne bouge très vite et c’est un nouvel élément qui va permettre de rendre notre métier plus beau et plus propre. Je dis souvent que prendre soin de l’environnement tout seul dans son coin c’est une bonne chose, mais emmener un grand nombre de personnes dans cette direction est beaucoup plus beau et bien meilleur pour la planète ». De fait, Cédric Moussé ne veut pas « jouer » pas tout seul dans son coin. Déjà à l’initiative de la première station collective de dépollution des enjambeurs, puis du premier Groupement foncier viticole (GVF) collectif de Champagne, sa recherche est à partager avec d’autres, « actuellement un générateur à soufre encore plus performant en termes de rendement est en développement avec la Station œnotechnique de Champagne qui fournira aussi le soufre minéral ». Solidaire (et sympa !), Cédric Moussé indique  : « Ce soufre va bientôt être très utilisé dans le monde du vin et je suis disponible pour en parler et pour faire des démonstrations ». À bon entendeur !