Maxime Toubart (SGV) et Jean-Marie Barillère (UMC) autour de Vincent Perrin (Comité Champagne) ©Comité Champagne

Après avoir dirigé le Comité Champagne avec les deux présidents de l’interprofession champenoise, Jean-Marie Barillère (président de l’Union des maisons de Champagne) et Maxime Toubart (président du Syndicat général des vignerons) durant six ans, Vincent Perrin laisse sa place à Charles Goemere en cette fin janvier. De quoi lui poser quelques questions en forme d’état des lieux associant le passé, le présent et le futur.

Après six ans en tant que directeur général, vous allez quitter le Comité Champagne, quel est selon votre expérience son rôle déterminant en tant qu’interprofession ?

Le Comité Champagne va fêter ses 80 ans : il a l’autorité que lui confère cette patine de l’histoire, un gage de continuité quelles que soient les vicissitudes économiques, un étendard défendu avec acharnement, qui nous donne un nom protégé et reconnu dans un nombre record de pays, et une somme de progrès techniques partagés, à la pointe de l’effervescence. Mais il a aussi la force de tous ces experts, reconnus au niveau national voire mondial, dans leurs domaines (droit des appellations, matériel végétal, agronomie, météorologie, biodiversité, plan carbone, analyses œnologiques, etc.), qui conjuguent leurs talents au service de la réflexion collective. Enfin, notre valeur réside aussi dans la diversité des services rendus aux vignerons et aux maisons : une diversité d’outils prépayés, modernes, et une capacité d’écoute et de conseil que j’ai eu à cœur de mettre en musique.

Quels sont les projets que vous avez pu mener à bien ?

Les deux axes prioritaires de transformation de la filière sont l’internationalisation et l’engagement environnemental. Au-delà des missions historiques de l’interprofession, c’est sur ces deux plans que nous avons progressé sensiblement. Depuis 2 ans, les volumes expédiés hors de France ont dépassé ceux vendus en France, et nos débouchés à l’étranger ont commencé à se diversifier, au-delà même des dynamiques puissantes constatées aux États-Unis et au Japon. Depuis le dernier contrat interprofessionnel, les certifications environnementales ont décollé, fortes des démarches collectives anciennes engagées en Champagne, pour atteindre le tiers des surfaces couvertes.

En réponse à ces tendances lourdes et déterminantes, nous avons réussi à doubler les moyens consacrés aux projets techniques, même si les enjeux viticoles pourraient justifier un changement d’échelle des actions collectives dans les années à venir. Et pour renforcer la main de nos prescripteurs à l’échelle mondiale, nous avons construit et déployé une plateforme d’éducation en ligne puissante, multilingue, le MOOC du Champagne, qui nous permet d’animer une communauté de professionnels (distributeurs, sommeliers, éducateurs, journalistes, collectionneurs, etc.) qui sont outillés pour porter toute la profondeur et la diversité des vins d’appellation Champagne.

Pour vous, quelles sont vos plus grandes réussites ?

Mes réussites, ce sont les réussites de la Champagne, et je suis fier d’y avoir contribué. Quand la Champagne est alignée autour d’un objectif, au terme d’une concertation interprofessionnelle exigeante, assise sur un travail d’expertise approfondi, elle fait la différence. Le cap est fixé en matière environnementale et nous sommes sur la bonne voie, même si l’histoire s’accélère et qu’il faudrait donc passer au rythme supérieur. En matière d’œnotourisme, la Champagne a bénéficié de notre inscription au Patrimoine Mondial de l’Unesco en 2015 : je suis fier d’avoir accompagné cette montée en puissance, même si le potentiel est encore immense, à condition de mettre en œuvre tout ce qui est écrit dans le Livre Blanc publié en 2019. Permettez-moi aussi quelques coquetteries : je suis fier d’avoir invité le photographe d’art Paolo Verzone à mettre en valeur la beauté de notre patrimoine vivant, incarné par les confréries champenoises de la Saint-Vincent, avec à la clé la première exposition sur les grilles extérieures de l’Avenue de Champagne, et un coffret d’art à collectionner! Je suis surtout reconnaissant aux vignerons et aux maisons de Champagne pour leur accueil et leur engagement. Ma plus grande réussite aura peut-être été de m’intégrer dans ce beau réseau de camaraderie pour y apporter mon originalité. Champenois un jour, Champenois toujours.

Comment voyez-vous l’avenir de l’appellation Champagne ?

La Champagne a tout pour réussir : une force matérielle, mais aussi immatérielle, qui va lui permettre d’affirmer son leadership dans les années à venir, une fois surmontés les effets de la crise sanitaire, en s’appuyant aussi sur les nouvelles générations. Il faudra encore un peu de patience, et mettre à profit cette patience pour affronter collectivement les défis de l’après-COVID : digitalisation, pivot vers l’Asie, besoin sociétal de transparence. Dans le même temps, une liberté accrue d’innovation permettra d’accélérer la réponse aux défis techniques et environnementaux majeurs. C’est à ce prix que nous continuerons d’exprimer pleinement la qualité exceptionnelle de notre terroir d’exception.

Après le Comité Champagne, vers quel domaine vous dirigez-vous ?

Je suis haut fonctionnaire, détaché par le ministère de l’Economie des Finances et de la Relance. Je rejoins donc dans un premier temps mon corps d’origine, le temps d’écrire une nouvelle page de ma carrière d’économiste développeur, tourné vers l’international.


Soutenez La Champagne de Sophie Claeys ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.