Accueil Abonnés Champagne, rebond, projets… Interview de Frédéric Dufour, président de la Maison Ruinart

Champagne, rebond, projets… Interview de Frédéric Dufour, président de la Maison Ruinart

Frédéric Dufour ©Mathieu-Bonnevie

Étui seconde peau, vitiforesterie, expériences artistiques, duos culinaires avec les chefs cuisiniers…, la Maison Ruinart sait faire parler d’elle. Cette marque, qu’il faisait bon faire apprécier il y a 20 ans lorsqu’on recevait notaires et médecins de province à table, est désormais l’un des champagnes les plus connus de la planète. Avec une image parfaitement maîtrisée, des flacons caractéristiques,  et ce je ne sais quoi qui transforme un champagne en une incarnation, la métamorphose de la Maison Ruinart est également liée à un homme, Frédéric Dufour, son président depuis 2011.

Comment qualifierez-vous la Maison Ruinart ? 

Ruinart est connue comme étant la plus ancienne maison de Champagne, mais au-delà de son âge (nous fêterons nos 300 ans en 2029), c’est avant tout l’illustration d’une formidable aventure entrepreneuriale marquée par une attention permanente à la nature, une quête perpétuelle d’excellence, une recherche permanente de l’innovation, et la célébration d’un art de vivre hérité du siècle des Lumières qui l’a vu naître en 1729. La force de notre maison est de toujours avoir su s’inscrire pleinement dans son époque. Nous visons cet équilibre entre tradition et savoir-faire, mais aussi innovation et modernité, d’être perpétuellement contemporain. C’est ce point d’équilibre qui nous permet d’être à la fois ancrés dans notre histoire, pleinement dans notre temps et résolument tournés vers le futur. Aujourd’hui, cela veut aussi dire être une maison consciente, consciente des enjeux climatiques notamment, du monde qui évolue. Nous refusons l’immobilisme, et essayons de partager cette vision humaniste de la Champagne.

 L’année 2020 n’a pas été simple, comment l’avez-vous vécue au sein de la Maison Ruinart ? 

La crise sanitaire que nous avons vécue en 2020 a été un bouleversement très important pour le Monde. J’ai connu la violence et l’effet dévastateur de l’épidémie du SRAS lorsque je vivais à Hong Kong au début des années 2000, mais la situation a été sans comparaison. Ces épisodes, qui ont malheureusement rythmé l’humanité, sont toujours des moments douloureux et challenging, mais aussi des opportunités pour se remettre en question, se transformer et parfois se révéler.

Pour Ruinart, qui est une maison familiale à taille humaine tout en ayant la chance d’appartenir à un groupe comme LVMH, la période troublée que nous avons traversé a provoqué une réaction positive et collective pour aller de l’avant et surmonter cette épreuve. Si une grande partie d’entre nous a appris à télétravailler, d’autres en ont profité pour se réinventer, comme nos équipes hospitalités qui, privées de visiteurs, en ont profité pour imaginer de nouvelles expériences digitales (e tasting, live talk autour de l’art, visites virtuelles…). Nous avons eu une approche optimiste et solidaire de l’avenir. Nous n’avons pas arrêté nos projets, mais nous les avons plutôt accélérés, avec par exemple le lancement de l’étui seconde peau.

Aujourd’hui l’équipe et la maison sortent renforcées et plus agiles dans cette nouvelle période recentrée sur l’essentiel : consommer moins, mais mieux, faire attention à l’autre et à la nature, partager des moments authentiques, célébrer un épicurisme simple. Des valeurs que porte depuis toujours la Maison Ruinart et qui nous ont permis de soutenir l’activité.

À l’inverse, depuis le mois d’avril 2021, le rebond économique est là, en ressentant vous les effets ?  

Si l’année 2020 restera dans les mémoires, le rebond qui lui succède en 2021 est tout aussi historique. Je pense que très peu d’entre nous ont connu une telle euphorie, une relance économique aussi forte et importante. Ce rebond est aussi global, sur tous nos marchés clés (à l’exception notable du Japon qui est encore largement impacté par cette crise ), et dans tous nos canaux de distribution (notamment les cavistes et les restaurateurs qui ont tant souffert). Après 12 mois difficiles, enfermés, les consommateurs ont eu envie de sortir, de se retrouver, de partager des moments ensemble, de célébrer un art de vivre convivial. Sur tous les marchés historiques du champagne, la demande est là, incroyablement et durablement forte.

En termes de marchés, comment vous développez-vous à l’export ? 

Si l’on regarde l’évolution de Ruinart sur les 5 et même 10 dernières années, la maison a connu un engouement ininterrompu en termes de demande, mais elle a aussi connu une transformation en profondeur pour que ce développement soit durable et positif pour le monde.

Jusqu’à une période récente, Ruinart était une marque très française, en termes d’image, mais aussi en termes de présence commerciale. Mais ne l’oublions pas, portée par la vision de ses premiers dirigeants, elle avait été pendant plus de deux siècles particulièrement tournée vers l’international. Aujourd’hui, notre redéploiement à l’international est un retour à cet esprit. Nous avons désormais une couverture géographique équilibrée entre la France et l’international, avec une présence devenue importante en Europe de l’Ouest et en Russie, des marchés matures pour le champagne où Ruinart s’épanouit, et un fort potentiel en Amérique et en Asie, où les consommateurs commencent juste à nous découvrir.

Que cela soit dans le domaine de la communication et dans le domaine du marketing, le Champagne Ruinart a fait beaucoup parler de lui ces dernières années, quels sont les axes stratégiques développés en 2022 ?

Il y a quelque chose de très important chez Ruinart : c’est la constance de notre vision. Au fil des années, nous restons cohérents et consistants. Vous le savez, Ruinart n’est pas une maison qui recherche l’innovation pour l’innovation, mais l’innovation avec du sens, celle qui va créer une rupture et imposer un nouveau regard, une nouvelle consommation. Ce fut le cas avec la création du Blanc de Blancs, avec la réutilisation de notre flacon historique devenu iconique et aujourd’hui avec la naissance de l’étui seconde peau, dont nous lançons en cette fin d’année le format magnum après le format 75 cl l’année passée.

Notre plan pour 2022 s’inscrit donc dans la droite ligne des années précédentes, avec un équilibre entre une communication autour de l’excellence de nos vins, et en parallèle le travail avec des artistes nous permettant de communiquer et sensibiliser nos publics sur nos valeurs. Concernant les vins, nous dévoilerons notamment un nouveau millésime Dom Ruinart qui sera l’occasion de rappeler que cette cuvée symbolise l’ultime savoir-faire de Ruinart dans le travail du Chardonnay. Elle est l’expression première du Blanc de Blancs. Dans le domaine artistique, nous dévoilerons en début d’année une nouvelle réinterprétation artistique qui nous permet à la fois de raconter qui nous sommes, mais aussi de réunir nos publics autour de nos engagements en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique et pour le développement durable.

Vous vous êtes lancés dans la vitiforesterie, qu’est-ce que cela signifie pour vous et votre maison ? 

Pour nous, ce projet s’inscrit dans une double volonté : la première, c’est notre responsabilité, celle de jouer un rôle moteur au regard du développement durable, d’apporter une contribution positive sur notre monde, une démarche qui a chez nous débutée dans le vignoble il y a une trentaine d’années, mais qui depuis une dizaine années va beaucoup plus loin pour irriguer toute notre chaine de valeur (réduction d’énergie, emballages, outils de service, transports…) ; la deuxième c’est de toujours renforcer nos racines en champagne, à l’image des très importants investissements que nous avons réalisés depuis 10 ans sur notre site de Reims, d’ouvrir plus largement nos portes et de créer de nouvelles opportunités. Nous souhaitons aller plus loin sur la biodiversité, qui est pour nous un enjeux crucial au même titre que le dérèglement climatique. La vitiforesterie est une réponse possible, une voie que nous souhaitons explorer. Le projet pilote que nous avons lancé au cours de l’hiver 2020-2021 dans notre vignoble historique de Taissy sur la Montagne de Reims, est une première étape. Mais nous voulons nous inscrire dans une démarche collective et partager notre expérience en Champagne avec d’autres acteurs intéressés. Nous souhaitons également accompagner nos livreurs dans l’adoption de ces nouvelles pratiques par exemple. C’est pour cela que nous avons été particulièrement sensibles que cette démarche soit saluée lors de Trophées Champenois.