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Thierry Blaise (Terres & Vignes) : l’autre défi du renouvellement des générations

Thierry Blaise

À quelques jours de l’ouverture du Viti Vini à Épernay, la question du renouvellement des générations dans le vignoble prend une résonance particulière. On parle beaucoup de l’installation des jeunes. Beaucoup moins de ceux qui vont quitter leur exploitation dans les prochaines années.

C’est précisément le sujet choisi par Thierry Blaise, expert agricole, viticole et foncier depuis plus de trente ans et à la tête de Terres & Vignes, dans une tribune consacrée à ce passage de relais. Avec une conviction : accompagner ceux qui partent devient aussi important que soutenir ceux qui s’installent.

Dans la Marne, 43 % des viticulteurs ont 55 ans ou plus

Les chiffres donnent la mesure du sujet. Selon les données de l’Insee publiées en juin 2026 et citées par Thierry Blaise, 40 % des viticulteurs du Grand Est ont 55 ans ou plus. Dans la Marne, ils sont 43 %. Le département concentre à lui seul plus du quart des exploitants seniors de la région.

Autre évolution : en quinze ans, le nombre d’exploitants dans le Grand Est a diminué de 28 %.

Dans la décennie qui vient, des milliers d’exploitations vont donc changer de mains.

Pour Thierry Blaise, le débat ne peut plus se limiter à l’installation. Les jeunes ne seront pas suffisamment nombreux pour reprendre toutes les exploitations. Certaines seront transmises dans leur ensemble, d’autres cédées, parfois à des exploitants déjà installés qui cherchent à s’agrandir.

Il ne cherche pas à opposer les deux modèles. « Le vrai risque est ailleurs : le passage de relais mal préparé », écrit-il.

Bien plus que quelques hectares de vignes

En Champagne, le sujet est particulièrement sensible. Une exploitation viticole ne se résume pas à une surface et à sa valeur foncière.

« Une propriété viticole n’est pas une surface de vignes : c’est un terroir, des bâtiments, un outil de production et, presque toujours, une histoire familiale », rappelle Thierry Blaise.

Préparer une transmission ou une cession suppose donc de regarder l’ensemble : le foncier, les bâtiments, le matériel, mais aussi les contrats, les stocks ou la clientèle. À cela s’ajoutent les questions juridiques et fiscales et la recherche du bon repreneur.

Des opérations qui peuvent prendre des mois, voire des années.

Mais le plus difficile n’est pas toujours technique. Il est aussi humain. Celui qui cède veut savoir ce que deviendra ce qu’il a construit. Celui qui reprend doit savoir précisément ce qu’il achète.

Anticiper plutôt que subir

C’est sur ce point que Thierry Blaise veut attirer l’attention. Selon lui, le soutien aux cédants doit désormais devenir une priorité.

Et pour cela, un mot revient : anticiper.

Commencer à réfléchir suffisamment tôt à son départ permet d’estimer l’exploitation, de choisir entre transmission et cession et de rechercher un repreneur sans avoir l’échéance de la retraite comme seul calendrier.

Thierry Blaise défend aussi le recours à un intermédiaire spécialisé, en complément du notaire, pour accompagner cette période : estimation de l’exploitation dans sa globalité, sélection des repreneurs, vérification de leur financement et conduite de la négociation.

Un plaidoyer qui rejoint une réalité démographique désormais difficile à ignorer en Champagne. Dans les prochaines années, de nombreuses exploitations vont changer de mains. La question n’est donc plus seulement de savoir qui s’installera demain, mais aussi comment ceux qui partent auront préparé leur départ.

Comme le résume Thierry Blaise, ces passages de relais pourront être « préparés ou subis ».