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Qui est David Chatillon, le nouveau président de l’Union des maisons de champagne ?

David Chatillon ©Michel Jolyot

Comme un drôle de poisson, il a pris ses fonctions le 1er avril ! Directeur général de l’Union des Maisons de Champagne (UMC), David Chatillon en est désormais le nouveau président. Une nomination détonante, presqu’une première au sein du sacro-saint Conseil de l’Union. « Presque une première », car si l’on remonte le temps, il y a quelques dizaines d’années, Jean-Michel Ducellier, d’abord secrétaire général de l’UMC, en est également devenu le Président… mais, entre-temps, il avait été désigné légataire universel de René Chayoux et avait récupéré, à ce titre, la propriété de Champagne Ayala et Chateau La Lagune. Il était donc devenu professionnel du champagne même si cela n’était pas son métier d’origine.

Ce n’est pas le cas de David Chatillon qui n’est ni propriétaire ni représentant d’une maison. Et pour la première fois, le Conseil de l’UMC a décidé de faire un appel un président « extérieur » comme il en existe dans d’autres fédérations professionnelles. « Cette décision est le fruit d’une vraie réflexion de la part des membres du Conseil. Ils ont fait le choix d’une décision innovante« . Mais faut-il le rappeler, le poste a évolué avec le temps. Le président de l’UMC est également co-président du Comité Champagne (un gros mi-temps). A cela s’ajoutent les travaux de la filière vin avec un engagement au sein de différentes structures nationales. Bref, c’est un temps plein… Voire un peu plus.

Entré à l’UMC le 7 avril 2006, succédant à Yves Lombard comme directeur général, il est devenu le bras droit d’Yves Bénard, alors Président. « J’ai passé plusieurs entretiens avec Yves Bénard bien sûr mais aussi avec Bruno Paillard, Jean-Claude Rouzaud et Yves Dumont« , quatre personnalités emblématiques de la Champagne. Durant seize ans, celui qui est entré en Champagne comme on rentre en religion a secondé Yves Bénard, Ghislain de Montgolfier et Jean-Marie Barillère.

Ce fameux temps du champagne

Pourtant, rien ne prédestinait ce jeune avocat parisien, né à Neuilly-sur-Seine, à tenir un rôle clé au sein de l’interprofession champenoise. « Je n’avais pas comme projet de quitter ma récente association dans un cabinet parisien mais on est venu me dire qu’Yves Bénard cherchait un avocat pour succéder à mon prédécesseur. J’ai décidé d’aller au premier rendez-vous parce que la filière me fascinait. Cette filière qui est à la fois agricole, artisanale, industrielle et au moins en partie dans le luxe, c’est assez unique. Comme avocat conseil, j’avais des clients dans de nombreux domaines d’activités mais je connaissais pas leur métier en profondeur et je trouvais que pénétrer au cœur d’une filière telle que celle du champagne, c’était passionnant. Cette décision était lourde de conséquences : un changement de métier, de ville, de vie. Pour être honnête, je ne pensais pas que cela aboutirait, ce qui rend la décision de candidater plus facile. Je n’avais pas de lien ni avec le champagne ni avec la Champagne, ce qui est le preuve de l’ouverture des maisons. Le processus de recrutement a duré quatre mois. Cela m’a laissé le temps de réfléchir et de sauter le pas, ce que je n’ai jamais regretté une seule seconde« .

Et après seize ans à la direction générale, il continue, à 48 ans, à être tout aussi passionné. « Je parlais du temps à l’instant. Cette notion qui est l’une des valeurs fondamentales du champagne. Seize ans comme directeur général, cela peut paraitre une éternité. A l’échelle du champagne, c’est le temps qu’il faut aux grandes cuvées pour commencer à révéler leurs immenses qualités ! »

« Renforcer la valeur matérielle et immatérielle du mot champagne »

Et durant toute cette période, David Chatillon a traversé les crises qui n’ont pas épargné la Champagne et aussi, heureusement, les périodes de prospérité, particulièrement en termes de valeur ajoutée. En tant que président de l’UMC, David Chatillon a une feuille de route très précise et ambitieuse « Il nous faut créer le contexte d’un développement durable des Maisons et de la Champagne pour leur permettre de satisfaire les clients et consommateurs les plus exigeants au niveau mondial, afin d’assurer une croissance du chiffre d’affaires. Comme la croissance se fera davantage en valeur qu’en volume pendant les dix prochaines années, cela veut dire qu’il nous faut renforcer la valeur matérielle et immatérielle du mot champagne via les trois dimensions du développement durable (l’économie, l’environnement et le social). Il s’agit de faire en sorte que les Maisons disposent de volumes suffisants correspondant à la demande des marchés. Cela concerne les modalités de fixation du rendement, la production de raisin et sa régulation. Il s’agit encore de produire des raisins de très grande qualité en réduisant, dans le même temps, notre impact environnement et en relevant le défi du changement climatique, ce qui suppose un plan ambitieux d’innovation technique« . Parce que David Chatillon reste convaincu que c’est la filière Champagne dans son ensemble qui doit réussir : « Je ne défends pas l’intérêt des maisons contre celui des vignerons. Ce serait absurde. Le succès de notre filière, c’est précisément que chacune des parties prenantes, producteurs de raisins, élaborateurs-commerçants et leurs salariés vivent correctement de leur activité, ce qui contribue à faire vivre et rayonner notre territoire »

 

*Depuis le 1er avril dernier, Pauline de Limerville a été nommée secrétaire générale de l’Union des maisons de Champagne.