
La terre aux vignerons, les ventes aux maisons de champagne! Voilà en un très court résumé le fonctionnement de la Champagne. Pour rappel, le SGV Champagne a la responsabilité de la pérennité de l’appellation Champagne. En tant qu’ODG (organisme de défense et de gestion) de l’AOC, le SGV couvre de nombreuses missions allant de la définition des règles de production (cahier des charges AOC) à la valorisation du produit en passant par le contrôle. L’ODG est l’interlocuteur de l’INAO, organisme de tutelle national, pour tout ce qui a trait à l’AOC Champagne. En Champagne, pour éviter les doublons, une partie des missions de l’ODG est mise en œuvre par le Comité Champagne (CIVC) ; c’est le cas, par exemple, de la gestion des fiches d’encépagement, de l’immatriculation professionnelle ou de l’agrément des centres de pressurage, etc. Et le président de l’Union des maisons de champagne (UMC) aimerait que les choses évoluent : « il ne peut pas y avoir de domaine réservé à l’une ou l’autre famille. Dans un couple, il n’y a pas celui qui s’occupe de l’éducation des enfants et l’autre du choix des dépenses. Par exemple, et je le dis sans aucun esprit polémique, il me semble contraire à l’esprit de la Champagne que les missions de l’ODG ne soient pas toutes confiées au Comité Champagne », a-t-il indiqué lors de discours de l’AVC (lire ici). Pour le patron des maisons de champagne, il ne s’agit pas d’une énième polémique, mais de bon sens, « Certaines régions viticoles considèrent que c’est l’offre qui détermine le marché et, en général, ces régions se portent assez mal. A contrario, l’une des forces de la Champagne, c’est qu’elle a toujours su s’adapter à la réalité de la demande des consommateurs. Alors, pourquoi se priver de l’expertise des maisons en la matière ? Si notre modèle interprofessionnel est aussi performant qu’on le dit, et je le crois, alors appliquons-le jusqu’au bout. Nous avons là une marge de progrès et il en faut. Sinon, on finirait par penser qu’on ne sert pas à grand-chose ».
« Nous n’y sommes pas favorables »
Toutefois même si les maisons réalisent la majeure partie des ventes *, les vignes appartiennent à plus de 88 % aux vignerons et pour 12 % aux négociants **(chiffres UMC). Donc on l’a compris, la terre est au Vignoble ! Ce que défend bec et ongles Maxime Toubart, président du Syndicat des vignerons de la Champagne, qui en réponse à l’appel du pied de David Chatillon, explique à l’assemble de l’AVC : « nous n’y sommes pas favorables et nous tenons, comme c’est le cas dans l’ensemble des autres appellations viticoles, à ce que ce soient les vignerons qui prennent les décisions qui engagent leur avenir. Ce sont eux qui produisent et assument les risques inhérents à une production très dépendante des aléas. Nous avons démontré ces dernières années notre capacité à faire évoluer ce cahier des charges et à prendre en compte les nécessaires évolutions liées notamment au changement climatique, à la lutte contre les maladies et aux attentes sociétales. Ainsi la variété Voltis et le mode de conduite en Vignes Semi Large seront bientôt autorisés en Champagne ». Donc à l’instar d’une fin de non-recevoir, le patron des vignerons rappelle, « il n’est pas question de transférer à d’autres la responsabilité que nous ont confiée les pouvoirs publics d’être l’organisme de défense et de gestion ». Et d’appuyer : « Messieurs les négociants, pour pouvoir vendre des bouteilles, il faut des raisins ! Au négoce, le pouvoir historique du marché et au vignoble le pouvoir de la production ».
*à fin octobre, toutes familles confondues, les expéditions champenoises se montent à 249 millions de bouteilles, soit une croissance de 6, 1 %. Les maisons ont expédié 188, 3 millions de bouteilles (+5,4 %), les coopératives, 22,7 millions (+13,8 %) et les vignerons, 38, 2 millions (5 %).
**chiffre UMC
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