« Avec 812 ha entrés en conversion en 2020, c’est un ajout, en une seule année, équivalent à environ 70 % des surfaces précédemment engagées ! 158 nouvelles structures sont venues s’ajouter aux 260 déjà engagées en 2019 (ces chiffres attendent encore d’être consolidés). Il y a même eu des conversions engagées après les vendanges, ce qui montre bien la détermination de celles et ceux qui en ont pris la décision. Nous allons ainsi approcher les 6 % de la surface de l’AOC Champagne. Bien sûr, c’est encore loin des plus de 30 % de l’AOC Alsace, mais la dynamique champenoise en 2020 a révélé ici plus de nouvelles conversions que celles enregistrées en Alsace ». Lors de l’assemblée générale de l’Association des champagnes biologiques (ACB), le constat de son président, Pascal Doquet montre bien l’engagement voire l’engouement des Champenois vers la viticulture biologique en 2020. « Cette lente appropriation va continuer, va s’accélérer. L’intérêt des Maisons de Champagne se matérialise aussi. Nous avons vu la communication que l’une d’entre elles avait faite autour de son engagement. D’autres suivront certainement, même si l’Union des Maisons de Champagne n’a pas souhaité, pour le moment, s’associer au travail que l’ACB et Bio en Grand Est ont initié depuis trois ans autour de la mise en mouvement d’une filière Champagne Bio ». 

Pascal Doquet, Association des Champagnes Biologiques

Défendant le label bio en mettant en avant le long travail pour obtenir la certification, Pascal Doquet ne veut pas entendre parler de mixité bio-conventionnel. « Cette mixité ne peut faire partie du projet de la Bio. Car “la Bio”, ne cherche pas seulement à produire “du bio”. La Bio cherche avant tout à engager le monde agricole à se libérer de l’utilisation des produits de synthèse, dont on connait chaque jour de nouvelles conséquences délétères à leur usage. Cette mixité temporelle, qui était tolérée à travers un plan de mise en conversion sur cinq années, va même être restreinte à deux années pour l’engagement de la totalité d’une production, lors de la mise en application, à partir de 2022, du nouveau cahier des charges Bio européen. La mixité restera toutefois possible en viticulture pour une couleur de raisin, permettant éventuellement ainsi à certain.e.s de prolonger leur appropriation des techniques et des risques de la “Bio”.

« L’usage du cuivre n’est pas une fin en soi »

Bien sûr lors de l’assemblée générale, l’utilisation du cuivre a été évoquée : « pas une AG qui ne se passe sans que nous parlions du cuivre… En baissant les quantités utilisables à 4 kg/ha/an en moyenne à partir de l’année 2019, l’Union européenne, sur recommandation de l’agence française, l’ANSES, a placé là une limite en moyenne sur 7 ans au niveau des pratiques moyennes des vignerons bio dans les régions soumises aux flux océaniques. Mais en supprimant cette possibilité de lissage dans les premières AMM (autorisations de mise sur le marché) délivrées après le vote européen, l’ANSES place petit à petit les vignerons bio français devant un risque d’impasse technique en année pluvieuse, et leur cause une distorsion de concurrence avec les vignerons des autres pays où la règle européenne s’applique telle qu’elle a été votée, avec le lissage » explique Pascal Doquet, également référent « Cuivre » au sein de la Commission Viticulture de la FNAB (Fédération nationale des agriculteurs biologiques). L’ACB a participé au soutien financier d’un projet d’analyse de toutes les publications scientifiques ayant trait à l’usage du cuivre en agriculture. Le résultat de cette étude conduite par Battle Karimi, a été publié dans des revues scientifiques à comité de lecture. Cette nouvelle étude possède donc elle aussi une valeur scientifique, au contraire des essais pris en compte par l’ANSES lors de la réévaluation du cuivre. Les conclusions de l’ANSES s’appuient donc sur ce que l’on appelle de la littérature scientifique « grise », sans valeur reconnue comme incontestable ». Les résultats de l’étude ont été publiés dans deux revues scientifiques à comité de lecture, au mois de janvier. Ils sont détaillés dans un rapport disponible sur le site internet de Novasol Experts (https://novasol-experts.com/synthese-ecotoxicite-cuivre-sols-viticole).

Pour Pascal Doquet, « Nous demandons donc encore une fois, à la lumière de ces nouvelles révélations, un moratoire pour les décisions de l’ANSES pour les prochaines délivrances d’AMM. Nous demandons à nouveau à ce que les protocoles d’évaluation des substances minérales soient modifiés, comme le parlement européen en avait voté le principe, afin qu’ils ne soient plus considérés selon les mêmes protocoles que les substances chimiques de synthèse. L’usage du cuivre n’est pas une fin en soi. Mais il reste, à l’instar des masques que nous portons depuis près d’un an sur nos visages, une protection efficace contre un pathogène contre lequel la vigne, tout au moins nos vignes ne savent pas se défendre ». Une enquête sur l’utilisation du cuivre en Champagne a été relancée au printemps 2020, des résultats qui permettent d’évaluer   les chiffres d’utilisation sur 9 ans. 39 domaines ont répondu à l’enquête, représentant 376 ha, soit 1/3 des surfaces en AB et en conversion en 2019. Les vignerons bio baissent considérablement leur dose de cuivre les années sèches comme 2015 ou 2019. Par contre, sur 8 ans, 3 campagnes ont exigé l’utilisation de plus de 4 kg/ha.

Vignes semi-larges et…reconnaissance 

À propos des modes de conduites, Pascal Doquet met en exergue le thème des vignes semi-larges : « le SGV va avoir à se prononcer sur ce sujet très prochainement, à l’issue d’une expérimentation menée par les services techniques du CIVC depuis plus de 15 années, encadrée par l’INAO. Je vais avoir personnellement à me prononcer sur le sujet en tant qu’administrateur du SGV, mais je ne peux que m’attrister, une fois de plus, qu’aucun représentant de l’ACB n’ait été associé à ce projet, et que personne dans nos instances syndicales ne juge utile de demander l’avis de l’ACB ». Mettant en avant l’expérience de l’ACB sur le travail du sol et des vignes, le président de l’ACB regrette que l’ACB ne soit pas reconnue « comme l’un des corps constitués de la Champagne viticole, et à ce titre, puisse participer aux travaux en commissions syndicales. Je pense que toute la Champagne vigneronne y gagnerait ». 

Petite enquête sur les ventes des marchés des bio 

Une première enquête sur le marché des champagnes biologiques a été réalisée sur un échantillon de 25 acteurs (60 % de Récoltant-Manipulant, 24 % de Négociant-Manipulant, 16 % de Récoltant-Coopérateur), représente 705 000 bouteilles de champagne certifiées AB en 2019, soit entre 25 et 30 % de la production globale de bouteilles certifiées. Les premiers résultats montrent que : 11 % ont créé une marque spécifique en passant en par AB. 36 % vendent parallèlement des bouteilles bio et conventionnelles ; ils pratiquent alors une différence de prix en moyenne de 19,4 %. 48 % des sondés estiment avoir changé de réseau de commercialisation en passant en AB. Ils évoquent alors le fait de travailler davantage à l’export et avec une clientèle pro. 56 % des acteurs estiment ne pas pouvoir répondre à toutes les propositions commerciales. 51 % des bouteilles AB sont vendues à l’export. Ces exportations représentent 61 % du chiffre d’affaires des sondés. Les 3 pays d’export où sont représentés 63 % des ventes sont les USA (32 %) l’Italie (20 %) le Japon (11 %).

Les arguments de vente cités pour la commercialisation du champagne sont les qualités organoleptiques et le reflet du terroir, la préservation de l’environnement, la certification biologique et a santé des consommateurs. À noter qu’en 2020, la perte de CA en moyenne est de 9,48 %. 60 % des sondés déclarent ne pas avoir enregistré de perte de chiffre d’affaires.

Association des Champagnes Biologiques

La communication et la certification bio

La Certification Bio est une certification « produit ». C’est un des chevaux de bataille de l’ACB qui rappelle « qu’il est interdit de communiquer sur le mode de culture biologique quand on ne produit pas encore de produits certifiés biologiques ». Avec la commission « Usurpation », l’ACB tient à signaler « il a donc été précisé aux domaines en conversion et à ceux dont les vins sont encore en cours d’élaboration, qu’ils n’ont pas le droit de communiquer sur leur mode de culture bio, s’il est mis en rapport, d’une quelconque manière, avec leur marque commerciale. Les mentions #bio ou #biodynamie sur la page de leur domaine sont par exemple interdites. À la différence de HVE ou VDC, seuls les raisins et les vins sont certifiés, pas le domaine ! Par rapport à l’étiquetage, il est rappelé que la mention “produit en conversion vers l’agriculture biologique” est utilisable uniquement si le seul ingrédient végétal d’origine agricole mis en œuvre est le raisin, donc dans notre appellation, dans le cadre de coteaux champenois, à partir de la deuxième année de conversion ». D’ailleurs pour mieux se faire entendre, il a  été envoyé début novembre un courrier aux journalistes et communicants du monde du vin (lire ici)  afin d’expliquer la certification bio dans le contexte champenois. Le texte a également été traduit en anglais, et envoyé aux adhérents pour qu’ils s’emparent de son argumentaire. Cet envoi a suscité plusieurs publications dans des journaux et médias sociaux en France. « Prétendre que l’on pratique la bio sans être certifié est interdit par la loi. Ainsi les expressions “bio”, “biodynamique”, “organic”, et toutes les expressions les englobant, ne peuvent être utilisées que pour décrire des produits et des pratiques culturales certifiées par un organisme indépendant et agréé par l’État. La communication utilisant ces mots et leurs dérivés est strictement réglementée ; ne pas observer ces règles constitue de la communication frauduleuse, passible de peines et d’amendes ».

L’agence Bio a constitué un annuaire des producteurs biologiques sur lequel il est possible de consulter tous les certificats des producteurs bio. https://annuaire.agencebio.org


 

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