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Vins clairs, viticulture régénératrice, terroirs révélés : l’année 2024 de Séverine Frerson (Perrier-Jouët)

Dégustation de vins clairs avec Séverine Frerson (©Théo Wallyn)

Chez Perrier-Jouët, le millésime 2024 s’annonce comme un classique champenois, délicat et aérien, en parfaite cohérence avec l’identité de la maison. « Nous avons connu une campagne éreintante, humide, physiquement exigeante, mais les dix jours successifs de beau temps en fin de cycle ont été décisifs », souligne Séverine Frerson, cheffe de caves de la maison. « Le millésime présente une maturité un peu juste, mais en Champagne, avons-nous vraiment besoin d’une grande maturité ? »Les vendanges ont débuté le 18 septembre par les pinots noirs — un démarrage tardif comparé aux années précédentes — avant de s’étendre aux autres cépages. Cette récolte tardive, couplée à un cycle végétatif ralenti, offre des vins clairs portés par la fraîcheur, la tension et la finesse. « C’est un millésime aérien, léger, qui épouse pleinement le style Perrier-Jouët » poursuit-elle. « un millésime d’avant, qui rappelle ceux des années 90« .

Vins clairs précis

Les premiers lots de chardonnays dégustés dès janvier se distinguent par une aromatique florale et fruitée, avec une structure équilibrée et une belle fraîcheur en finale. « Le chardonnay incarne notre signature. Cette année, il révèle une dimension florale et une tension qui rappelle certains profils des années 1990 », explique Séverine Frerson.

Parmi les terroirs analysés, la parcelle des Buissons à Cramant, cru historique de la maison, livre des expressions différenciées selon les modalités de vinification. Vinifiée en cuves, la matière s’exprime sur des notes citronnées, crayeuses, presque dentelées. En foudres de 50 hectolitres, elle se montre plus délicate, légèrement patinée.

Deux autres parcellaires vendangés le 23 septembre — Les Buissons du Midi et Les Bauves — montrent des profils complémentaires : l’un plus ouvert et rond, l’autre très tonique, avec une finale longue et vibrante.

Les pinots noirs de Mailly-Champagne (vendangés le 25 septembre) livrent un profil précis : petits fruits rouges, fraîcheur épicée, poivre vert. À Aÿ (17 septembre), le vin gagne en gras et en structure, fidèle au style du cru. Le meunier de Damery (20 septembre) apporte une touche plus charnue et gourmande, avec une finale saline.

Viticulture régénératrice et micro-vinifications expérimentales

Au-delà des profils aromatiques, le millésime 2024 est également une étape structurante dans la transition viticole engagée par Perrier-Jouët. « Depuis 2020, nous avons amorcé notre passage à une viticulture régénératrice. L’objectif est d’atteindre 100 % du vignoble maison d’ici 2030 », précise Séverine Frerson.

Les micro-vinifications réalisées à partir de parcelles conduites en biocontrôle, couvert végétal fleuri ou biomasse offrent des comparatifs éclairants.

À Avize, une parcelle de vignes de 1971 a été subdivisée pour observer l’incidence de chaque pratique culturale sur le profil des vins. Sur le chardonnay, les essais révèlent des nuances nettes :

  • Biocontrôle : tension, minéralité, signature aromatique très fidèle à Perrier-Jouët.
  • Couvert fleuri : plus complexe, avec une élégance accrue.
  • Biomasse : un profil plus austère, légèrement réducteur, corrélé à une forte teneur en azote mesurée dans les sols.

Même observation sur le pinot noir d’Aÿ, issu d’une parcelle âgée d’une trentaine d’années :

  • Biocontrôle : notes citronnées et grillées.
  • Couvert fleuri : profil élégant, qui « chardonne », aux accents de tilleul et verveine.
  • Biomasse : structure plus charpentée, toujours une légère réduction.

« 2024 est une belle année pour nous : florale, délicate, racée. Nous allons millésimer », conclut Séverine Frerson. Si toutes les régions de Champagne n’ont pas vécu la même campagne, la Maison Perrier-Jouët signe ici une interprétation fidèle à son style, nourrie par la précision parcellaire et l’ambition de sa transition agroécologique.