
Longtemps considéré comme un simple élément technique, le bouchon prend une place nouvelle dans les réflexions en Champagne. Le tirage sous liège, pratique historique, suscite notamment un regain d’intérêt, avec des solutions qui ont beaucoup évolué.
Franck Autard, directeur général d’Amorim France et président de la Fédération française du liège, revient sur cette évolution. Il évoque le rôle du bouchon dans le vieillissement du vin, les nouvelles solutions développées pour les effervescents, mais aussi la place croissante des enjeux environnementaux.
Depuis quelques années, plusieurs maisons de champagne s’intéressent de nouveau au tirage sous liège. Comment expliquez-vous ce regain d’intérêt ?
Franck Autard : Le tirage sous liège répond à une recherche croissante de différenciation, de complexité et d’expression du terroir. Les maisons de Champagne souhaitent explorer toutes les possibilités offertes pour revenir à un tirage en liège historiquement traditionnel mais avec les solutions performantes d’aujourd’hui.
Quels bénéfices observez-vous sur l’évolution des vins lorsque le vieillissement sur lies est réalisé sous bouchon de tirage en liège plutôt que sous capsule ?
Franck Autard : Le tirage avec liège favorise souvent une évolution plus harmonieuse du vin, avec une texture plus ample et une plus grande complexité aromatique. Il permet également d’obtenir des profils très recherchés et des styles de vieillissement que la capsule ne peut pas atteindre.
Le choix du bouchon est souvent perçu comme un sujet technique. Dans quelle mesure peut-il aujourd’hui influencer le style ou la qualité d’un champagne ?
Franck Autard : Le bouchage est un véritable acte œnologique. Au-delà du système de fermeture, il participe à l’évolution du vin et peut contribuer à affiner le style recherché par le chef de cave.
Amorim développe depuis plusieurs années des solutions spécifiques pour les vins effervescents. Quelles sont aujourd’hui les principales attentes des maisons de champagne en matière de bouchage ?
Franck Autard : Les maisons recherchent avant tout de la régularité, de la sécurité et une parfaite maîtrise des performances techniques. Elles sont également attentives à la durabilité et à l’impact environnemental. Et nous avons les solutions idéales pour cela avec les meilleures empreintes carbones du marché.
Vous avez récemment mis en avant le bouchon micro-granulé Xpür. En quoi cette innovation répond-elle aux besoins actuels du marché du champagne ?
Franck Autard : Xpür offre une garantie anti-TCA individuelle grâce au CO2 supercritique. C’est un bouchon technique qui permet de répondre à des demandes de certains producteurs en matière de sécurité et d’homogénéité. Bien que maintenant nous ayons des grandes performances sur le liège naturel également.
Les enjeux environnementaux prennent une place croissante dans la filière. Le liège constitue-t-il aujourd’hui un argument supplémentaire pour les producteurs au-delà de ses qualités techniques ?
Franck Autard : Absolument. Au-delà de ces qualités techniques extraordinaires, le liège est un matériau naturel, recyclable et représente un puit de carbone important. Amorim est le premier investisseur dans les forêts de chênes-liège, nous avons déjà plantés 500 000 arbres sur 1 Million d’arbres prévu d’ici 2030. Nous contribuons à la préservation de cet écosystème et au recyclage du liège en composites. D’ailleurs nous sommes les pionniers du recyclage grâce au programme Eco Bouchon (300T de liège recyclé en 2025). Notre forte valeur environnementale est un atout majeur pour les maisons de Champagne engagées.
Plus largement, quel regard portez-vous sur l’évolution du champagne ces dernières années et sur les attentes nouvelles des producteurs comme des consommateurs ?
Franck Autard : Nous observons une montée en gamme et une recherche accrue d’authenticité. Les consommateurs sont plus attentifs à l’origine, aux méthodes de production et aux engagements environnementaux des maisons. Le storytelling est très important pour les jeunes consommateurs.
À l’heure où les maisons recherchent à la fois régularité, performance et valorisation de leurs cuvées, comment voyez-vous évoluer les solutions de bouchage en Champagne dans les prochaines années ?
Franck Autard : L’avenir passera par des solutions toujours plus performantes et homogènes, capables d’accompagner les choix œnologiques des producteurs tout en répondant aux attentes de durabilité et de traçabilité du marché.




