
Durant quatre années, Thomas Crouzet a suivi au plus près l’actualité du vignoble champenois pour les pages économie de L’Union, à Reims. Il en connaissait les coulisses, les tensions, les réussites. Les vendanges précoces, les marchés export, les défis climatiques : il a raconté tout cela avec précision, curiosité, constance.
À 29 ans, il change de trajectoire. Il quitte la rédaction pour rejoindre l’histoire familiale à Avize : le Champagne Fallet-Prévostat. Un domaine discret, respecté. Une maison restée fidèle à sa ligne. Un vignoble parmi les plus beaux de la Côte des Blancs. Le domaine exploite cinq hectares classés Grand Cru, sur des coteaux crayeux exposés sud-est. Les vignes y ont en moyenne cinquante ans, et certaines dépassent les quatre-vingts.
Un choix réfléchi
Le premier vin signé Fallet-Prévostat a été commercialisé en 1960. Dès les débuts, une décision forte : prendre le temps. Les bouteilles y reposent sept ans sur lattes avant dégorgement, bien au-delà des quinze mois requis par l’appellation. Un parti pris assumé, loin des logiques d’urgence. La gamme se compose de trois cuvées, toutes issues du même assemblage (un tiers du millésime précédent, deux tiers de la vendange de l’année). Seule différence : le dosage. Non dosé. Extra-brut. Brut. Une architecture épurée et lisible.
À chaque tirage, une partie des bouteilles est mise de côté. Elles restent sur lies, dans le silence de la cave. Une œnothèque patiemment constituée, que Thomas apprend à gérer. Observer, comprendre, anticiper. Et savoir attendre. Ainsi, il va lui falloir s’immerger dans tous les aspects du métier. La vigne, bien sûr. La cave, le suivi des vins, les opérations techniques. Mais également l’administratif, les déclarations, les expéditions. Et le commerce, incontournable. Loin d’un changement symbolique, c’est un engagement concret.
J’aimais son regard de journaliste. J’aime tout autant le champagne qu’il s’apprête à faire vivre. Fallet-Prévostat est l’un de mes favoris. Une des expressions les plus sincères et abouties des grands blancs de blancs champenois. Alors oui, ce choix touche. Parce qu’il est réfléchi. Parce qu’il est courageux. Bonne route, Thomas… À bientôt !




