
On l’a encore vu hier en Champagne, la météo ne nous aide pas ! Des trombes de pluie se sont abattues sur les galipes et malgré les prévisions météorologiques qui annoncent une embellie, on appréhende chaque jour. Ce que reconnaît Cyril Brun, le chef de caves de la Maison Charles Heidsieck : « Les conditions climatiques tourmentées (et leurs conséquences dans les vignes) vont laisser des stigmates importants dans les esprits champenois, c’est dans la nature humaine. Après la belle série de vendanges (2018 à 2020), nous avions un peu rapidement éludé l’option d’une vendange difficile ».
Mais quand on élabore du Charles Heidsieck, on ne se laisse pas abattre, on continue et l’on avance : « Pour autant, les engagements collectifs champenois n’ont pas de raison de changer, c’est un accident de parcours sur la trajectoire d’une ambition collective à moyen/long terme, voilà tout. Si on prend un peu de hauteur, on se réjouit d’être en Champagne plutôt que dans une autre région autant impactée : nous avons par le passé appris de la rudesse de vendanges difficiles et disposons de solutions qui permettent d’amortir de ce type d’à coup, notre vin de référence est un vin d’assemblage de cépages, de régions et de millésimes, situation très enviable ! » et d’indiquer : « Si on ajoute à cela, une demande ambiante très bien orientée , j’aborde cette nouvelle vendange avec un provocateur soupçon d’optimisme ».
« Le quotidien est très compliqué »
Si grâce à un caractère enjoué doublé d’un professionnalisme sans faille, Cyril Brun veut continuer à y croire, il ne reste pas moins qu’il reste lucide sur le rendement 2021 : « Il est certain que la pénurie de vendange fraiche va probablement nous inciter à piocher dans les réserves jeunes pour complémenter nos assemblages et une acidité telle qu’observée à date est plutôt engageante. La vigilance et le tri seront de mise dans les secteurs les plus fragiles, les résultats sont très hétérogènes et les circuits de cueillette sont chamboulés. Le quotidien est compliqué ! ».
De fait, après une campagne viticole particulièrement éprouvante, Cyril Brun a hâte de voir la fin de cette vendange qui pour lui (et sûrement bien d’autres), « restera au mieux comme atypique et plus probablement un souvenir amer, un sentiment d’impuissance face aux caprices météorologiques. Pour autant, elle soulève de nombreuses questions sur notre façon de travailler et met le doigt sur les progrès qu’ils restent à faire pour être prêts à revivre (ou pas ?) une prochaine “année en un” en 2031, ce qui est long et court à la fois ! ».
Quant au millésime, l’homme du vin là encore est dans la confiance : « Les années “en un” (année de rien selon le dicton populaire) ont parfois révélé des trésors cachés (Charles Heidsieck 1981 est une merveille !), il y en aura forcément de façon marginale. Mais nous aurons besoin d’une belle vendange 2022 et idéalement également en 2023 pour retrouver de la sérénité dans tous les secteurs de la Champagne ». Allez on croise les doigts !




