Accueil Filière Champagne Affaire Champagne/Russie : « qui paye la facture ? », la lettre aux Conseillers du...

Affaire Champagne/Russie : « qui paye la facture ? », la lettre aux Conseillers du commerce extérieur (CCE)

Jean-Noël Pfaff, directeur général de la CovamaChampagne Pannier (groupe Alliance Champagne), et également Conseiller du commerce extérieur (CCE) de la France vient d’adresser une lettre que l’on pourrait qualifier « d’informations » à des confrères de la CCE à propos de l’affaire Champagne/ Russie en général et de l’interview du Ministre en charge du Commerce Extérieur et de l’attractivité, Franck Riester, sur France 2 hier (jeudi 23 septembre) lors de l’émission Télématin (ici). Une interview évoquant les règlementations nouvelles imposées par la Russie à la Champagne et les espoirs d’un rapide moratoire sur cette législation.

À priori, Jean-Noël Pfaff ne semble pas totalement convaincu par les déclarations du ministre et, avec cette lettre, souhaite expliquer la situation sur le terrain en apportant « des informations réelles et non contestables à date sur le sujet de l’export du Champagne vers la Russie ». Ainsi le dirigeant de coopérative champenoise explique : « la loi russe est entrée en vigueur. Nous pouvons utiliser le mot Champagne sur nos étiquettes principales, mais uniquement en alphabet latin et non cyrillique (russe). Nous devons également apposer une contre-étiquette en alphabet cyrillique indiquant que nous sommes un “vin pétillant”, et indiquer également d’autres éléments comme l’année la plus jeune et la plus vieille des vins composant l’assemblage de Bruts non millésimés, et d’autres “joyeuseries” de ce genre. Je vous laisse apprécier la complexité de tout cela sachant que nous changeons de cuvée tous les ans, donc devrons changer de contre-étiquette tous les ans ».

« Des zones d’ombre et des risques »

Quant à la fameuse modification de l’étiquetage, Jean-Noël Pfaff fait part de son inquiétude : «  nous devons refaire homologuer tous nous habillages de bouteilles par l’administration russe : en général cela prend 6 mois (parfois ils font trainer volontairement, c’est une mesure de protectionnisme bien connue pour favoriser leur production locale de vins à bulles dont la qualité est assez proche de l’ouverture d’esprit du “Monarque” russe). Et en attendant si nous importons des Champagnes avec la nouvelle contre-étiquette conforme à la nouvelle loi, mais qui n’est pas encore approuvée par l’administration russe, le produit peut être purement et simplement confisqué et soi-disant détruit (permettez-moi de douter de la destruction…). Quid à ce moment de qui paye la facture ? : notre filiale sur place, notre importateur sur place ? … plus certainement nous, Maisons de Champagne ». Et ainsi de constater amèrement : «  actuellement, le gouvernement français et l’Europe plus qu’absente dans ce dossier n’ont strictement rien obtenu des Russes. Nous nous trouvons à appliquer la nouvelle législation russe avec en plus des zones d’ombre et des risques. On nous fait miroiter un moratoire sur cette loi (que nous appliquons quand même dès à présent, avec les coûts induits), je rappelle la définition du moratoire : “désigne une action d’accorder un délai ou une suspension volontaire d’une action”. Cela signifie qu’actuellement nous engageons des coûts et subissons un risque de destruction, pour éventuellement revenir à une situation antérieure avec de nouveau des coûts. En n’ayant “in fine” aucune garantie que la loi russe évolue ».

Demandant du « courage » aux élus, Jean-Noël Pfaff ne mâche pas ses mots : « parce que nous, sur le terrain, on est dans le mode actes, et actes sonnants et trébuchants, puisque la filière des vins et spiritueux français représente le deuxième poste excédentaire de la balance commerciale française après l’aéronautique, et l’on pense qu’en 2021 on passera devant l’aéronautique ou pas loin compte tenu de la forte activité de nos marchés en ce moment et des difficultés du secteur du transport aérien ». Et de rappeler :  » La Russie n’est pas le pays majeur de nos exportations, mais il s’agit d’un précédent, et nous souhaiterions être soutenus de façon plus vigoureuse par ceux à qui nous payons des taxes sur les alcools conséquents et des impôts en volume non négligeable ».