Inflation, aléas climatiques, maladies de la vigne… L’année 2024 a secoué la Champagne. Pourtant, la filière ne plie pas. Le Comité Champagne vient de publier son rapport d’activité, qui met en lumière une stratégie volontaire, des investissements ciblés et une gestion budgétaire maîtrisée.
En 2024, la Champagne a expédié 271 millions de bouteilles. C’est 8,2 % de moins qu’en 2023, un retour au niveau d’avant la crise sanitaire. Malgré cela, la montée en gamme des cuvées, notamment à l’export, a permis de maintenir un chiffre d’affaires supérieur à 6 milliards d’euros. Les conditions météo ont complexifié la campagne. Le mildiou a fortement touché les vignes. La vendange, échelonnée du 7 au 24 septembre, a révélé de fortes disparités. Les maturités et les rendements variaient d’un cépage à l’autre, parfois même au sein d’une même parcelle. Le rendement commercialisable a été fixé à 10 000 kilos par hectare.
Une filière qui se modernise
Le Comité Champagne a misé sur la simplification. La déclaration de stock est désormais entièrement dématérialisée. Résultat : plus de 80 % des déclarations ont été saisies en ligne dès l’été. Ce changement a allégé les charges administratives pour les professionnels comme pour le Comité.
Par ailleurs, deux nouvelles installations ont vu le jour à Blancs-Coteaux. Il s’agit de la serre Qanopée, étanche aux insectes, et d’une station de traitement à l’eau chaude. Ces outils doivent renforcer la lutte contre la flavescence dorée et garantir un matériel végétal sain.
Depuis deux ans, le Comité travaille sur une stratégie de Responsabilité Sociétale de la Filière Champagne. En 2024, un premier rapport d’impact a été présenté. Il identifie douze enjeux prioritaires, comme l’adaptation au climat, la juste répartition de la valeur ou encore la préservation de l’eau et des sols. Ce travail débouchera, dès 2025, sur un plan d’action concret.
Le Comité ne relâche pas ses efforts à l’étranger. Il a fait obstacle au renommage d’une ville ukrainienne en “Champagne”. Il a aussi obtenu la destruction de produits frauduleux, comme des sodas et bières usurpant l’appellation. En parallèle, de nouvelles brochures pédagogiques ont été diffusées pour sensibiliser professionnels et consommateurs. Le réseau des Bureaux du Champagne s’est élargi. En 2024, deux nouvelles antennes ont été ouvertes : à Stockholm et au Canada. Elles complètent les actions de valorisation de l’appellation sur des marchés clés, tout en renforçant les formations sur place.
Des dépenses en hausse, une stratégie assumée
Le Comité Champagne a choisi d’agir, quitte à déséquilibrer son budget. En 2024, il a engagé 25,7 millions d’euros, soit 2 millions de plus que ses recettes. Cette hausse de 11,2 % traduit une volonté claire : soutenir la filière dans une période instable.
Plusieurs postes ont fortement augmenté :Équipement du vignoble : +86,8 % (794 000 €), avec les nouveaux outils agronomiques. Protection et valorisation de l’appellation : +15 %, notamment grâce à l’ouverture de bureaux et la lutte anti-contrefaçon. Régulation de la filière : +17,8 %, pour appuyer la modernisation des outils de suivi. Les autres postes progressent de manière modérée. Ce choix reflète une gestion ciblée, concentrée sur l’essentiel : défendre, accompagner et transformer.
« C’est ensemble que nous continuerons à faire vibrer la Champagne et le Champagne », rappellent Maxime Toubart et David Chatillon. Cette phrase résume bien l’esprit du rapport : dans un monde incertain, la Champagne ne se replie pas. Elle avance, unie, rigoureuse et résolument tournée vers l’action.




