
L’adage « Bon sang ne saurait mentir » serait-il vrai ? C’est au Château de Challerange à Taissy, que Virginie Taittinger et son fils Ferdinand Pougatch sont installés dans le nouveau siège de leur marque Virginie T. Créé en 2008, le Champagne Virginie T. se veut différent, revendiquant une vision œnologique à part « on fait ce que l’on veut, ce que l’année nous inspire » précise Ferdinand Pougatch. Depuis, 22 cuvées ont déjà été assemblées, une huitaine sont commercialisées en même temps.
« Avec la crise des subprimes, maman a reçu un coup de téléphone de Manuel Janisson, vigneron à Verzenay (lire ici) lui disant que les maisons ne veulent pas tirer leur vin et elles le lâchent, et alors maman se lance ». Du 2008, c’était une opportunité extraordinaire » explique Ferdinand Pougatch. Un terrain est acquis à Sillery pour y installer un outil industriel et 150 000 bouteilles sont mises en stock. Obtenant une carte de négociant en 2014, Virginie T. peut commercialiser ses flacons. « Cette attente nous a permis de garder les vins » ajoute Virginie Taittinger. Ce qui pour le millésime 2008 n’était pas une mauvaise idée !
Actuellement près de 400 000 cols reposent à Sillery et près de 80 000 bouteilles sont vendues annuellement en France et sur onze marchés à l’export. Toutefois comme on peut s’en douter, cela n’a pas été évident : « C’est grâce à une donation du vivant de mes parents, des donations liés aux ventes des Champagnes Piper Heidsieck* et Taittinger, que j’ai pu démarrer, car quand on s’appelle Taittinger et que l’on est une femme, on n’a aucune chance d’attirer la confiance d’un banquier » précise Virginie Taittinger qui reconnaît volontiers : « Je n’étais pas programmée pour faire cela, je l’ai fait pour mon fils et transmettre ainsi tout le savoir de mon père, Claude Taittinger. Je me suis lancée dans cette tâche titanesque inconsciente sans perdre le courage et la volonté. J’ai fait pas mal d’erreurs, mais j’ai pris la bonne direction. Notre idée était de faire des cuvées, chacune avec leur personnalité ». Travaillant aujourd’hui avec 10 hectares en approvisionnement et 0, 5 en vignoble propre, avec cinq livreurs essentiellement sur Premier cru et Grand cru sur quinze crus différents, l’objectif de Ferdinand Pougartch est « d’élaborer des vins précis » avec l’aide Damien Rousseaux, ancien chef de caves de Manuel Janisson. Avec comme objectif, une commercialisation de 200 000 bouteilles par an.

Parallèlement à la création et au développement de la marque, la mère et le fils ont recherché durant des années un siège social permettant d’être plus visible en Champagne. Durant la période du Covid, ils ont trouvé la perle rare en rachetant le Château de Challerange à Taissy. Une opportunité extraordinaire, une demeure seigneuriale du 17e siècle appartenant à Jean Colbert dont le domaine s’étend sur 4 hectares (dont deux classés Natura 2 000). Une bâtisse exceptionnelle détruite durant la 1re guerre mondiale puis reconstruite à l’identique.
*L’épouse de Claude Taittinger, Catherine de Suarez d’Aulan est la fille de l’ancien patron des Champagnes Piper-Heidsieck.




