
Résultats annuels, impressions sur la dernière vendange, avenir de la Champagne, nommé il y a quelques mois à la tête des champagnes Mumm et Perrier–Jouët, François-Xavier Morizot, vice-président, évoque ces différents points en défendant l’image de ses maisons, mais également celle de la Champagne.
Parlez-nous des résultats annuels de vos deux maisons ?
Chez Pernod-Ricard, nous sommes avons la particularité de publier nos résultats annuels sur deux années civiles, et donc d’avoir eu des effets post-covid différents. Au sens large, les résultats sont très bons (lire ici). Chez Mumm et Perrier–Jouët, nous avons une autre particularité avec ces résultats qui sont surtout intéressants par la manière dont ils ont été réalisés en chiffres d’affaires, soit pour Mumm +9 % et Perrier–Jouët +32 % *. Ainsi, on peut constater que la majeure partie de la croissance de ces résultats en chiffres d’affaires a été réalisée par la partie mix-produits. Cette croissance des mix-produits représente la moitié du chiffre d’affaires de Perrier–Jouët, et les deux tiers chez Mumm.
Comment expliquez-vous ce rebond hormis l’aspect post-covid ?
Cela valide notre stratégie ultra-premium et notre stratégie prestige. On valide ce que l’on croit, on croit à une stratégie de valorisation pour la Champagne et pour nos champagnes. Ainsi, on le voit clairement dans cette année post-covid avec ce qui a été mis en place. On peut prendre des exemples avec le changement de flacons chez Perrier–Jouët et la montée en puissance de la gamme RSRV chez Mumm, ces deux stratégies ont moins de cinq ans d’existence. Ce que l’on voit également, grâce à nos réseaux de distribution propre, c’est que nos consommateurs sont en train d’évoluer. Sur toute la partie de la consommation américaine, la montée en puissance est encore en train de se faire. On pourrait penser que ce marché n’est pas très nouveau en tant que tel, mais nous pouvons observer qu’il y a encore une réserve de capacité de consommation. On a aussi une évolution de la consommation, avec notamment la partie demi-bouteille (lire ici). Ce phénomène a eu lieu grâce ou à cause du Covid. Et il perdure.
À ces changements de consommateurs et de consommation, comment voyez-vous l’avenir de la Champagne ?
Ce changement amène aussi deux enjeux pour moi. Avec cette montée en puissance de l’ultra premium, nos consommateurs vont avoir de plus en plus de niveaux d’exigence. J’ai parcouru toute la Champagne durant les vendanges, et nous avons eu une très belle vendange, mais nous sommes confrontés à un problème d’emploi. Si dans les années qui viennent on ne travaille pas mieux collectivement cet aspect, nous allons nous trouver devant une incapacité de rentrer la vendange dans les temps donnés d’un point de vue qualitatif. Il faut traiter ce problème, il faut se mobiliser, peut-être n’avons-nous pas été assez loin dans la manière, dans l’accueil ou dans la rémunération. Cette année, pour nos vignobles en propre, nous avons embauché 630 cueilleurs, 18 % d’entre eux n’ont pas finalisé la vendange. C’est une vraie déperdition. Ce phénomène s’amplifie alors que nous logeons les vendangeurs, qui sont sous contrat Mum–Perrier-Jouët avec une politique de sécurité et sécurisation. Mais manifestement, nous ne faisons pas assez. Le deuxième enjeu, ce sont les attentes environnementales ou sociétales qui sont de plus en plus exigeantes. On parle beaucoup de certifications, notre vignoble l’est, et globalement une bonne partie des surfaces champenoises aussi, mais comment va-t-on réussir à ce que l’ensemble de la Champagne soit complètement certifié ? Que nous soyons maisons ou vignerons, nous vendons du champagne, là aussi mobilisons-nous. Le consommateur est volatil et est face à de nombreuses propositions, il a également la connaissance dont la manière de champagne est réalisé, et notre image Champagne ne doit pas être écornée.
*La Maison G.H. Mumm a expédié durant la période 8,4 millions de bouteilles avec une croissance de 9 % en chiffre d’affaires, de 3 % en volume avec un effet mix-prix de + 6 %. Quant à Perrier–Jouët, sa croissance est de 32 % en chiffres d’affaires et de 16 % en volume avec un effet mix-prix de +16 % avec l’expédition de 3, 6 millions de bouteilles.




