
Qui sont les vignerons et vigneronnes de Champagne aujourd’hui ? Comment devient-on vigneron ? Comment le reste-t-on ? Que révèlent leurs parcours sur les évolutions profondes de la filière ? Ces questions sont au cœur du travail d’Océane Carneiro. Elle est doctorante en sociologie à l’Université de Reims Champagne-Ardenne. Ses recherches sont dirigées par les professeurs Samuel Julhe et Emmanuelle Leclercq.
Entamée en 2021, sa thèse touche à sa fin. Elle soutiendra son travail le 4 juin prochain à Reims. Son sujet : les conditions de travail et la santé des vignerons et vigneronnes de Champagne. Sa recherche s’appuie sur des rencontres sur le terrain, des entretiens approfondis et une analyse précise du fonctionnement de la profession. « La filière Champagne est un observatoire passionnant pour comprendre les mutations du travail agricole. Elle est à la fois singulière, du fait de son poids économique et de son image, et représentative de tensions plus générales qui traversent le monde rural », explique la chercheuse.
Une étude au cœur d’un changement générationnel
Océane Carneiro observe le métier sous différents angles. Elle étudie comment on entre dans ce métier, comment on l’exerce, mais aussi les stratégies pour y rester malgré les difficultés croissantes. Elle décrit quatre grandes étapes : apprendre à aimer le travail viticole, se former techniquement, devenir responsable d’une exploitation, et enfin adapter quotidiennement son métier aux nouvelles réalités. « Ces étapes peuvent paraître évidentes de l’extérieur, mais elles sont en réalité très marquées par des inégalités sociales : le genre, la génération, mais également la taille ou l’organisation de l’exploitation jouent un rôle décisif dans les trajectoires professionnelles », précise-t-elle.
Femmes et jeunes : des profils qui changent les règles
Sa recherche montre une évolution importante : l’arrivée croissante des femmes et des jeunes repreneurs. Ces nouveaux vignerons ont souvent des diplômes élevés, voyagent beaucoup et viennent parfois d’autres milieux professionnels. « Ce ne pas les mêmes manières de travailler, ni les mêmes attentes. Ces personnes arrivent avec d’autres préoccupations : la conciliation entre vie pro et vie perso, les engagements environnementaux, la recherche de sens… Et cela transforme en profondeur les pratiques et les organisations. » Ces nouveaux profils ne reprennent pas seulement un métier. Ils le transforment profondément. Un changement qui pose aussi de nouveaux défis aux organisations professionnelles. « Aujourd’hui, les institutions doivent apprendre à mieux connaître ces nouvelles figures du travail viticole. C’est tout l’objet de la typologie que je construis actuellement avec le SGV et le Crédit Agricole : comprendre qui sont les vignerons et vigneronnes pour mieux les accompagner. »
Une recherche entre science et action
Depuis mars 2024, Océane Carneiro collabore avec le Syndicat Général des Vignerons et le Crédit Agricole en tant qu’analyste marché Champagne. Cette expérience lui permet d’approfondir ses recherches et de préparer son avenir professionnel en dehors de l’université. « C’est une chance de pouvoir confronter mes résultats aux réalités concrètes du terrain, et de participer à la réflexion stratégique d’acteurs majeurs de la filière. C’est aussi une manière de sortir de l’entre-soi académique pour faire vivre la recherche là où elle peut être utile », indique-t-elle. Ouvrir le débat sur le travail, la santé et la durabilité Cette thèse veut aussi provoquer un débat sur des sujets essentiels. Elle aborde les conditions de travail, les enjeux de santé, les effets de la mécanisation, ainsi que les tensions entre traditions et transition écologique. « Ce métier est exigeant. Il engage le corps, l’esprit, la famille, le patrimoine… J’espère que mon travail contribuera à une meilleure reconnaissance de celles et ceux qui font vivre cette filière au quotidien ».




